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Roman : La dernière œuvre d’Amara Lakhous

L’hymen et la haine

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le 29.07.17 | 12h00 Réagissez

Amara Lakhous continue de scruter à travers son œuvre les problématiques liées à l’intégration des nouveaux migrants dans la société italienne et leur perception par le pays d’accueil et sa population.

Dans son dernier roman, L’affaire de la pucelle de la rue Ormea, l’auteur évoque la communauté des Roms. Ces gens du voyage venus surtout de Roumanie, charrient dans leur sillage toutes sortes de clichés et préjugés qui brouillent la réalité et écornent leur image. L’auteur plante le décor de cette intrigue qui s’apparente à un polar dans la ville de Turin, grand centre industriel connu surtout pour être le fief de l’automobile.

L’auteur n’oublie pas de faire allusion au football, car sur ces terres lombardes, deux grandes équipes se disputent le suffrage des habitants : Le Torino FC et la Juventus au palmarès prestigieux. On comprend que l’opulence légendaire de cette cité du nord suscite toutes sortes de convoitises. Mais, malgré son développement urbain vertigineux, elle a gardé au sein de ses vieux quartiers des ambiances d’antan, où la convivialité a toute sa place. Le journaliste Enzo Lagana, un des protagonistes de cette histoire, incarne l’esprit d’une Italie romantique et généreuse.

Par son engagement et son humanisme, il rédige des articles où l’éthique rigoureuse l’emporte sur le scoop et les ragots. Il essaie d’être proche des petites gens et de résoudre leurs problèmes face aux potentats et à la bureaucratie. Dans sa narration, il n’oublie pas de parler de sa vie privée et de ses amours avec la belle Finlandaise Taina. Il est tout excité à l’idée de partir en vacances avec elle, mais il est rattrapé par son travail.

En effet, son rédacteur en chef le met sur une affaire de viol. Enzo Lagana, qui n’est pas homme à se dérober à ses responsabilités, lance sa propre enquête. Rapidement, on apprend que la jeune Virginia a été violée par un jeune Rom qui vit de petits larcins. Le coupable idéal ! Les médias ajoutent de l’huile sur le feu en ressortant les vieux arguments haineux contre les immigrés. Même, le journal d’Enzo Lagana se met de la partie avec une titraille qui incite au lynchage : «Turin est sous le choc», «Quand réagirons-nous ?» et même «La situation pourrait déraper». Et, effectivement elle finit par déraper.

Le camp des Roms est pris d’assaut par une population chauffée à blanc. Le leader de cette chasse est Belleza, énergumène sans foi ni loi, nourri aux idées extrémistes. Avec ses adeptes, il brûle des roulottes et des personnes avec.
C’est dans cette atmosphère survoltée qu’un deuxième personnage important du roman apparaît, Drabarimos. Cette jeune femme avait eu un parcours jusque-là considéré comme exemplaire, car dans une autre vie, elle s’appelait Patrizia. Elle avait travaillé dans une banque comme conseillère en investissement et placement de fonds.

Un métier qui consiste à vendre du rêve pour des crédules qui, croyant à la fortune, récoltent des désillusions. L’auteur nous décrit de façon admirable cet univers de la finance et toutes les stratégies utilisées pour ruiner les petites gens. On voit comment les banques dérivent vers la prédation. Patrizia, ulcérée, décide de prendre sa liberté pour s’engager sur une toute autre voie. C’est ainsi qu’elle se déguise en Rom et devient diseuse de bonnes aventures, tout en aidant cette communauté à faire face aux brimades de la bureaucratie italienne.

D’autres personnages viennent étoffer le récit, où les retournements et bouleversements sont légion. Le journaliste Enzo Lagana ne croit pas à la culpabilité du jeune Rom. Sa rencontre avec la jeune Virginia lui donne raison pour persévérer sur la voie de la vérité. Son ami, Luciano Terni, comédien aux multiples talents, dont celui de pouvoir imiter n’importe qui, l’aide dans cette entreprise de réhabilitation du jeune Rom. Enzo Lagana, comme un fin limier, sait qu’il est proche de la vérité et que le dénouement de cette affaire n’est pas loin. Mais pour cela, il sait qu’il doit combattre les préjugés et percer les secrets de famille.

L’auteur analyse bien les relations sociales et l’hypocrisie qui caractérise les sociétés conservatrices. Sous la façade de l’humanisme, se cache un impitoyable rejet de l’autre. L’auteur nous montre aussi à travers le parcours de Sam, un jeune artiste d’origine marocaine, tous les écueils rencontrés pour renouveler son titre de séjour. Ce document précieux délivré avec parcimonie mérite à lui seul un roman.
Toutes ces thématiques imbriquées forment une photographie grandeur nature de la réalité de l’accueil des nouveaux migrants en Europe. C'est-à-dire une situation précaire qui peut évoluer dans un sens négatif et mettre des vies humaines en péril.

Enzo Lagana, malgré un certain découragement dû aux méthodes peu orthodoxes de son journal et aux pressions de la rumeur publique, tient bon et ne cède rien aux sirènes du conformisme. Avec méthode et détermination, il parviendra enfin à découvrir le pot aux roses dont le lecteur prendra connaissance progressivement tout en savourant l’écriture alerte et agréable d’un écrivain algérien désormais reconnu dans le monde et dont la moindre des singularités n’est pas d’écrire en langue italienne.

 

Slimane Aït Sidhoum
 
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