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Extraits des interviews de l’année 2016

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le 31.12.16 | 10h00 Réagissez


- Dalila Orfali. Directrice Musée Des Beaux-Arts D’alger
Des œuvres uniques

Les acquisitions se poursuivent mais à un rythme assez lent à cause, notamment, des procédures complexes. Les artistes ne sont plus dans l’euphorie des dons comme c’était le cas au lendemain de l’indépendance et même durant les années 80’. Le marché de l’art national est très élevé et pour le marché international, il faut acheter en devises, ce que nous ne pouvons pas faire. Toutefois, nous avons eu des dons de grande valeur ces dernières années, à l’image de précieuses œuvres d’Etienne Dinet…

Nous avons une œuvre exceptionnelle d’Auguste Renoir qui date de ses séjours algériens, l’artiste était venu en Algérie en 1881 et 1882. Il en va de même pour Claude Monet qui a séjourné quinze mois en Algérie, Albert Marquet, Othon Friesz et puis, évidemment, les artistes du XIXe siècle comme Fromentin, Delacroix, Chassériau… La plupart des œuvres sont en rapport avec l’Algérie. C’est ce qui fait la personnalité de notre collection. Pour les œuvres plus anciennes (XVIe à XVIIIe siècles), souvent l’historique de l’œuvre a un rapport avec des collectionneurs d’Algérie. Quand les spécialistes étrangers viennent au musée, ils sont charmés parce qu’on trouve des œuvres qu’on ne trouve nulle part ailleurs.

- Belkacem Hadjadj. Réalisateur Et Producteur
Laissez-les faire !

Il est important d’élever le degré d’exigence professionnelle qui devra tirer la production cinématographique vers le haut. Cette école, l’ISMAS (Institut supérieur des métiers de l’audiovisuel et du spectacle), existe, il ne faut pas le nier. Mais il faut s’interroger pourquoi les comédiens qui sortent de Bordj El Kiffan sont mal ou pas formés du tout. Les étudiants ont organisé des grèves pour réclamer qu’on s’occupe d’eux et qu’on améliore la formation. Une école de cinéma ne peut pas être enfermée dans les carcans administratifs et bureaucratiques d’un institut universitaire.

Il faut lancer un plan de formation avec un programme basé sur des regroupements planifiés et organisés. Le plan doit être suivi et évalué à chaque fois pour relever les apports réels et tirer les leçons. Cet atelier sera composé de scénaristes confirmés. Quand un scénario est choisi, il faut obliger le porteur, le scénariste ou le réalisateur à venir le parfaire et le renforcer dans cet atelier. Mais, il faut dégager des budgets pour payer les script-doctors qui seront là en permanence.

La palette des romans écrits en arabe et en français est de plus en plus large. Il serait dommage que le cinéma n’en profite pas quand nous souffrons d’un manque de sujets et de scénarii. Il est important de songer à des efforts pour renouveler et actualiser l’écriture cinématographique en Algérie. Dans ce sens, l’apport des jeunes cinéastes est important. Les jeunes viennent parfois avec des idées délirantes. C’est leur droit ! Il ne faut pas refuser leurs projets, laissez-les faire !

- Ryad Girod. Écrivain
Traces indélébiles

On peut très bien imaginer des villes comme Lattaquié, Beyrouth, Syrte…  Alors, évidemment, Alger est ma ville où je suis né, où j’ai grandi et où j’ai passé une partie de la décennie noire… et donc, nécessairement, il y a des traces indélébiles qui apparaissent, ici et là, tout au long du roman. Mais je suis plutôt optimiste quant à l’Algérie.

La politique de réconciliation est plutôt une bonne chose, même s’il y a encore beaucoup à faire dans un esprit d’éthique, de justice et de moralité. Je repense au philosophe Karl Jaspers et ses études sur la culpabilité allemande après l’horreur de la seconde guerre mondiale, mais aussi aux élans dans le sens de la réconciliation qu’il y a eu au Rwanda. Aujourd’hui, quoi qu’on en dise, c’est un pays d’expression libre et sur la voie de l’apaisement.

- Youssef Sidaoui. Dramaturge Tunisien
Artistique, pas politique

Lors de la Révolution, trois snipers italiens ont été arrêtés par les services de sécurité. Après, on nous a dit qu’ils étaient venus chasser le sanglier ! On se moquait bien de nous. Le dossier des snipers est toujours entouré de questionnements. Nous ne sommes pas des hommes politiques ni des agents de sécurité, nous sommes des artistes qui ouvrent un dossier vite fermé politiquement. Nous n’avons pas de réponses à donner, mais nous profitons de ce sujet pour aborder d’autres difficultés qui se posent à la société tunisienne et arabe par extension (…).

Nous nous intéressons à tous les sujets qui étaient interdits, mais nous n’avons pas oublié qu’il est tout aussi nécessaire de piocher dans la Révolution et les événements d’après. De mon avis, il est préférable d’aborder la Révolution d’une manière artistique, pas politique. C’est le meilleur moyen d’atteindre le cœur des gens, de les inviter à réfléchir tout en leur garantissant du spectacle.

