Edito
 

Mort sur ordonnance

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le 13.11.17 | 12h00 Réagissez


On est loin, aujourd’hui en Algérie, de ce que déclarait en son temps Thomas Jefferson, le troisième président américain, en pleine effervescence de la Révolution industrielle et des soubresauts du XIXe siècle. «Si l'on me donnait à choisir entre un gouvernement sans journaux ou des journaux sans gouvernement, je n'hésiterais pas un moment à choisir cette dernière formule.» Le pouvoir algérien, a contrario, est tenté de plus en plus à préférer la première option, c'est-à-dire celle d’un gouvernement sans journaux, si l’on devait en effet se référer à la situation dans laquelle se débat la presse algérienne en 2017.

Un état des lieux plus que critique, puisqu’il y va de la survie des journaux indépendants et, par conséquent, de l’existence même de la presse indépendante, une expérience inédite, faut-il le rappeler, d’un peu moins de trois décennies. Proie de tant de turpitudes et cible de toutes les vicissitudes, elle a payé le prix du sang face au terrorisme durant la décennie noire, au cours de laquelle plus d’une centaine d’hommes et de femmes des médias ont laissé leur vie sous les balles assassines des groupes islamiques armés. Tout comme elle a subi, depuis le début des années 1990, l’acharnement d’un pouvoir autoritaire à vouloir la mettre au pas, la «domestiquer» en somme par tous les moyens, du harcèlement judiciaire au chantage économique et à la pression commerciale.

A terme, l’objectif recherché par un pouvoir qui se situe aux antipodes des pratiques démocratiques et de l’expression libre et pluraliste n’est pas moins que l’étouffement pur et simple d’une presse dérangeante à son égard. Il est à  significatif que depuis 2104, de l’aveu même du ministre de la Communication, 26 quotidiens d’information et 34 hebdomadaires ont cessé de paraître. Un record sans doute inégalé autre part et qui ne peut s’expliquer uniquement par la cause officiellement avancée de l’échec d’un modèle traditionnel de l’entreprise de presse, face aux nouvelles technologies de la communication, comme l’a avancé le même responsable. C’est plutôt dans la volonté délibérée d’un pouvoir autoritaire d’inspiration «makhzenienne» d’en finir avec une presse indépendante critique à son encontre qu’il faut rechercher les vraies motivations de ceux qui préfèrent un gouvernement sans journaux, en choisissant de les étouffer commercialement, du moins une partie d’entre eux, ceux qui les empêchent de tourner en rond, de mener à bien leurs affaires. C’est en effet, en désespoir de cause qu’aujourd’hui la directrice du quotidien El Fadjr, Mme Hadda Hazem, entame une grève illimitée de la faim, en protestant contre un pouvoir clientéliste, affameur de journaux et qui sait se montrer reconnaissant dans la répartition de la manne publicitaire, exclusivement avec les organes de presse et médias qui ont su se comporter en de zélés serviteurs envers ce pouvoir.

Reda Bekkat
 
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