Pages hebdo Arts et lettres
 

Cinéma . Prochaine sortie du film " Le prix du succès"

La rançon de la gloire

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte

le 22.07.17 | 12h00 Réagissez

 
	«L’ARGUMENT TIENT EN UNE LIGNE, NOUS EXPLIQUE LE RÉALISATEUR TEDDY LUSSI-MODESTE/ COMMENT UN JEUNE HOMME, ISSU D’UN QUARTIER PéRIPHéRIQUE ET DEVENU CÉLÈBRE VA LUTTER CONTRE LE RACKET EXERCÉ PAR LES MEMBRES DE SA FAMILLE ET S’ÉLOIGNER D’EUX…». 
	 
«L’ARGUMENT TIENT EN UNE LIGNE, NOUS EXPLIQUE LE...

PAR MOULOUD MIMOUN

En règle générale, les biopics, ou les films qui traitent de la réussite artistique, explorent plutôt le milieu du show-biz en stigmatisant les managers, les producteurs ou autres agents, présentés souvent comme des sangsues et des intrigants. On pourrait citer tant de films qui ont emprunté cette voie depuis les débuts du septième art à nos jours.

A contre-pied de cet angle de vue, Teddy Lussi-Modeste, qui vient de signer Le prix du succès (sorti en France le 30 août) a choisi pour sa part d’évoquer l’entourage familial, la fratrie de l’artiste qui a réussi et les malentendus, affres et conflits qui finissent par découler de cette opportunité.

Brahim (interprété par un brillant Tahar Rahim) pratique le stand-up comedy (monologue comique de scène). Avec autant de naturel que de maîtrise artistique, ses prestations lui valent une belle ascension, et, désormais, la notoriété. Sa réussite, il la doit d’abord à lui-même, à sa volonté et à son talent, mais aussi à l’amour qu’il porte à Linda (étonnante Maïwenn) et le motive grandement. Bon fils, élevé dans les valeurs maghrébines de solidarité traditionnelle, il soutient les siens depuis toujours. Son succès n’a pas altéré cette position de principe, mais un dilemme presque cornélien se présente à lui.

En effet, s’il veut se maintenir et progresser dans sa carrière artistique, Brahim va devoir sacrifier son frère aîné Mourad (très convaincant Roschdy Zem) qu’il a fait l’erreur de choisir comme manager. Or, celui-ci, caractérisé par l’incompétence et l’improvisation, est totalement incontrôlable par son comportement parfois violent. In fine, la rançon du succès va mettre en conflit la logique des industries culturelles et celle des relations intrafamiliales aux motifs et procédés différents.

L’idée de départ du scénario appartient au réalisateur Teddy Lussi-Modeste, issu d’une famille… modeste de la communauté des gens du voyage. Après avoir intégré la Femis, la prestigieuse école parisienne qui forme aux métiers du septième art et de l’audiovisuel, il en est sorti diplômé en scénarios en 2004.

Il a réalisé depuis trois courts métrages et Le prix du succès est son deuxième long métrage. Se défendant de s’être inspiré de la vie de Djamel Debbouze, il a raconté qu’en entrant à l’Ecole de cinéma, plusieurs de ses proches lui ont demandé, qui une voiture, qui une montre de luxe. De la même manière, la parentèle de Brahim dans le film est convaincue qu’il va faire fortune malgré les mises en garde du jeune homme qui sait, lui, qu’il ne roulera pas sur l’or. La comédie renvoie à une réalité sociologique constatée dans les milieux artistiques et, particulièrement, mais non exclusivement, pour les artistes dont les familles sont originaires des pays du Sud, où la famille élargie demeure forte avec une interaction soutenue avec le voisinage.

