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Fronton : Cabinet plénipotentiaire

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le 15.07.17 | 12h00 Réagissez


Cela s’est passé l’avant-dernier vendredi, lors de l’assemblée d’une institution internationale. Un ambassadeur accrédité auprès de cette dernière a laissé son téléphone sonner durant son allocution à la tribune avant de déclarer ce qui suit, puis de partir : «Monsieur le président, c'est le plombier dans mon appartement à Paris.

Il y a un gros problème au cabinet de toilettes. Et c'est beaucoup plus important que la décision que vous venez d'adopter.» Ce si poli et digne diplomate n’est autre que Shama-Hacohen, ambassadeur d’Israël auprès de l’Unesco, qui intervenait après le vote en faveur du classement de la vieille ville d’Hébron-El Khalil, sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité et sur celle du patrimoine en péril.

Il faut dire qu’il était déjà en colère depuis le mardi précédent, lorsque le Comité en charge des classements avait maintenu la vieille ville de Jérusalem sur la liste mondiale des sites en danger et que, de plus, la représentante de Cuba avait osé demander une minute de silence pour les victimes palestiniennes du conflit, comme il venait de le faire pour les victimes de l’Holocauste.

Bref, à ses yeux, de l’huile sur les braises de l’admission en 2011 de la Palestine en tant que membre à part entière de l’Unesco, ce qui avait entraîné la suspension par Israël et les USA de leurs contributions financières. Hébron-El Khalil abrite un lieu éminemment saint pour les trois grandes religions monothéistes.

Les Juifs, qui le nomment "Tombeau des Patriarches", affirment qu’il abrite les dépouilles d’Abraham, de son fils, Isaac, et de son petit-fils, Jacob, ainsi que celles de leurs épouses respectives. Pour les musulmans, l’édifice est sacré en tant que mosquée d’Ibrahim, soit Abraham, lequel est aussi vénéré par les Chrétiens. Cela explique pourquoi la ville, habitée par 200 000 Palestiniens et moins d’un millier de colons israéliens vivant dans une enclave militarisée au sein des vieux quartiers, est hautement symbolique.

Qu’est ce qui peut donc justifier la déclaration du Premier ministre israélien Netanyahu, qualifiant de «délirante» la décision de l'Unesco : «Cette fois-ci, ils ont estimé que le Tombeau des Patriarches à Hébron est un site palestinien, ce qui veut dire non juif, et que c'est un site en danger !» Splendeur des lapsus, il donne lui-même la réponse, élevant quasiment au rang de synonymes les termes «palestinien» et «non juif», en contradiction absolue avec leurs définitions et leurs usages. Ira-t-on un jour jusqu’à qualifier les Inuits de l’Arctique américain de palestiniens puisqu’ils sont non juifs ?

Cela dit, comment ne pas reconnaître que l’Etat d’Israël fait feu de tout bois quand le monde arabe se montre généralement d’une effroyable mollesse devant le dépeçage de son patrimoine ? On s’en consolera pauvrement en espérant que le plombier de l’ambassadeur a finalement réglé le problème de son cabinet de toilettes car il en aura cruellement besoin.

 

Ameziane Ferhani
 
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