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Gaudium in memoria

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le 17.12.16 | 10h00 Réagissez

Par A. Ferhani et W.Bouchakour
 

Comment imaginer Alger sans Ezzahi ou Constantine sans Fergani ? La question se justifie sachant que tous deux ont été les emblèmes de leurs villes, des pièces-maîtresses de la légende urbaine d’El Bahdja et du Rocher. Nous savons aussi que ces deux artistes qui ont tant donné à la musique algérienne, rayonnaient sur toute l’Algérie et au-delà. Pour preuve, la géographie humaine de leurs enterrements qui représentaient les profondeurs du pays.

Chacun à sa manière a su revivifier le patrimoine musical citadin par une démarche alliant la connaissance la plus sûre du répertoire traditionnel et une innovation adaptée aux goûts de l’époque. La culture, comme l’écrivait Mouloud Mammeri, n’est pas seulement un héritage reçu, elle est aussi un projet assumé.

L’hommage est un exercice difficile. Le risque est grand de ne pas être digne de la mémoire du disparu. Ou pire, de la trahir. Il est pourtant nécessaire, en ce qu’il attire l’intérêt sur un parcours, une œuvre, une légende. Il ne s’agit donc pas seulement de se lamenter sur la perte des cheikhs Amar Ezzahi et Hadj Tahar Fergani, mais de préserver au mieux ce qu’ils nous ont généreusement légué. C’est le sens des contributions ci-après de Lounis Aït Aoudia, président de l’Association des amis de la Rampe Arezki Louni, et de l’historien Abdelmadjid Merdaci qui appellent à défricher davantage la vie et l’œuvre de ces deux créateurs. Ce travail est destiné moins aux disparus, qui n’ont que faire désormais d’une reconnaissance, qu’à la société actuelle en besoin de repères. Comment, en effet, ne pas voir que, de la peine de ceux qui ont porté et suivi leurs catafalques dans les rues d’Alger et de Constantine, sourdait aussi une angoisse ? Celle de ne plus savoir qui nous sommes, terrible ignorance qui conduit tout droit à celle de ne pas savoir où aller.

Au delà du patrimoine musical, au delà du chaabi et du malouf, au delà de l’art, le parcours de ces deux immenses artistes n’est pas réductible à des notes ou chansons, au talent ou à la virtuosité, car il incarne une forte histoire culturelle vitale pour nos existences qui, elles, ne sont pas réductibles à notre pouvoir d’achat.

Ils étaient très différents. Fergani a géré sa carrière artistique en «entrepreneur culturel», quand Ezzahi refusait même l’idée de carrière, se faisant artiste ermite. Comment, par des chemins diamétralement opposés, sont-ils parvenus au même résultat ?
Par le talent, bien sûr. Par le travail aussi car le talent ne suffit pas. Et par la passion surtout car, sans elle, les deux précédents sont vains. Tous deux enfin étaient des porteurs de joie (gaudum en latin), même dans leurs plus mélancoliques morceaux. Ezzahi, nom d’artiste, signifie le joyeux et, par extension, celui qui apporte de la joie. Et voilà que Merdaci nous apprend que Fergani se présentait lui-même comme «zahi ennas», celui qui enjoue les gens. Eh bien, ils ont fait ce qu’ils disaient être !

 
 
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