Edito
 

Stades de la colère

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte

le 06.05.18 | 12h00 Réagissez


Les milliers de supporters, qui ont couvert d’obscénités le premier ministre, le chef d’état-major et leurs accompagnateurs, le 1er mai dernier au stade du 5 Juillet, ne remplissent certainement pas les critères pour adhérer au «Jil Bouteflika» (Génération Bouteflika), machin politique dont rêve Djamel Ould Abbès.

Ce Jil, agité et n’ayant cure des indjazate que le FLN et le gouvernement se dépensent à célébrer depuis plusieurs semaines, n’existe pas aux yeux du pouvoir et de ses soutiens, et quand il se manifeste, c’est qu’une main étrangère et bien entendu ennemie de l’Algérie a tiré une grosse ficelle.

Ce déni, si obstiné et perpétuel qu’il en est devenu violent, ne pouvait à la longue avoir d’échos qu’une violence comme celle ayant porté la clameur vindicative qui a vibré mardi dernier dans l’arène mythique de la capitale.

On connaissait les chants inspirés de certaines galeries des clubs de foot et le ressentiment politique qu’ils charrient très souvent avec talent et éloquence. Depuis peu se développe un autre registre d’«expression» autrement plus abrupt et franchement provocateur. Les jeunes supporters se radicalisent et semblent désormais se résoudre à l’idée que le lyrisme des chants est une matière que ne comprennent pas les tenants du pouvoir et qu’il faudrait donc faire appel à la violence crue du propos, en attendant peut-être d’en découdre sur un autre terrain.

Ce ton qui monte dans les stades, grandes arènes ouvertes, où les jeunes mesurent chaque week-end la puissance et la portée potentielles de leurs unissons, n’est pas entendu en haut lieu, ou pire, entendu mais non pris au sérieux.

Cette rupture consacre par ailleurs la mise hors service des médiations et instruments politiques qui auraient pu promettre une hypothétique structuration du magma de ressentiment et sa transformation en énergie politique. Là où il y a quelques années on aurait pu avoir affaire à des slogans, dont le plus emblématique est ce fameux «pouvoir assassin», on assiste aujourd’hui à un déchaînement d’outrages primaires et miasmatiques qui en disent long sur la grogne qui couve et qui vire au pourrissement dans l’Algérie d’en bas.

Les jeunes qui vont au stade se «défouler», selon le raccourci en vogue, ne sont pas seulement non concernés par le bidule «Jil Bouteflika» cher à Ould Abbès, mais on ne les imagine pas non plus sensibles à l’heure actuelle à l’idée de faire les militants dans les partis ou les bénévoles dans les associations. C’est aussi cela le bilan de la gouvernance de ces 20 dernières années. Une dépolitisation généralisée qui livre une génération entière à l’inconnu.

Pour rester dans la sphère sportive, en quelques semaines, les «jeunes» se sont distingués par des batailles rangées dans les gradins des stades à Constantine, Oran et ailleurs. Sur les réseaux sociaux, les messages de haine et les menaces ont pris le relais pour faire dégénérer la rivalité sportive en potentiels contentieux régionaux… Nous sommes bien en présence d’une bombe à retardement qu’il serait suicidaire de continuer à prendre pour un banal chahut de footeux.

Mourad Slimani
 
Loading...
le dessin du jour
LE HIC MAZ

Mes infographies

El Watan Magazine

impact journalism days

 

Indépendance Algérie

 

El Watan Etudiant

Chroniques
Point zéro Repères éco
Loading...
Vidéo

vidéos

vidéos
Loading...

Suivre El Watan

FacebookFacebook       TwitterTwitter
Télévision
Télérama       Télé Alger TV Algérie
 
Loading...