Dans ces cas de figure, les réussites se comptent sur le bout des doigts. On peut citer la fratrie Zidane (les deux frères et la sœur qui managent la société Zidane Diffusion avec succès), ou Djamel Debbouze, qui emploie aussi ses frères tous associés à ses activités. Mais d’autres constituent des contre-exemples connus, à l’image du chanteur Faudel, du rappeur Rhoff, du footballeur Abdelmalek Cherra fuyant sa famille, et plus récemment, de Karim Benzema et ses fréquentations de quartier. «L’argument tient en une ligne, nous explique le réalisateur. Comment un jeune homme issu d’un quartier périphérique et devenu célèbre va-t-il lutter contre le racket exercé par les membres de sa famille et s’éloigner d’eux… ?»

Dès lors, avec sa co-scénariste, Rebecca Zlotowski, il s’est attelé à l’écriture pour «parler de cette violence-là, à l’intérieur du groupe, de la famille, de la fratrie». D’autant que ce racket peut passer parfois par une intimidation physique ou, plus communément, par un chantage affectif. «Dans mon film, précise Teddy Lussi-Modeste, les requins les plus dangereux ne nagent  donc pas dans le milieu du show-business, mais au cœur même de la famille. Car c’est là en effet que les attentes sont les plus grandes, les rouages les plus pervers et les plus puissants».

Le scénario du film se caractérise par sa simplicité et son épure, et le récit avance aussi par des ellipses franches. La mise en scène et la dramaturgie sont d’une grande fluidité, donnant au propos toute sa force et sa cohérence. Pourquoi le choix du stand-up ? Là-dessus, le cinéaste explique que l’histoire aurait pu se passer dans une autre discipline, aussi bien dans le milieu du football que du rap…

«Mais, souligne Teddy Lussi-Modeste, le stand-up a l’avantage de rendre encore plus injuste aux yeux des autres la réussite de Brahim : le personnage n’est pas un grand sportif, ce n’est pas non plus un grand chanteur, il sait simplement parler. Tous ceux qui sont autour de lui s’en estiment capables eux aussi et ne reconnaissent pas chez lui l’existence d’un talent et d’un travail». Cette prétention peut trouver de plus des prétextes dans le fait que les artistes du stand-up utilisent souvent dans leurs spectacles des éléments narratifs ou de langage de leur propre vie, ce qui peut conduire leurs proches à se croire quasiment co-auteurs.

De fait, on peut supposer de la part du grand frère et manager, Mourad, une sorte de jalousie et de frustration qui va progressivement envenimer à la fois les rapports professionnels et les rapports fraternels déjà entremêlés dans une confusion des genres. Le choix d’une famille maghrébine et musulmane s’avère des plus pertinents, dans la mesure où l’individu s’efface devant le groupe et que les solidarités y sont très prégnantes. Le contraire étant assimilé carrément à de la traîtrise, en rupture avec le sentiment d’appartenance, traditionnellement plus fort que le sentiment d’affirmation individuelle.

La conclusion, nous la laisserons au réalisateur : «Grâce au stand-up, Brahim peut en outre évoquer ses tiraillements avec le mot juste, tourner en dérision ce qu’il traverse, trouver la bonne distance. Le stand-up, parce qu’il fait de Brahim un artiste dont le talent repose sur l’observation du monde qui l’entoure, et permet au film de faire miroiter son sujet. Le film met ainsi en scène un individu qui prend conscience de ce qui se passe autour de lui et qui est capable à son tour de le mettre en scène dans ses sketchs. Le verbe, la mise en scène sont les armes du héros, comme elles sont aussi mes armes».

Quant à Tahar Rahim et Roschdy Zem, principaux protagonistes, ils font ici la démonstration d’un talent désormais affirmé et reconnu bien que trop souvent orienté vers des rôles «typés». Ils portent Le prix du succès avec succès justement.
 

 
le dessin du jour
LE HIC MAZ

Mes infographies

El Watan Magazine

impact journalism days

 

Indépendance Algérie

 

El Watan Etudiant

Chroniques
Point zéro Repères éco

Vidéo

Débats d'El Watan

Débats d'El Watan

Suivre El Watan

FacebookFacebook       TwitterTwitter
Télévision
Télérama       Télé Alger TV Algérie