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Festival . Edition anniversaire du FIBDA

9e art, 10e année !

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le 30.09.17 | 12h00 Réagissez

9e art, 10e année !

La dixième édition du Festival international de la bande dessinée d’Alger (FIBDA) débute ce 3 octobre.

Avec la France en guise d’invité d’honneur, l’événement se déroulera entre l’Esplanade de Riadh El Feth (El Madania) et le palais de la Culture Moufdi Zakaria (Les Annassers).

A l’image de l’affiche signée par l’inoxydable Slim, pionnier de la bd algérienne qui semble enfin réconcilié avec le festival, le Fibda promet d’être riche et varié entre hommage aux anciens et promotion des jeunes talents, entre émulation de la production algérienne et ouverture sur le monde. Il faut reconnaître à ce festival d’avoir accompagné (voir sus-cité) une dynamique de la création algérienne en matière de bande dessinée dans ses différentes formes, allant de la ligne claire au manga. Cela à travers les concours, qui attirent à chaque fois un grand nombre de participants, mais aussi via des ateliers, des rencontres et des publications.

Cette dixième édition permettra par exemple de découvrir le rendu de l’atelier algéro-italien, initié en 2016, par le biais d’une exposition et de l’édition de l’album. La commissaire de la manifestation, Dalila Nadjem, est par ailleurs à la tête des éditions Dalimen qui ont la particularité de compter un nombre appréciable de BD dans leur catalogue. Elle a également mené une belle expérience de magazine de bande dessinée avec El Bendir qui n’a pas réussi cependant à maintenir son élan initial comme tant d’autres projets similaires. Autant d’initiatives qui permettent de dessiner les contours d’une nouvelle scène de la bande dessinée algérienne, mais aussi de prendre la mesure d’un intérêt certain du public. Deux ingrédients qui font la réussite du Fibda.

Parmi les dix-sept pays participant au Festival international de la bande dessinée d’Alger 2017, c’est donc la France qui sera au-devant de la scène. Ce pays, qui partage avec son voisin le prestige de la bd puisque l’on parle d’école «franco-belge», était par ailleurs bien représenté dans les éditions précédentes par la participation de ses bédéistes, mais aussi via des partenariats. La France est aussi le pays du mythique Festival d’Angoulême, rendez-vous de premier plan et vitrine de la création internationale en matière de neuvième art. Au Fibda de cette année, une rétrospective sera consacrée à Albert Uderzo, le père d’Asterix en tandem avec le Belge René Goscinny. Intitulée
«Uderzo in extenso», cette exposition est proposée par l’ambassade de France en Algérie. 

Au chapitre des rétrospectives, on annonce également un clin d’œil à l’expérience unique d’El Manchar, journal satirique algérien des années 90’ qui fut une école d’impertinence et un support de résistance au déferlement de l’intégrisme et de la violence terroriste.
Les jeunes qui consultent aujourd’hui le site web satirique qui porte le même nom ne savent peut-être pas que l’appellation est un hommage au journal qui refaisait le monde avec des «scies».

Cette publication, parue durant la période tourmentée des années 90’, a permis de faire le lien entre les anciens de M’qidech (première expérience de revue de bande dessinée) et les nouveaux venus tels que Dilem ou Le Hic qui ont fait depuis de belles carrières. Autre initiative, bien plus récente qui sera également présentée au Fibda : Kronikas. Cet album, résultat d’un bel échange artistique intercontinental, est présenté comme «une expérience triangulaire d’écriture, d’illustration et de bande dessinée entre Alger, Bruxelles et La Havane. Un inventaire imaginaire du patrimoine de chaque ville dans ce qu’il a de plus proche avec les auteurs qui vivent dans ces capitales».

Parmi les invités de marque du Fibda 2017, on retrouve Jacques Ferrandez qui viendra présenter son adaptation du roman d’Albert Camus Le premier homme. Ce roman autobiographique sur l’enfance de Camus ne pouvait qu’inspirer le bédéiste français natif d’Alger en 1955. Ferrandez avait réalisé auparavant des albums sur l’Algérie, entre Carnets d’Orient et Retours en Algérie, et adapté L’Hôte et L’Etranger du même écrivain. Ferrandez parlera de l’expérience délicate de l’adaptation d’un roman en bande dessinée. Christophe Arleston évoquera pour sa part les nouveaux contours de la BD débarrassée des frontières entre écoles et styles.

Cela tombe à point dans un festival où le manga made in DZ prend de l’importance sans toutefois qu’il y ait beaucoup d’échanges entre cet univers particulier, marqué par la culture nippone et les jeux vidéos, et les autres genres de bd. Christophe Arleston ne parlera pas de la bd en théoricien, mais pourra évoquer sa propre expérience de création. Il est le scénariste d’une série de BD qui mêle précisément différents styles entre fantasy et humour. Dessinée par Didier Tarquin, la série Troy est un vrai phénomène qui a suscité notamment un magazine intitulé Lanfeust Mag, dont Charleston (alias Scotch) est le rédacteur en chef. De formation journalistique, Charleston est scénariste de bd à plein temps. Un rôle qui peine à émerger en Algérie où le dessinateur est souvent lui-même scénariste.

