Edito
 

Les Sahraouis ? Connais pas

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le 07.12.17 | 12h00 Réagissez


Sur la délicate question du droit des peuples à la liberté, rien ne distingue Emmanuel Macron de ses prédécesseurs. Comme eux, il ignore superbement l’existence d’un peuple qui s’appelle les Sahraouis qui ne vivent pas loin de l’Hexagone, mais sous ordre colonial depuis l’année 1975 par le fait d’un voisin de leur pays natal, le Maroc. Celui-ci y mène une répression féroce et exploite des richesses à son profit et cela n'émeut point le nouveau président français, qui n’y voit qu'une guéguerre entre l’Algérie et le Maroc.

Il se contente de formuler «le vœu» que les deux pays «s’entendent» pour que la «paix» revienne au Maghreb (entretien dans El Watan d'hier). A ses yeux, il suffit donc que Rabat et Alger s'assoient à la même table pour que la question sahraouie disparaisse comme elle est venue. Tel un nuage d’été. Tous ceux qui ont précédé Emmanuel Macron à l’Elysée ont raisonné de la même manière sur ce dossier : François Hollande, Nicolas Sarkozy ou Jacques Chirac ont gommé l’existence de ces milliers de Sahraouis qui détiennent le triste palmarès du dernier peuple dans le monde encore sous domination coloniale.

Giscard d’Estaing, lui, n’avait pas hésité à envoyer des Jaguar «pour semer la terreur» dans la région et dissuader les Sahraouis de s’opposer à l’occupation marocaine. Sa survie, ce peuple ne la doit, durant toutes ces décennies écoulées, qu'à l’aide des Algériens qui ont offert aux Sahraouis l’hospitalité sur leur territoire, se souvenant qu'eux aussi, chassés de leur pays par les colonisateurs français, avaient trouvé refuge chez les voisins. Par sa diplomatie, l’Algérie a évité que le dossier ne soit oublié ou enterré.

La solidarité de divers pays de la planète, notamment ceux du Tiers-Monde, a fait le reste. Les Nations unies ont pu s'emparer du dossier et exiger de la puissance occupante de restituer aux Saharaouis leur souveraineté. Mais Paris a pesé de tout son poids pour qu'il n’y ait aucune avancée significative dans le sens de la décolonisation du territoire et diverses capitales occidentales l’ont soutenu sournoisement, à leur tête Washingtion et Madrid. Leur dénominateur commun est l’intérêt géostratégique et économique représenté par le Maroc...

D’énormes affaires se concluent dans cette monarchie qui s’est de tout temps déclarée «l'allié inconditionnel» de l’Occident. Comme si faire des affaires passait nécessairement par l’oppression des peuples : ces capitales ont sacrifié un de leurs principes fondateurs : la solidarité envers les peuples opprimés, rançon des deux Guerres mondiales, sur l’autel de leurs ambitions économiques et politiques.

Des pays arabes leur ont emboîté le pas, mais davantage pour des raisons idéologiques. Toute cette coalition n’a pu cependant empêcher que des progrès interviennent par moments dans le sens des revendications sahraouies. La toute dernière victoire a été la participation de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) au 5e Sommet Union africaine-Union européenne les 29 et 30 novembre dernier, en Côte d’Ivoire, contre laquelle Paris et Rabat avaient pesé de tout leur poids pour qu’elle ne se réalise pas.

Mais le chemin reste encore long et ardu pour les Sahraouis du fait de cette incompréhension de leur cause par Emmanuel Macron, qui n’est qu’au début de son mandat de cinq années. Il est une carte maîtresse du dossier. Il a la capacité de faire changer de politique aux dirigeants marocains. Mais le voudra-t-il ?

Ali Bahmane
 
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