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Fronton : La culture de la crise

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le 07.01.17 | 10h00 Réagissez


Presque tout le monde — y compris moi, je l’avoue — continue à scruter les cours du pétrole qui remontent en ce moment, nous faisant miroiter un retour à «l’embellie» financière. Ce mot très météorologique n’a pourtant jamais caché sa signification. Un dictionnaire le définit comme un «moment plus serein dans une période agitée». Si l’on parle désormais ouvertement de la crise, au fond, chez les dirigeants comme chez les citoyens, le déni de réalité continue à roder dans les subconscients avec des fantasmes résistants de baril à 100 dollars. La crise est décidément une affaire de culture.

Mais il y a aussi les effets de la crise sur la culture, toujours la première à subir les restrictions quand les gaspillages qu’elle peut induire sont insignifiants par rapport à d’autres. Comme toujours, on lui fait payer sa visibilité de symbole à immoler sur l’autel de l’austérité. S’il y a eu des gaspillages dans la culture (et il y en a eu bien qu’il n’y ait pas eu que cela), c’est essentiellement parce que nous ne sommes pas sortis d’un modèle administré fondé sur la subvention publique quand le monde entier nous donne l’exemple d’une culture contribuant à la croissance économique.

En 2015, les industries culturelles et créatives que notre défunt confrère, Abdou B., n’avait pas cessé de souhaiter pour l’Algérie, ont généré dans le monde 2250 milliards de dollars de revenus avec des effets multiplicateurs avérés sur les économies. Les analystes relèvent l’importance de la zone Asie-Pacifique (33% des ICC), suivie de l’Europe et de l’Amérique du Nord, respectivement 2e et 3e, mais soulignent aussi la dynamique naissante de l’ensemble Amérique latine-Afrique-Moyen-Orient.

En 2016, les grandes entreprises culturelles chinoises ont gagné environ 540 milliards de dollars, au premier semestre seulement ! En France, selon une étude menée en 2013, la culture, avec 57,8 milliards d’euros de valeur ajoutée par an, a contribué 7 fois plus au PIB que l’industrie automobile, employant 670 000 personnes, sans compter les 870 000 professionnels de la culture dans les entreprises non culturelles. Il n’est pas question d’envisager de telles performances pour l’Algérie, mais il est possible (et désormais indispensable) d’encourager les industries culturelles et de rendre l’art rentable et profitable à l’économie du pays.

Depuis 2015, le ministre du secteur, Azzedine Mihoubi, appelle à l’investissement privé dans la culture. Cet effort qui se traduit par quelques signes, n’est cependant pas accompagné par une action gouvernementale globale, soit un programme interministériel affirmé de développement des industries culturelles et créatives. La culture peut rendre mille et une fois ce qu’on a bien voulu lui donner. Et, au-delà de ses apports financiers en valeur ajoutée, elle peut aussi ajouter les valeurs qui permettent à une nation de surmonter toute crise. Vite, libérons les initiatives des investisseurs et des créateurs !
 

Ameziane Ferhani
 
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