Edito
 

Politique et violence

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le 09.05.18 | 12h00 Réagissez


Au fur et à mesure qu’approche l’élection présidentielle, la violence verbale monte en intensité. Le paradoxe est que c’est le pouvoir politique lui-même qui l’engendre et l’alimente. C’est le signe d’une panique sans précédent, les gouvernants n’étant pas sûrs, pour la première fois depuis 1999, de «gagner haut la main» le scrutin prochain. Alors, c’est la voie ouverte à la surenchère et à la provocation, dans le but de tétaniser la population et, bien sûr, l’opposition politique, ce «sale boulot» étant effectué aussi bien par les autorités que par leurs alliés et sympathisants. La première agression est sans conteste l’annonce d’une possible candidature de Abdelaziz Bouteflika, dont tout le monde jugeait, il y a à peine quelques mois, que sa carrière de président de la République s’achèverait le 19 avril 2019, peut-être même avant, vu son état de santé en constante dégradation. Le plus acharné dans cette tâche est Ould Abbès, le patron du FLN, qui a défrayé la chronique en invoquant un passé de condamné à mort durant la nuit coloniale.

Son zèle outrancier à l’égard du chef de l’Etat, à la limite du larbinisme, est mal perçu par les Algériens particulièrement sensibles à tout ce qui a trait au «nif» et à la dignité du comportement. Ould Abbès ira jusqu’à assimiler à des «animaux en hibernation» les partis de l’opposition qui ont «osé», à ses yeux, dénoncer la perspective d’un cinquième mandat. On est dans la même «culture» de l'obséquiosité, lorsque des habitants d’une ville du centre du pays sont instrumentalisés pour «offrir un cheval» à un immense portrait de Bouteflika ou lorsque les ministres eux-mêmes, au moindre événement et dans chaque déclaration, évoquent et encensent Abdelaziz Bouteflika. Les partis dits de l’alliance présidentielle partagent cette culture : offensifs dans les enceintes parlementaires, ils votent systématiquement en faveur des projets gouvernementaux ; le tout dernier est la loi sur la santé qui a gravement fait reculer le pays en le dépossédant d’un acquis essentiel : la médecine gratuite. Une agression inouïe suivie d’une autre, le recul sur les libertés syndicales, par le biais de la loi sur les relations de travail qui sera votée également, sans état d’âme, par le FLN, le RND, le TAJ et le MPA.

Des personnalités sont également ciblées, car jugées opposantes, proches de l’opposition ou peu fidèles au régime politique. Lorsque l’administration est actionnée pour freiner la procédure d’acquisition par Ali Yahia Abdennour de son appartement, c’est l’infatigable défenseur des droits de l’homme qui est sanctionné. Des procédés plus subtils peuvent être utilisés, comme le dénigrement de fait dans la vie personnelle ou l’étalage de la vie privée, les relais étant des médias ou des comptes de réseaux sociaux complices ou complaisants, des procédés qui révulsent la population. Au fil du temps, celle-ci a appris à se méfier des dirigeants politiques et à développer des attitudes de défense. La résignation est l’attitude la plus commune accompagnée d’une sorte de résistance passive vis-à-vis des autorités, aussi bien nationales que locales, jugées illégitimes, peu proches du peuple, guidées par leurs propres intérêts. L’abstention et le boycott des élections sont une des armes d’autodéfense. Mais par moment, c’est le recours à la rue pour se faire entendre par les responsables qui, à ses yeux, ne «comprennent» que ce langage.

C’est comme cela que, quasi quotidiennement, les Algériens «dialoguent» avec leurs dirigeants, ce qui a poussé ces derniers à développer à outrance les forces répressives, les dotant de moyens les plus sophistiquées, la justice les accompagnant fidèlement et de très près. Il ne faut donc pas s’étonner que, saisissant l’ambiance des stades, des citoyens soient amenés à conspuer les dirigeants, parfois avec des mots crus. Ce fut le cas lors de la dernière édition de la coupe d’Algérie. Après la disparition de la rue, le stade devient le dernier lieu d’expression politique des Algériens. Plus on avance vers des élections, plus les matchs risquent le huis clos et plus la violence se banalise.
 

Ali Bahmane
 
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