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En l’exil de lui-même

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le 21.04.18 | 12h00 Réagissez


A chaque fois qu’il est question de l’actualité désolante du monde arabe, comme récemment avec les tueries à Ghaza et les raids sur Damas, je ne peux m’empêcher de penser au film Nahla de Farouk Beloufa. Réalisée en 1979, cette œuvre est d’une telle densité qu’elle comprend en creux et en clés toute l’évolution de cette région du monde, en tout cas l’essentiel. Prémonitoire ? Le mot est exagéré. Mais intelligente, sensible, intuitive, prospective.

A l’image de son réalisateur, qui n’avait pas été pour rien l’élève de Roland Barthes, l’auteur de L’empire des signes. Et oui, Nahla demeure un film empli de signes dont la réalité a confirmé les significations.

Au moment de sa sortie, plusieurs se demandaient pourquoi un film de fiction algérien était allé se faire à Beyrouth pour raconter une histoire liée à la première «guerre civile libanaise». Certains criaient au scandale, d’autres parlaient de favoritisme, de gaspillage...

Ont-ils repensé à leur minable tollé quand l’Algérie, une douzaine d’années plus tard, connut un déferlement similaire de violences ? Farouk Beloufa, dans une interview de 2010 (à lire ou relire dans ce numéro) affirmait : «Larbi, le personnage du photographe algérien est, selon moi, le véritable pivot du film et non Nahla».

Le rôle de la chanteuse Nahla était interprété par l’émouvante Yasmine Khlat qui n’a plus tourné, devenant une écrivaine libanaise en vue. Celui de Larbi était revenu à un autre inconnu du cinéma, Youcef Saïah, homme de radio et qui n’a jamais plus joué au cinéma. Et, comme pour ses comédiens principaux, Nahla est le seul film de Farouk Beloufa, et, à mes yeux, un chef-d’œuvre du cinéma algérien et au-delà.

Certes, il y avait eu Insurrectionnelle (1973), qui fut plus que censuré, car diffusé après «changements» et sans signature ! Puis, en 2014, Beloufa étant déjà malade, Le silence du sphinx, courte fiction réalisée dans des conditions improbables avec l’aide de jeunes cinéastes algériens venus au secours de leur aîné.

Là dessus, tant de rêves de films qui n’ont jamais pu voir le jour…

Aussi, en apprenant lundi dernier la mort de Farouk Beloufa, je n’ai pas eu de larmes à retenir, car durant la quarantaine d’années suivant Nahla, comme d’autres, j’ai eu tant de fois l’occasion de me lamenter en pensant à lui, à son immense talent perdu.

Comment un créateur aussi émérite a-t-il pu se retrouver si longtemps noyé dans le désœuvrement, en exil, mais surtout en l’exil de lui-même ? Mais ce n’est plus le moment de déplorer ni, surtout, de s’apitoyer. Comme il le disait en fin d’interview : «Je n’ai pas de regrets.

Le film que je voulais faire, je l’ai fait. J’ai toujours fait le nécessaire pour concrétiser mes projets, même si ça n’a rien donné. Je voulais être libre, j’ai fini par le devenir à ma manière !»

Il l’est désormais pleinement pendant que la vie continue et que d’autres tournent (voir ci-contre). The show must go on, dit-on. C’est hélas ainsi !

Ameziane Ferhani
 
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