Un tandem de dessinatrice et de scénariste sera justement au rendez-vous pour évoquer leur dernière expérience. Catel Muller et José Louis Bocquet parleront du féminisme dans la bande dessinée à travers leur album consacré à la légendaire Joséphine Baker. Le duo Muller-Bocquet avait produit auparavant les albums Olympe de Gouges et Kiki de Montparnasse. Le thème de l’usage pédagogique de la bd sera également évoqué par Régis Hautière, Richard Marazano et Farid Boudjellal. Le grand dessinateur belge François Schuiten, déjà honoré par le festival d’Alger, revient cette année pour parler d’une de ses expériences récentes. En plus d’être un bédéiste de talent (Grand prix de la ville d’Angoulême en 2002), Schuiten est également scénographe.

C’est en cette qualité qu’il a imaginé le musée Train World de Bruxelles, qui offre un panorama de l’histoire du train et des chemins de fer. Le musée a ouvert ses portes en 2015, mais Schuiten avait publié trois ans auparavant son album intitulé Douce consacré à la passion des trains.

La présence de participants français permettra également de montrer comment la bd peut devenir une industrie et même s’exporter en traductions. Agent littéraire spécialisé en BD, Nicolas Grivel animera une conférence intitulée «Pourquoi la bd francophone est-elle aussi dynamique ?». Ayant travaillé avec un éditeur japonais par le passé, Grivel a également une large connaissance de l’univers manga. Cela ne l’a pas empêché de revenir vers la bd française qu’il œuvre actuellement à promouvoir aux Etats-Unis. Un marché existe bel et bien, non seulement pour les classiques mais aussi pour les nouvelles créations.

On peut rappeler par exemple que Persepolis de Marjane Satrapi s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires aux USA. La promotion des éditeurs français en Amérique est également assurée par la French Comics Association. Accompagné par plusieurs institutions françaises, notamment l’ambassade de France aux USA, cette association œuvre à diffuser la bd franco-belge aux Etats-Unis, non seulement via la publication et la traduction, mais aussi par des échanges culturels. Autant d’expériences qui ne manqueront pas d’inspirer les acteurs du domaine de la bande dessinée et, plus largement, de la culture.

Cette édition du Festival international de la bande dessinée d’Alger comprend enfin une exposition des lauréats des précédentes éditions des concours. Une occasion de porter un regard rétrospectif sur l’évolution de cette pratique artistique et de retrouver les talents qui ont émergé du festival.

Enfin, l’inévitable concours de Cosplay est plus que jamais de retour. D’abord organisée par de jeunes passionnés par l’univers manga, cette activité a permis de donner une touche insolite au festival et une bonne dose de vitalité. Cette année, le jury Cosplay comptera notamment le président du festival de bd de Lyon, Philippe Brocard.

En marge du festival, une résidence artistique est annoncée entre un bédéiste algérien et un autre de nationalité française. C’est le dessinateur, très impliqué dans l’équipe du Fibda, l’Andalou qui y prendra part aux côtés de Joël Alessendra, auteur de Petit-fils d’Algérie. Le festival, qui compte également des projections de films, se clôturera comme à l’accoutumée par la remise des prix aux lauréats de différentes concours. 

Planches… à billets

Pour cette dixième édition, le festival de la BD reconduit l’expérience de l’entrée payante entamée l’année passée avec un impact plutôt négatif sur l’image de cet événement populaire orientée vers un public jeune et pour un bénéfice, somme toute, modeste. Pour y remédier, le prix de l’entrée sera triplé cette année (300 DA pour les plus de 12 ans) avec toutefois des formules de réduction.

Ce ticket donnera également accès à une navette de bus entre le palais de la Culture Moufdi Zakaria et l’esplanade de Riadh El Feth. Le festival ayant une ampleur indiscutée, un des plus importants événements consacrés à la bd au Maghreb et dans le monde arabe, son organisation a certes besoin d’entrées d’argent pour se maintenir au même niveau.

Le financement public commençant à manquer (le Fibda 2017 a toutefois reçu un budget contrairement à beaucoup d’autres festivals) une réflexion s’impose pour diversifier les sources. Le financement via la billetterie n’est certainement pas le seul levier, et peut-être pas le plus rentable. D’autant plus que le public payant est en droit d’exiger une qualité de prestation qui n’est pas toujours au rendez-vous. On ne citera que le cas du programme dont la publication sur le site a beaucoup tardé.

Comment convaincre le public de payer son entrée sans même lui communiquer un programme ? La commissaire du festival a déploré le peu d’implication des sponsors et partenaires privés qui se désengagent à cause de la conjoncture économique difficile. L’équation du financement de festivals internationaux lancés du temps de l’embellie économique est certes complexe. Elle mérite un large débat au-delà du seul Fibda.   W. B.

Walid Bouchakour
 
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