Edito
 

Le pouvoir et la santé

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le 10.04.18 | 12h00 Réagissez


Les Algériens ont fini par s’habiter à l’évolution en dents de scie de la santé du président de la République, qui oscille entre une sensible dégradation et une légère amélioration, celle-ci lui donnant l’occasion de se livrer à quelques activités protocolaires, parfois douloureusement.

A de rares occasions, notamment électorales, Bouteflika s’est déplacé en ville, s’offrant un petit bain de foule et veillant à afficher quelques sourires. Aucun mot n’a jamais été prononcé en direction de la population, et cela dure depuis cinq années. Cette manière d’agir a fini par devenir un mode de gestion politique, décrié par l’opposition, mal vu par l’opinion publique et raillé à l’extérieur du pays. Des voix se sont élevées pour dénoncer son impact négatif sur la conduite des affaires du pays, qui ne dispose plus d’un timonier constamment présent aux commandes, actif, vigilant et à l’écoute des pulsations de son peuple, fonctions premières d’un président de la République.

Face à certaines décisions présidentielles, jugées anormales ou contradictoires, des acteurs politiques et des observateurs ont évoqué une possible dépossession de ses prérogatives par son entourage, en premier son frère qui gouvernerait à sa place. Un groupe de 17 personnalités avait demandé, en vain, à être reçu par lui afin de s’assurer de visu de son aptitude à gouverner normalement. Une version soutient que Bouteflika a été «contraint» de rester à son poste sur pression de cet entourage soucieux de conserver le parapluie qui l'a toujours protégé des intempéries politiques et judiciaires. Il serait une sorte d’otage et son départ signifierait la fin de tous les intérêts acquis depuis 1999.

Cet entourage politique et familial serait élargi, depuis quelques années, à divers centres d’intérêts financiers montés en puissance au point de faire chuter un Premier ministre qui leur a fait la guerre. L’autre hypothèse est que le président de la République, certes diminué physiquement, conserve toutes ses capacités intellectuelles et il n’a jamais envisagé de quitter son poste de président de la République auquel il a rêvé depuis la mort de Boumediène. Patiemment, il a attendu son tour. Il vint dans la tourmente de la décennie rouge : Bouteflika imposa ses exigences au pouvoir militaire affaibli par la guerre contre le terrorisme et soucieux de passer «le relais» à un président civil après la mort de Boudiaf, mais avec l’arrière-pensée de continuer à être le «pouvoir réel» du pays. Avec l’élimination du «dernier bastion» que fut le patron du DRS, il neutralisa définitivement l’armée et réalisa enfin son rêve de chef unique du pays, doté de tous les pouvoirs constitutionnels afférents. Un dictateur-président, dénonça une opposition muselée, et une société civile frustrée de voir réduites au maximum les libertés publiques et individuelles.

L’habit d'autocrate convint parfaitement à Bouteflika qui élimina les contre-pouvoirs ou rétrécit considérablement leurs champs d’action. Il géra la société au gré des rapports de force, cédant lorsqu’il est acculé, comme sur les questions identitaires, et généralisant la répression, quand il est en position de force, avec les syndicats autonomes par exemple.

La passion du pouvoir absolu est telle chez lui qu’il ne faut pas s’étonner qu’il soit candidat à un autre mandat présidentiel, en avril 2019. Apparemment, la machine est lancée, en tête le parti FLN, en attendant que l’administration le rejoigne. Tous les autres appareils du système se mettront en branle, le moment voulu. Un seul grain de sable, la santé physique du président de la République. Hier à l’inauguration de nouveaux projets à Alger, celle-ci était loin d’être au top…

Ali Bahmane
 
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