- Ahmed Bedjaoui. Universitaire Et Critique De Cinéma
Retour au privé

Le cinéma algérien est privé de son public. Le jour où un Algérien se présentera au guichet pour payer sa place dans une salle, le cinéma deviendra une réalité avec une fiscalité qui rentrera dans le fonds d’aide. Dans les années 1970, le fonds d’aide, qui était alimenté par la billetterie, a financé l’ensemble de la production algérienne de l’époque. Donc, ce n’était pas l’Etat qui finançait le cinéma, mais le public. Les cinéastes tiraient leur légitimité de leurs publics…

Aujourd’hui, il y a une nouvelle réalité économique. C’est peut-être une aubaine pour nous parce qu’il s’agit de se gérer soi-même, de bien utiliser le peu d’argent que nous avons pour repartir sur des bases plus saines. Cela passe par une réduction du rôle immédiat de l’Etat dans la production et la distribution et le retour aux entreprises privées.

- Abderrahmane Djelfaoui. Poète Et Cinéaste
Ces jeunes-là...

Ces jeunes apportent d’abord la contradiction à tous ceux qui disent qu’il n’y a rien dans ce pays. Ensuite, ce qui est nouveau, c’est qu’on est en train de quitter le terrain de l’idéologie, des idées affirmées, des grands courants politiques et autres pour aller vers un réel dramatique, un réel tragique, un réel inacceptable qu’on aborde par le biais de l’humain. Qu’on y réussisse ou pas, que le niveau technique ou esthétique soit élevé ou pas, cela n’est pas l’important. Ce qui l’est, c’est la tendance.

Nous sommes en train d’aller vers nous-mêmes… Ils sont très jeunes, moins de 30 ans. Ils n’ont pas pour la plupart le même niveau de culture philosophique, littéraire, etc. que j’avais à leur âge, mais ils ont nettement plus de prédispositions que j’avais. Nous, nous avons bénéficié d’un bain culturel fabuleux mais, pour différentes raisons, nous avons mis du temps à mûrir sur le plan de l’expression. Ils sont déjà dans le tempo de ce qu’il faut dire.

- Kad Merad. Acteur, Scénariste, Réalisateur
Voir le bon côté

Cette histoire, finalement, aurait pu se passer n’importe où. Je m’adosse à Marseille pour la raconter, mais c’est avant tout l’histoire d’un retour aux sources. Il se trouve que Marseille est le bon lieu pour faire ce film parce que ce n’est pas seulement un décor pour moi mais un personnage.

Ils vont tous à Marseille filmer la BAC (ndlr : brigade anti-criminalité). Moi, ça ne m’intéresse pas. J’essaie toujours de voir le bon côté des gens et des choses, même dans les quartiers difficiles. Dans le film, je montre une cité, des jeunes qui paraissent un peu menaçants mais qui finalement vont simplement peindre une bouche et des yeux sur une voiture.

C’est ma vision à moi de cette jeunesse parce que je n’ai pas envie de montrer des types avec des kalachnikovs qui trafiquent de la drogue. Ça ne m’intéresse pas et je ne sais pas faire ça. Je vous assure que quand on écrivait le film, je ne voyais pas ça. J’ai préféré effectivement que ça ressemble à un film plus poétique, plus émouvant et touchant. C’est ma vision…

- Mizo. Photographe Et Plasticien
Etre algérien, un plus !

La qualité est médiocre (ndlr : dans les agences de publicité). Je peux le dire sans hésitation. On fait travailler son cousin plutôt qu’un professionnel. Et le résultat est là. Je n’invente rien. Tout le monde peut constater la faiblesse de la qualité. Vous avez des directeurs artistiques qui n’ont jamais mis les pieds dans un musée. On enrobe ça dans de beaux discours, mais le niveau n’y est pas. J’adore mon métier et c’est pour ça que ça me révolte. (…)

J’adore mon pays et je veux donner de mon mieux. Toutes mes expos, je les fait sans financements de X ou Y. Il y a seulement l’espace qu’on me propose en retour de mes propositions artistiques. Je veux changer les choses à ma manière. Je voyage régulièrement mais je tiens toujours à mettre en avant mon héritage. Si je reste, c’est pour ma famille et puis ma source d’inspiration est ici, en Algérie. On a un héritage de malade. Et avec ça, vous avez des agences qui copient des concepts importés. J’ai envie d’apporter quelque chose. Etre algérien, c’est un plus !

- Lamis Saïdi. Poétesse Et Animatrice Culturelle
Ouvrir une fenêtre

En Algérie, et particulièrement dans le milieu arabophone que je connais bien, quand on parle de poésie on a souvent l’impression d’être au début du XXe siècle. La poésie arabe a connu une grande révolution dans la deuxième moitié du siècle dernier. La modernité a été au cœur du débat. Malheureusement, les références de nos poètes et de nos lecteurs sont souvent très anciennes, voire dépassées. On croit que la poésie c’est ce qui rime et que le poète serait la voix du peuple, de la nation !

