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Alger . Festival international de la danse contemporaine

Je danse donc je suis

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le 29.04.17 | 12h00 Réagissez

A partir d’aujourd’hui, Alger vivra quatre jours durant au rythme de la danse contemporaine avec des troupes venues des quatre coins du monde et des talents algériens à découvrir. La huitième édition du Festival international de la danse contemporaine ouvre ses portes à l’Opéra d’Alger et au palais de la culture Moufdi Zakaria.

Il est difficile de définir la danse contemporaine en quelques mots ou de l’aborder comme un tout homogène. Apparue au cours de la deuxième moitié du siècle dernier, elle s’apparente plutôt à une approche de l’expression corporelle qu’à un courant artistique à proprement parler.

Tandis que la musique contemporaine se libère du carcan de l’harmonie classique, la danse contemporaine questionne à son tour les limites de cet art, poussant l’expérimentation aux limites de la performance, voire de la «non-danse». Tout comme l’art contemporain, la danse contemporaine se veut conceptuelle et expérimentale et permet une ouverture sur les expressions corporelles dans leur grande diversité, allant des productions inspirées des danses urbaines aux danses traditionnelles de différentes régions du monde. Une voie que les chorégraphes algériens n’ont pas manqué d’emprunter.

On citera ici les créations d’Abou Lagraa, Nacera Belaza ou Ahmed Khemis, tous trois établis en France, qui rencontrent un certain succès au plan international et se produisent également assez régulièrement en Algérie. Ces danseurs ont par ailleurs mené de nombreuses expériences de formation dans leur pays d’origine, la dernière en date est celle d’Ahmed Khemis qui prépare actuellement une nouvelle formation de danseurs en partenariat avec l’Etablissement arts et culture d’Alger. Il est heureux de voir ces talents algériens apporter leur participation à la formation dans cette discipline qui en manque tant.

C’est le constat que fait Fatima-Zohra Senouci Namous, commissaire du Festival international de danse contemporaine, rappelant, au cours de la conférence de presse annonçant la huitième édition, que l’INADC (Institut national des arts dramatiques et chorégraphiques de Bordj El Kiffan, devenu aujourd’hui Ismas) assurait auparavant la formation en la matière. Egalement directrice du Ballet national (rebaptisé Ballet de l’Opéra d’Alger), Namous a émis le souhait de la création d’une Académie de danse en Algérie afin de palier à ce déficit en formation. En attendant, le Festival international porte un volet de formation avec deux master class assurées par Kaddour Noureddine ainsi que la compagnie américaine Bodytrafic.

En plus des élèves de l’Ismas et des membres du Ballet national, des enfants issus de l’association Chams (qui prend en charge des enfants trisomiques ou autistes) pourront profiter d’une initiation à l’expression corporelle. Les rendus des deux master class seront à découvrir le 2 mai au Palais de la culture et à l’Opéra d’Alger.
 

Sous le thème «Identités», cette huitième édition réunit des danseurs venus de dix pays. Une belle affiche en ces temps d’austérité (à signaler que le festival est financé, outre les apports des sponsors, par le reliquat de l’édition précédente). Cette année, le festival débute un 29 avril et coïncide ainsi avec la Journée internationale de la danse (lire encadré ci-dessous). Instituée depuis 1982 par l’Unesco avec le Comité de danse international, elle commémore la naissance du créateur du Ballet moderne, Jean-Georges Noverre (1727-1810).

De nombreuses activités autour de la danse sont ainsi programmées dans le monde entier. Concernant notre festival, c’est l’Ethiopie qui est à l’honneur pour cette édition. L’invité d’honneur sera dignement représenté par la Destino Dance Company (29 avril à l’Opéra et 2 mai au Palais de la culture). Fondée en 2014 par les danseurs professionnels Addisu Demissie et Junaïd Jemal Sendi, il s’agit de l’unique compagnie de danse en Ethiopie.

Cette entreprise sociale œuvre à accompagner des jeunes issus de milieux défavorisés. Son académie, basée à Addis-Abeba, accompagne les danseurs de rue pour les hisser sur les scènes internationales de la danse contemporaine. A l’image de la plupart des pays africains, l’Ethiopie est également riche d’une très grande diversité de danses traditionnelles qui accompagnent, depuis toujours, les événements importants de la vie et les différents rituels. Ce pont entre la scène et les danses traditionnelles est également fortement présent en Algérie.

Rappelons à ce propos que l’ancêtre du Ballet de l’Opéra d’Alger n’est autre que l’Ensemble national de danses populaires, créé en 1967 sous l’égide du TNA. Aujourd’hui, le paysage de la danse en Algérie s’est diversifié. On peut en juger par la participation nationale au festival. En plus du Ballet de l’Opéra, des compagnies arabesques (issues de l’école privée fondée par Mme Namous) et Nouara Idami (directrice artistique du festival), le public pourra découvrir les coopératives culturelles Face to Face de Batna et Mosta Stars Crew de Mostaganem. Soit un spectacle algérien par jour. La production locale est donc bien présente.

Pour ce qui est de la qualité, il faudra en juger sur scène. La participation internationale est généreuse, offrant une représentation des différentes facettes de la danse contemporaine. La compagnie d’Anna Konjetzky proposera une approche axée sur les différentes façons d’aborder l’espace (1er mai). La jeune chorégraphe allemande exploite également l’art de l’installation ou de la vidéo dans ses créations, primées lors de nombreux festivals. Venue de Sicile, la compagnie Zappala apportera, elle aussi, dans ses bagages un spectacle complet mêlant danse, musique et dramaturgie (2 mai). Fondée en 1990, cette compagnie italienne affiche de nombreuses créations nées de la collaboration entre le chorégraphe Roberto Zappala et le dramaturge Nello Calabro.

