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Des barils d’art

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le 06.01.18 | 12h00 Réagissez


Presqu’en accord avec l’auteur américain de science-fiction, Robert Heinlein, qui affirmait que «tout ce qui est gratuit vaut le prix que vous avez payé», notre sagesse populaire a pondu ce fameux proverbe selon lequel «el batel yabtal» (le gratuit ne dure pas). Depuis longtemps, la gratuité est un appas de choix.

On raconte qu’un barbier avait placé un écriteau devant son échoppe sur lequel on pouvait lire : «Demain, on rase gratis.» Et bien sûr, c’était toujours pour le lendemain… Les publicitaires l’ont bien compris qui agitent des gratuités sous les yeux des consommateurs pour mieux les faire débourser. Car enfin, rien n’est jamais gratuit et il faut bien que quelqu’un, quelque part, paye la chose.
Nous avions tenté ici de lancer un débat sur la gratuité ou non des activités culturelles (22/10/16). Tenté car, bien que la question se pose de manière impérieuse, ce débat n’a eu lieu nulle part. Mais les choses avancent par elles- mêmes et c’est tant mieux. Avant même la crise, le Festival international de musique symphonique avait institué une entrée payante et cela n’a en rien diminué son affluence. Pour sa 10e édition, l’an dernier, celui de la bande dessinée en a fait de même et a pu assurer convenablement sa tenue. D’autres manifestations suivent le mouvement. Par obligation bien sûr, mais aussi avec la conscience que l’art est un produit noble qui ne peut être dévalorisé au point d’autoriser toutes les médiocrités, celle du spectacle mais également celles de l’organisation et de l’accueil. Et, comme dans le monde entier, les publics attendent d’être respectés.

La photo ci-contre montre de manière évidente que les amoureux du quatrième art sont loin d’avoir boudé le Festival national du théâtre professionnel, dont les spectacles, pour la première fois, étaient payants. Notre confrère Mohamed Kali, qui a couvert la manifestation, signale même comment cela a pu agir sur la qualité des auditoires qui, auparavant, étaient en partie composés de passants ou d’oisifs du square Port-Saïd ! Un ami me rapportait y avoir entendu un jour l’un des changeurs officiellement clandestins de devises annoncer à ses «collègues» qu’il allait faire une petite sieste au théâtre où l’on pourrait le joindre en cas d’urgence !

Il ne faut donc pas tomber dans le populisme, ce qui a déjà été fait avec de bonnes intentions et de grands dégâts. Il ne faut pas non plus sombrer dans l’élitisme. Cela est concevable avec une pratique réfléchie de tarification, ménageant des gratuités et des réductions au profit de catégories d’âges ou de statuts. Mais nous ne devons pas perdre de vue que l’autofinancement des spectacles ne peut-être toujours total et le soutien de l’Etat à la culture demeure essentiel, sinon vital. Il s’agit aussi d’agir dans toutes les disciplines afin de susciter une dynamique économique de la culture et encourager enfin l’éclosion d’industries créatives privées qui pourraient participer demain à la richesse de l’Algérie avec des barils d’art.

Ameziane Ferhani
 
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