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Cinéma . Des vies et des visions

Des vies et des visions

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le 05.11.16 | 10h00 Réagissez

Il y a eu d’abord la soirée «Nouvelles vagues algériennes» où deux films algériens étaient à l’honneur.

Des moyens métrages avec une telle proposition artistique que les organisateurs du 38e Cinémed ont programmés avec beaucoup de plaisir. Jardin d’Essai de Dania Reymond et Kendil de Damien Ounouri, ont laissé une très bonne impression sur le public et suscité des débats intéressants entre professionnels. Kendil, ou le conte de la femme-méduse est une sorte de légende urbaine servant de trame au film. Un conte fantastique qui rend hommage à la femme et à l’amour.

De son côté, Jardin d’Essai est une réflexion sur le rôle de l’acteur dans la société et les limites d’exercice de ce métier pas toujours bien perçu en Algérie. Puis, comme toujours, les pronostics de palmarès n’ont pas cessé d’alimenter les discussions. Les longs métrages disposent de six prix et les neuf films en compétition dans cette catégorie avaient donc théoriquement plus d’une chance sur deux d’être récompensés. On peut dire que l’Algérie avec deux films primés, à savoir L’étoile d’Alger et Timgad, s’est assez bien distinguée.

Le Prix du jeune public est allé à L’étoile d’Alger, ce qui lui permettra d’être projeté dans les centres relevant du secteur du gaz et de l’électricité en France. Inspiré de l’œuvre éponyme de Aziz Chouaki, le film de Rachid Benhadj a mis du temps à voir le jour selon le réalisateur. Il a fallu dix ans pour monter le projet et trouver les financements. Mais les spectateurs ont été convaincus par cette fiction sur l’itinéraire d’un jeune des quartiers populaires qui oppose son amour de la musique à la montée de l’intégrisme du début des années 90’. Le jeune jury a été aussi sensible aux différents problèmes évoqués par le film, comme l’impossibilité d’avoir une relation amoureuse normale, l’emprise de la bigoterie sur la société, la promiscuité et les désillusions comme perspective dans une société en manque de repères.
Selon les cinéphiles présents à la cérémonie, la meilleure récompense est le Prix du public Midi-Libre car décerné par les spectateurs.

Or, au vu de l’engouement du public pour les deux projections de Timgad de Fabrice Ben Chaouche, le lauréat n’était pas difficile à trouver. Lors de la première projection, il y avait des spectateurs agglutinés même dans les allées. Cette œuvre qui peut s’apparenter au genre «feel good movie», soit un film qui enchante et donne au spectateur un sentiment de bien-être, a atteint son objectif. Le public a adhéré à l’épopée de la Juventus de Timgad, une équipe de minimes qui se surpasse grâce aux efforts de son entraîneur, Jamal l’archéologue, et de son président, Mokhtar, vieux professeur ronchon. Il faut rappeler que là aussi ce film a mis du temps pour voir le jour. Onze ans de travail et de galère pour aboutir à un résultat plus qu’honorable. Timgad est une comédie très intéressante avec des acteurs au sommet de leur art, comme Sid-Ahmed Agoumi et Samir El Hakim. Le réalisateur cherche maintenant à projeter son film en Algérie d’ici décembre, date de sa sortie sur les écrans en France et en Belgique. Avis donc aux autorités concernées... Dans cette catégorie, l’Antigone d’Or est revenue au film espagnol Vivre et autres fictions de Jo Sol.

Ce film aux moyens modestes est un hymne à la vie, car il met en scène deux protagonistes très attachants : l’un est tétraplégique, et l’autre ancien pensionnaire d’un asile psychiatrique. Dans ce face-à-face sur fond de douleurs, le réalisateur a réussi à éviter le pathos et à nous présenter des êtres sensibles qui nous font oublier leurs handicaps. Ainsi, Antonio incarne un handicapé qui milite pour que l’Etat permette aux polyhandicapés d’avoir une assistance concrète pour leurs besoins sexuels. Le jeu des acteurs là aussi est éblouissant par sa justesse. Ce film a raflé déjà plusieurs prix, comme celui de la meilleure musique et du prix de radio Nova.
Le prix de la critique décerné par des journalistes est revenu au film de la palestinienne Maha Haj, Personnal affairs. Ce film est de loin le meilleur de la compétition par sa proposition esthétique, le jeu des acteurs et son inscription dans l’universalité par ses différentes références. Jeune cinéaste de Nazareth, Maha Haj nous a fait part de son désarroi devant la situation que vivent les Palestiniens des Territoires occupés par Israël, surtout ceux de 1948. D’un côté, ils sont soupçonnés d’être une sorte de cinquième colonne et, dans les pays arabes, parce qu’ils ont des papiers israéliens, ils sont souvent considérés comme des parias. Une «situation absurde et exaspérante», selon Maha Haj.