Explorant souvent des espaces non conventionnels, la compagnie collabore également avec des compositeurs afin de proposer à chaque spectacle une musique originale. Privilégiant la dimension poétique de l’expression corporelle, la compagnie espagnole La Intrusa se base, quant à elle, sur le duo de danseurs Virginia Garcia et Damien Munoz (29 avril). Autre couple au programme, Hela Fattoumi et Eric Lamoureux.

Ce duo franco-tunisien (à la vie comme à la scène) dirige le Centre chorégraphique national de Franche-Comté et mène le projet Viadanse. Il présentera ce soir le spectacle Après-midi, pièce de jeunesse datant de 1990. Le continent américain ne sera pas en reste avec la jeune et brillante compagnie Bodytrafic de Los Angeles. Fondée en 2007, elle affiche déjà un vaste répertoire de créations originales avec de nombreux chorégraphes de renom ainsi que des participations à d’importants festivals en Amérique du Nord.

Le sud du continent sera représenté, quant à lui, par les Mexicains de A poc a poc (1er mai). Cette compagnie, soutenue par le Fonds national des arts et de la culture mexicain, œuvre activement à promouvoir l’expression corporelle via des créations scéniques, souvent en collaboration avec des artistes d’autres disciplines, mais aussi des spectacles de rue et des activités d’éducation artistique.

De l’autre côté de la planète, le Ballet de Changqing viendra de cette province du centre-est de la Chine pour montrer un grand spectacle intitulé Mountains and Water (30 avril). Composé de 60 danseurs, pour la plupart issus de la prestigieuse Académie de danse de Pékin, ce ballet a été créé en 2012 et affiche déjà de nombreux spectacles et distinctions en Chine et ailleurs. La Russie, quant à elle, où ont été formés bon nombre de danseurs algériens du temps de l’Union soviétique, sera représentée par le Saint-Pétersbourg Play Art (1 mai). La patrie de Daighilev et de Stranvinsky n’a pas que des ballets de danse classique. Pour preuve, la compagnie Play Art fait plutôt dans le spectacle divertissant et la danse moderne.

Elle s’est déjà produite dans plus de 150 villes de Russie et d’Europe avec un certain succès auprès du grand public. Citons enfin la compagnie de danse moderne et contemporaine venue d’Egypte avec le spectacle Nous recherchons qui s’annonce comme «une nouvelle manière de briser les tabous et les stéréotypes» (2 mai). Cette jeune compagnie est affiliée à l’Académie des arts qui compte, depuis 1962, un Institut supérieur du ballet qui dispense une formation théorique et technique en danse classique.

En somme, il y en aura pour tous les goûts durant ces quatre jours dédiés à l’expression corporelle. Seul événement dédié à cette discipline, le Festival international de la danse contemporaine a logiquement survécu à la diète festivalière opérée l’an passé par le ministère de la Culture. Pour cette édition au budget réduit, il n’y aura pas de concours au programme et l’entrée sera facturée à 1000 DA, à raison de quatre spectacles par soirée. Une partie des spectacles sera également présentée au Palais de la culture et un partenariat est annoncé avec le Salon national de la créativité organisé par l’ONDA à l’esplanade de Riadh El Feth.  
 

29 AVRIL : JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA DANSE

Comme chaque 29 avril depuis 1982, un message est rédigé par une personnalité de la danse mondialement connue pour célébrer cette journée internationale instituée par le Comité de danse international et l’Unesco. Cette année, le message est en même temps un hommage.

C’est une lettre post mortem de Trisha Brown, grande chorégraphe et directrice artistique américaine, décédée le 18 mars dernier. Elle a créé, depuis 1960, pas moins de cent chorégraphies explorant un très large spectre de possibilités : entre ses collaborations avec le célèbre plasticien Robert Rauschenberg, ses chorégraphies sur des musiques de J. S. Bach et ses expérimentations avec le concepteur de robots Kenjiro Okazaki… Trisha Brown était également une plasticienne accomplie.

Le message suivant a été rédigé par sa proche collaboratrice Susan Rosenberg à partir de ses écrits et ses déclarations. Il évoque en quelques mots sa vision de son travail et des valeurs qu’il reflète : «Je suis devenue danseuse du fait de mon désir de voler. La transcendance de la gravité a toujours été quelque chose qui m’a émue. Il n’y a pas de signification secrète dans mes danses.

Elles sont un exercice spirituel sous une forme physique. La danse communique et élargit le langage universel de la communication, donnant naissance à la joie, à la beauté et à l’avancement de la connaissance humaine. La danse est à propos de la créativité... encore et encore... dans la réflexion, dans la fabrication, dans la réalisation et dans l’exécution. Nos corps sont un outil d’expression et non un moyen de représentation. Cette notion libère notre créativité, qui est la leçon essentielle et le don de l’art.

La vie d’un artiste ne se termine pas avec l’âge, comme certains le pensent. La danse est faite de personnes, de personnes et d’idées. En tant que public, vous pouvez prendre cet élan créatif chez vous et l’appliquer à votre vie quotidienne.»

Walid Bouchakour
 
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