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Evocation. Il y a une année, l’artiste s’en allait

Alger sans Ezzahi

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le 02.12.17 | 12h00 Réagissez

Au-delà des rares physiciens capables d’en comprendre le fonctionnement, l’existence quelque part sur la planète d’une horloge atomique ne variant pas d’une seconde en 15 milliards d’années rassure  toute l’humanité sur l’existence du temps.

De même, l’existence discrète et retirée de Amar Ezzahi à Alger nous rassurait tous sur la possibilité d’un poète dans cette ville désenchantée.  Aujourd’hui qu’il a disparu, toute parole ou hommage reste en deçà, ou à côté, de ce qu’il était. Amar Ezzahi n’avait pas une vie et une œuvre, comme il en va pour beaucoup d’artistes. Il avait une légende qui subsumait le tout.

D’aucuns se plaignent que les mythologies contradictoires tissées autour de sa vie solitaire faussent notre jugement sur son travail artistique. Les uns parlent d’un ascète absorbé dans la méditation, d’autres d’un grand timide confronté à une célébrité hors normes, certains évoquent une dépression, d’autres, une déception amoureuse non cicatrisée…

Amar At-Zaï est sans doute quelque part au croisement de ces biographies populaires. Il est aussi et surtout entièrement présent dans son art. Ezzahi n’était pas le plus démonstratif des interprètes. Que de débats vains pour trancher entre la virtuosité de Guerouabi et la subtile sobriété d’Ezzahi ! Et si cette sobriété était précisément le prolongement de la vie dans l’œuvre ? Chanter comme on parle et vivre comme on chante.

C’est ce que proclame ce chant confinant au récitatif rythmé. Une voix sans fioriture, une voix murmurée qui vous confie les secrets des mystiques, les joies de la rencontre et la douleur de la séparation dans l’intonation des mots de tous les jours. Ezzahi proposait d’entrer dans l’intimité du texte sans emphase et sans effets de manche. Que l’on écoute deux enregistrements d’une même qacida et on aura de grandes chances de tomber sur deux mélodies différentes.

S’il a privilégié les qaâdates intimes de mélomanes à la scène des salles de concert, c’est peut-être aussi pour ce choix artistique. Ne pas s’enfermer dans une interprétation figée (calibrée pour la scène ou le studio) mais rester au plus près de la vérité de l’instant. Certains ont parlé d’improvisation ; le terme de composition instantanée serait peut-être plus juste. Un fabuleux exercice de création composant rythmes, modes et textes pour une œuvre quasiment unique à chaque représentation.

Evidemment, les oublis et les ratages ponctuels sont inévitables dans une entreprise aussi risquée. Mais Ezzahi avait ce talent de remonter aussitôt en selle et l’on remarquait à peine l’imperfection tant le naturel l’emportait. Reproche-t-on à l’amoureux de bégayer, au mystique de divaguer, au condamné de s’essouffler en prononçant ses dernières paroles ?

Ezzahi jouait le tout pour le tout, privilégiant cette vérité de l’instant à une hypothétique perfection intemporelle. La perfection n’est pas de ce monde, mais la vérité est possible.  Comme la sincérité. Ainsi entendons-nous l’art d’Ezzahi.

La modestie et la générosité de l’homme sont donc bel et bien dans son œuvre. Et inversement… Quand un individu, mal inspiré, lui avait proposé de payer son pèlerinage aux Lieux saints de l’Islam, c’est avec des vers de Ben Msayeb que l’artiste le remettra à sa place. Au pouvoir de l’argent et aux vanités de la célébrité, il opposait sereinement la vérité nue des poètes. C’est avant tout une part de cette vérité que nous avons perdue en perdant Amar Ezzahi.
 

Walid Bouchakour
 
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