Edito
 

Scandales et silences

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le 06.07.17 | 12h00 Réagissez


On a failli croire au «miracle», que des voitures «Made in bladi» allaient sillonner les routes algériennes, qu’elles seraient à portée de main et bon marché et que l’ego national allait être titillé : une industrie de l’automobile, ça bonifie un pays. Mais encore une fois, c’est la désillusion. Un bidonnage créé de toutes pièces par l’Etat à travers un ministre sulfureux, Bouchouareb, qui a réussi à tromper tout son monde, y compris son Premier ministre, Sellal, complice ou inconscient ?

Ce n’était que de «l’importation déguisée», avoue le nouveau ministre de l’Industrie. Donc, un grave détournement d’argent public. Censée être vigilante, la présidence de la République n’a rien vu ou n’a pu rien faire. Elle a attendu que le mal soit fait, que 70 milliards de dinars soient partis dans de multiples poches, concessionnaires étrangers et requins nationaux, pour limoger Bouchouareb et Sellal. Pourquoi cette défaillance du président de la République, dont on dit qu'il suit toujours les dossiers sensibles, et de son chef de cabinet, Ouyahia, qui ne s’est exprimé qu’une fois Sellal et Bouchouareb partis ?

On n’en sait rien et on ne le saura peut-être jamais, du moins officiellement, car, comme d’habitude, on n’a eu droit qu’à des bribes d’informations et au grand silence des hautes autorités. Si le crime réside dans l’acte lui-même, il l’est également dans le silence qui l’entoure. Toutes les institutions censées produire de la vigilance dans la gestion des deniers publics ont été absentes : Finances, Justice, Parlement… Réagiront-elles maintenant que le scandale a éclaté au grand jour ?

Pas si sûr, au vu des «expériences» du passé. Deux grosses affaires de dilapidation des biens de l’Etat et de corruption, l’autoroute Est-Ouest et Sonatrach ont été jugées d’une manière inachevée, après des années de silence : les ministres des deux secteurs sont passés entre les mailles du filet, pire, Amar Ghoul sévit toujours à la périphérie du pouvoir et Chakib Khelil multiplie les offres de service espérant revenir aux affaires publiques par la grande porte. Dans l’affaire Khalifa, des lampistes ont payé à la place des vrais coupables, bénéficiaires de la main généreuse du pouvoir, également après des années et des années de silence.

Le silence ravageur, c’est aussi Sellal qui a mis deux années pour avouer que la chute des prix du pétrole est lourdement préjudiciable à l’Algérie. Il ne peut produire que de petites réformes, sans impact aucun, et finalement ne laisser à son successeur que le choix de l’impopularité.

Comme il est bâti sur l’illégitimité politique et qu’il agit de manière antidémocratique, le système ne peut fonctionner que dans l’opacité et produire des scandales, deux tares avec lesquelles il finit par s’accommoder et vivre avec. A de très rares exceptions, les ministres et Premiers ministres éclaboussés par des affaires, y compris d’ordre privé, tels des comptes offshore, ont recours à la démission. Cela leur a été interdit, au demeurant, par le premier responsable du pays qui se donne toute latitude de disposer des hommes qui le servent.

Lorsqu'il limoge, c’est uniquement pour se préserver lui-même, son régime et son système et surtout calmer l’opinion publique de plus en plus excédée par la multiplication des détournements, la généralisation de l’impunité et l’absence de transparence dans la gestion des affaires de l’Etat, ce qu’elle a exprimé en boudant massivement les urnes lors des législatives d’avril dernier. Cette énième affaire de ratage économique, suivie de lourds préjudices financiers, élargit encore la fracture séparant les Algériens et leurs dirigeants, alors que le pays n’arrive pas à trouver de parade à la crise économique et que pointent de féroces luttes de clans pour la présidentielle de 2019.

Ali Bahmane
 
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