Edito
 

Le patrimoine et le projet

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le 14.04.18 | 12h00 Réagissez


Le pouvoir politique affiche désormais une disponibilité et un empressement inédits à célébrer la Semaine de l’amazighité et à parrainer de multiples festivités à travers diverses régions du pays. Non encore remis de la menace terrifiante du Printemps arabe de 2011, il se fait fort d’appeler, à travers l’administration locale, à la commémoration du 38e anniversaire du Printemps amazigh.

Mais l’enthousiasme s’arrête là, puisque la première activité annoncée, du moins à Tizi Ouzou, consiste en une campagne de sensibilisation sur la préservation de l’environnement, à laquelle suivra la célébration de la Journée du savoir et autres conférences qui ne coïncident pas toujours avec le sens du mouvement culturel né le 20 Avril 1980. A travers ces festivités conçues avec un détachement non dissimulé, la seule volonté politique qui transparaît est celle d’occulter une date phare de la vie nationale, un moment historique qui a vu naître la lutte pacifique pour le recouvrement des droits et des libertés.

La crise multiforme que vit le pays aurait dû, pourtant, persuader le pouvoir de laisser les walis vaquer à leurs occupations lancinantes sur le terrain du développement économique, de désengager les services déconcentrés de l’Etat des démarches manœuvrières totalement contreproductives et même dommageables pour la société.

Des communautés villageoises, sanctuaires de la stabilité, ont été traversées de frictions ces dernières années sous les coups de boutoir d’une administration trop entreprenante qui n’a pas hésité à créer, budgétiser et délocaliser des fêtes culturelles parallèles, initialement authentiques.

Par ailleurs, les tentatives de caporalisation du mouvement associatif ne se sont guère soldées par des dividendes électoraux en faveur du régime dans des régions où la culture politique est bien ancrée. Elles n’ont servi qu’à éloigner les véritables acteurs du Mouvement culturel amazigh qui, malgré le désert apparent, existent toujours.

C’est dans ce contexte de reconnaissance formelle couplée à une stratégie d’occultation méthodique que la création de l’Académie de la langue amazighe est annoncée pour les prochaines semaines. Sans être un objet politique non identifié, ce projet suscite moult suspicions et appréhensions auprès des populations ayant porté le combat identitaire.

Les spécialistes du domaine ont exprimé leurs avis ces derniers mois et il n’est pas sûr qu’ils soient entendus, en prévenant notamment, à propos du choix de la graphie, contre la tentation d’une rupture avec «un siècle de pratique et 50 années de production scientifique». L’inquiétude est grande de savoir si ce chantier lancé par les autorités relève d’un effort de capitalisation et de promotion du patrimoine amazigh ou d’une simple entreprise de déconstruction, comme celles menées, hélas, dans de nombreux secteurs de la vie nationale et ayant précisément mené à l’impasse actuelle.

Les signaux lancés par des voix autorisées au sujet des constantes nationales priorisant et insistant presque fébrilement sur celle liée à la religion officielle n’augurent pas d’une avancée décisive dans la réhabilitation de l’identité amazighe. A un moment où le pays paraît cerné ou même envahi par les sectes, selon des autorités religieuses omniprésentes mais manifestement inopérantes, les arguments ne manquent pas pour réhabiliter véritablement tamazight, patrimoine culturel et langue, mais également son projet politique qui milite pour la séparation de la religion et de l’Etat.

Djaffar Tamani
 
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