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Doumaz au café

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le 11.03.17 | 12h00 Réagissez

La vie réelle est à mes yeux toujours plus stimulante que la virtuelle, celle des réseaux dits sociaux qui, paradoxalement, nécrosent les relations humaines. On peut ainsi, pour de vrai, se trouver dans un café à Alger, sirotant le breuvage du même nom dans son arôme et son goût concrets et y rencontrer, avec la complicité du grand organisateur qu’est le hasard, le chanteur Réda Doumaz.

Un beau moment d’échanges venus enrichir la fraîcheur ensoleillée de cet après-midi de quasi printemps. Après les salamalecs d’usage et quelques sujets puisés du répertoire quotidien, je le branche sur son art. Quoi de nouveau ? Doumaz me parle de son projet en cours et, avec son sens de la formule, il m’annonce une chanson «écolo-chaâbi» ! J’exagère à peine l’expression de mon étonnement pour le pousser à en dire plus. Il se penche au-dessus de la table (nous devons alors avoir l’air de comploteurs) et me récite à voix basse quelques vers de cette œuvre qu’il veut aussi portée par l’image. Une «qasida-clip» en quelque sorte, lui dis-je, histoire de lui montrer que je maîtrise aussi la formule, car dans une bonne gasra de café, la concurrence langagière est un jeu indispensable.

Les vers coulent de source, légers et profonds, novateurs mais imbibés du pur jus chaâbi. Pas évident d’écrire une ode contre l’assassinat de la nature ou la saleté repoussante de nos espaces. Pour ce que j’en ai entendu, c’est pourtant de la poésie qui se laisse boire au goulot de la beauté et qui révèle des niveaux subtils de sens comme le veut le genre. Doumaz a voulu rendre hommage aussi à un homme qui l’a marqué, Amar Adjili, ce héros national de l’écologie qui, seul et presque contre tous, a décidé de rendre à la plage du Chenoua, près de Tipasa, sa netteté originelle.

Sur ce, nous avons parlé de ce qu’il advient du chaâbi. De bonnes choses puisqu’il s’est étendu territorialement et socialement, au-delà de ses fiefs, gagnant même la gente féminine qui ne se contente plus de l’écouter mais  l’interprète aussi. De mauvaises aussi, car il risque quand même de se congeler dans le ronron des reprises et des imitations. Certes, il est peu de plaisir comparable à réécouter une qasida comme El Herraz mais l’absence de créations nouvelles risque à terme de vider le chaâbi de sa vivacité. Il est né d’un contexte historique particulier (colonisation, paupérisation, exode rural, urbanisation) et toute son âme s’est forgée dans l’expression populaire, d’où son nom. S’il faut incontestablement conserver le patrimoine du chaâbi, il est essentiel de le maintenir, lui, dans sa substance d’art vivant, proche des peines, des passions et des joies de son temps, dans la grande tradition du melhoun qui a toujours donné à la vie quotidienne les ailes de la poésie.  Doumaz travaille à son projet tout en recherchant des soutiens pour le monter. On s’est dit au revoir. J’ai payé l’addition mais finalement il m’a remboursé avec cette chronique. Et au-delà de la note !

Ameziane Ferhani
 
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