Du coup, son film n’est pas pris par les festivals du monde arabe car labellisé comme film israélien alors que semble y respirer la Palestine et sa cause malgré les apparences de comédie sociale. Il ne s’agit pas ici pour nous de déflorer le film qui sortira bientôt en salles, mais juste d’évoquer l’histoire édifiante de Georges, personnage attachant qui rêve d’aller voir la mer, à trente minutes de chez lui, mais ne le peut pas. Une situation qui montre mieux que mille discours virulents la difficulté de se déplacer en Palestine et l’enfermement dont est victime son peuple.

Dans la catégorie du documentaire, c’est Zeïneb n’aime pas la neige de la Tunisienne Kaouther Ben Hania qui a eu le prix Ulysse du meilleur documentaire. L’histoire de cette enfant qui refuse d’aller au Canada semble un peu décousue. Par ailleurs, le documentaire de Mohamed Ouzine Samir dans la poussière a obtenu la mention spéciale du jury. C’est l’histoire d’un jeune trabendiste à la frontière algéro-marocaine avec tout le mal-être d’une jeunesse dont l’horizon semble bloqué. Enfin, pour la compétition des courts métrages, le film algérien L’échappée de Hamid Saïdji et Jonathan Mason a obtenu le prix Canal Plus.

Ce court métrage a permis de découvrir un acteur de talent, à savoir notre collègue journaliste et photographe Saïd Aït Ali Saïd. Le réalisateur explique que pour son casting, il était parti sur un acteur très connu avant la rencontre avec Saïd qui lui a fait changer d’avis pour ce «taxieur» amateur de photo et rêvant d’aller en Italie. En dix-neuf minutes, un bon instantané sur les problèmes urbains et les aspirations de la jeunesse algérienne, cela sans négliger le côté esthétique.

Autre film algérien, Sim the man pouvait prétendre à mieux que d’être classé dans la catégorie Panorama. Hommage aux anciens de la Fédération de France du FLN, son esthétique le distingue comme un bon film. Le grand Prix du court métrage Montpellier-Méditerranée a été décerné au film roumain Ecrit et non écrit d'Adrien Silisteanu, véritable chef-d’œuvre par sa densité, son universalité et sa technique. Là aussi en dix neuf minutes, le réalisateur nous a montré la plénitude de son talent : mouvements de caméra très justes, histoire bien ficelée et acteurs plus vrais que nature. Le prix du Jeune Public est allé à Bêlons du Marocain Mahdi Azzam, un court qui nous plonge dans la fête de l’Aïd et le sacrifice du mouton.

Dans cette catégorie, il faudra peut-être regretter l’absence de toute récompense au film palestinien de Ramzi Maqdissi intitulé La pierre de Saloman. Un film de toute beauté avec une histoire loufoque qui se déroule à Jérusalem. Le film parle d’un jeune homme qui reçoit un colis des Etats-Unis d’Amérique et ne peut le récupérer que contre la modique somme de vingt mille dollars ! Pendant la moitié du film, le réalisateur va maintenir le suspense sur le sort de ce colis et son contenu secret. Un film déroutant sur la débrouillardise en temps de guerre.

En clôture, le Cinémed a proposé aux cinéphiles de revoir l’excellent Affreux, sales et méchants d’Ettore Scola en copie restaurée. Une manière de rendre hommage au cinéma italien aujourd’hui enlisé dans de nombreux problèmes. La Méditerranée recèle encore et toujours un potentiel esthétique inépuisable capable de nous enchanter dans la durée, mais aussi de nous émerveiller le temps d’un festival en nous promenant d’escale en escale sur ses rives baroques.

Slimane Aït Sidhoum
 
 
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