Or, la poésie est aujourd’hui un acte individuel. Pour le citoyen moyen, la poésie est ce qu’il a appris dans les manuels scolaires : de la poésie très ancienne et souvent mal présentée. Une vision archaïque et folklorique. Donc, la question qu’on doit poser est : qu’est-ce que la poésie ? Il faut avouer que la poésie est aujourd’hui une pratique élitiste.

Il y a de très grands poètes dans le monde arabe dont l’œuvre est d’une modernité comparable à ce qui s’écrit en Occident ou en Amérique latine. Leurs œuvres sont méconnues du public, mais aussi de beaucoup de poètes algériens. Même quand on parle du XXe siècle, on évoque Mahmoud Darwich ou Ahmed Abdel Muti Hijazi… Mais la poésie a beaucoup évolué. La langue arabe elle-même a beaucoup évolué. On essaie d’ouvrir une fenêtre sur tout cela.

- Ahmed Benyahia. Sculpteur Et Artiste-Peintre
Dans mon pays

En 1971, Defferre, maire de Marseille, a demandé à César de concevoir une œuvre en hommage aux Français partis d’Algérie. C’est cette hélice de bateau, toujours présente sur la corniche de la ville. J’ai dit à César : «Cher maître, je vous ferai la réplique pacifique et artistique de l’autre côté de la Méditerranée». Je suis rentré à Alger et suis allé voir le Secrétaire d’Etat au Plan, Kamel Amar-Khodja. Il m’a mis en contact avec le ministre du Tourisme parce que je voulais faire cette réplique à Sidi Fredj, là où avait débarqué l’armée coloniale. J’ai réfléchi alors à l’Etoile Nord-africaine et à la Déclaration de Tanger sur le Maghreb (1958).

Malheureusement, je n’ai pas pu réaliser ce projet. Comme je n’ai pas pu concrétiser celui d’une sculpture à Mexico en hommage à l’Emir Abdelkader. Je me suis rendu compte que je ne pouvais plus produire dans mon pays. J’ai décidé alors d’arrêter complètement le travail artistique. Un arrêt qui a duré 26 ans ! C’était en 1981-1982. (…) Sans «Constantine, capitale de la culture arabe», je crois que je n’aurais jamais exposé dans mon pays !

- Mohamed Sari Écrivain Et Traducteur
Cela a mené à...

Ibn Toumert s’est soulevé contre les mourabitine au nom de la religion et s’est même intronisé Mahdi de la résurrection. Dans le roman, je raconte une scène où il fait croire aux Berbères que les morts se sont mis à parler. Ce miracle, qui est une supercherie, est rapporté par plusieurs historiens tels qu’Ibn Khaldoun et Abderrahmane Djilali. J’ai trouvé une grande similitude entre le parcours d’Ibn Toumert et celui des extrémistes des années 80’ en Algérie.

Revenu du Moyen-Orient, il brandissait la charia pour interdire la musique, la mixité, les chants… Et il intervenait avec violence. L’apogée de ce parcours politico-mystique a été le moment où il prétend être le Mahdi (Sauveur annonçant la fin des temps) pour aller encercler Ibn Tachfin à Marrakech. Les islamistes des années 80’ ont aussi brandi le Coran pour interdire toute forme de musique, d’art ou de manifestation de joie. Et cela a mené au stade du 5 Juillet où Dieu leur aurait envoyé un miracle avec le nom d’Allah écrit au laser. L’histoire se répète et j’ai voulu mettre cela en avant. Nous avons tendance à occulter la violence dans notre histoire. Il y avait initialement dans Pluie d’or tout un chapitre sur les assassinats des califes.

- Brahim Tazaghart. Auteur Et Éditeur En Tamazight
Richesses méconnues

Aujourd’hui, il y a un consensus pour la reconnaissance de tamazight mais quand on parle de littérature algérienne, on évoque celle écrite en français et en arabe, mais rarement celle écrite en tamazight. Cette langue n’est pas intégrée, même dans la pensée de l’intellectuel algérien. Pourtant, il existe une production plus qu’importante. Outre la poésie classique de Si Mohand et d’autres poètes anciens, la nouvelle poésie existe aussi avec Amar Mezdad, Salem Zenia, etc.

La poésie amazighe et le combat pour la reconnaissance de la culture présentent un souffle d’espoir pour toutes les langues de la diversité méditerranéenne. Par exemple, mes poèmes ont été traduits et publiés dans une revue de langue occitane. Les langues régionales en Italie ou en France s’intéressent à notre dynamique. Nous proposons une vision de l’humanité qui diffère de l’angle jacobin, celui des langues impériales. Nous sommes les représentants de langues «faibles», par le statut, mais qui portent toute la richesse de l’humanité. 

W. B. , F. M., B. L., M. K. A. F. et W.B.
 
 
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