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Fronton

L’archet de la mémoire

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le 10.12.16 | 10h00 Réagissez

Le métier de journalise culturel ressemble de plus en plus à celui d’un officier d’état civil affecté dans un cimetière.

A deux reprises consécutives, j’ai dû réécrire cette chronique pour marquer la disparition d’un illustre artiste. Amar Ezzahi, la semaine dernière. Hadj Tahar Fergani, celle-ci. Quelles pertes pour la musique algérienne, mais également pour ce qu’on pourrait appeler l’âme contemporaine de notre pays !

En plus de la peine, de telles nouvelles ramènent toujours à l’esprit cette insupportable idée que la génération de créateurs et d’interprètes qui disparaît sous nos yeux demeurera irremplaçable. Une idée peut-être pessimiste et en partie contredite par quelques relèves, notamment pour Hadj Tahar Fergani dont la saga fait de lui le fils d’un grand maître, Cheikh Hamou, le frère d’une chanteuse, Zhor, le père du talentueux musicien Salim, et le grand-père d’un autre, Mohamed Adlene.

Au-delà des transmissions, ceux qui partent appartiennent à une génération flamboyante forgée par une époque prodigieuse : guerres, génocides, famines, mais aussi découvertes, changements et créations… Ce paradoxal Vingtième Siècle fut incarné en Algérie par de grandes figures du combat anticolonial comme de l’expression artistique, d’ailleurs liés, et, dans la Great Team de l’imaginaire national, il est certain que Hadj Tahar Fergani occupe une place à part entière.

Il a quitté ce monde, mercredi dernier, à partir de Paris où il était hospitalisé. Huit ans auparavant, dans cette même ville, il donnait pour ses 80 ans un concert au siège de l’Unesco, moment d’émotion et couronnement distingué d’une stature artistique nationale et internationale. J’ai toujours eu à l’idée qu’avant de devenir un virtuose du violon, il avait commencé par la flûte ainsi qu’un apprentissage en broderie, art que partageaient alors les deux sexes.

De la flûte, il a peut-être tiré – le roseau poussant au bord du Rhummel dans le ravin de Constantine – l’écho des crues impétueuses et des écoulements sereins qui auraient inspiré son sens élevé de la modulation et du rythme. De la broderie, il a peut-être appris la récompense de la patience, le goût de la précision, la passion des entrelacements et la part de labeur de l’art.

Avez-vous déjà essayé de lire les pages éblouissantes sur Constantine dans Nedjma de Kateb Yacine, tout en écoutant Hadj Tahar Fergani chanter El Boughi avec une somptueuse mélancolie ? C’est une expérience belle, forte et quasi-extatique que je vous recommande. Le Dr Boudjemâa Haïchour avait sans doute raison de supposer que le poème, écrit par Djaballah au XIXe siècle pour l’amour d’une autre Nedjma avait inspiré le roman.

Voilà. Le grand maître du Malouf a déposé définitivement son archet. Mais celui-ci continuera longtemps à caresser les cordes de la mémoire et de la reconnaissance.
 

Ameziane Ferhani
 
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