Pages hebdo Arts et lettres
 

Fronton

El Sistema, si !

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte

le 31.03.18 | 12h00 Réagissez


Il est des personnes dont la conviction, l’intelligence et la générosité peuvent soulever des montagnes sans qu’ils soient (ni veuillent être) à la une des médias. Ainsi, le 24 mars dernier, la mort du discret José Antonio Abreu a remis en lumière l’action culturelle exceptionnelle qu’il a menée au Venezuela, avec lequel nous partageons le sort d’un pays intoxiqué aux hydrocarbures, mais pas celui de pôle musical mondial qu’il est devenu grâce à cet homme.

Né en 1939, ses brillantes études en économie pétrolière à Caracas, puis au Michigan, auraient pu destiner Abreu à une belle carrière en la matière, mais il se contenta de l’enseigner. Il se trouvait que depuis son plus jeune âge, il n’avait pas cessé d’étudier la musique, devenant même un très bon pianiste.

Simplement armé de cette combinaison de rationalité et d’art, porté par une vision que certains qualifiaient d’«utopique» sinon de «folle», il crée en 1975 une fondation intitulée Action sociale pour la musique, devenue aujourd’hui El Sistema. Son but : offrir une formation musicale d’excellence à des jeunes défavorisés et, par ce biais, les soustraire à la criminalité et à la drogue pour les pousser vers l’élévation de soi dans une démarche collective.

Deux ans après, le premier orchestre créé dans ce cadre fait sensation au Festival de musique d’Aberdeen, en Ecosse, ce qui vaut au projet sa première aide gouvernementale. José Abreu poursuit son action qui évoluera sous dix gouvernements successifs, jusqu’à la présidence de Chavez, qui le soutiendra totalement.

Quarante-deux ans après sa création, El Sistema a mis en place un réseau comprenant une centaine d’orchestres symphoniques, dont quelques uns de niveau mondial, et une soixantaine d’orchestres d’enfants. L’an dernier, deux millions d’enfants pauvres ont bénéficié d’une éducation musicale gratuite. Devenue une référence internationale soutenue par l’Unesco, l’expérience est reprise dans plusieurs pays, y compris développés, comme le Royaume-Uni, qui s’en est inspiré.

En juin 2017, l’Inter-American Development Bank (Amérique latine et Caraïbes) a accordé un prêt de 150 millions de dollars à El Sistema pour construire sept centres régionaux. L’étude du financement a relevé l’effet de l’action musicale sur la baisse de la délinquance juvénile et l’accroissement de la fréquentation scolaire, précisant que chaque dollar investi dans El Sistema rapportait jusqu’à 1,68 dollar de dividendes sociaux. Un mode de calcul inconnu en Algérie, où la culture est considérée encore comme un tonneau percé !

Bien sûr, le Venezuela connaît une crise économique grave, avec 40% de la population au dessous du seuil de pauvreté et une inflation qui serait la plus élevée au monde. Mais que des enfants des ranchos (bidonvilles) tutoient Beethoven, Mozart ou Verdi constitue un formidable signe d’espoir et de résistance à l’adversité. Bravo Monsieur José Abreu !

Ameziane Ferhani
 
Loading...
le dessin du jour
LE HIC MAZ

Mes infographies

El Watan Magazine

impact journalism days

 

Indépendance Algérie

 

El Watan Etudiant

Chroniques
Point zéro Repères éco
Loading...
Vidéo

Débats d'El Watan

Débats d'El Watan
Loading...

Suivre El Watan

FacebookFacebook       TwitterTwitter
Télévision
Télérama       Télé Alger TV Algérie