Edito
 

Le «guerrier du peuple» embastillé

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le 11.04.18 | 12h00 Réagissez


Le Brésil est sur un chaudron. La condamnation à 12 ans de prison pour corruption de Lula da Silva a exaspéré les tensions et coupé le pays en deux. C’est la première fois qu’un ex-Président est condamné et emprisonné. Il aurait reçu en cadeau, lorsqu’il était en poste, un triplex de la part d’un homme d’affaires en échange de passe-droit pour un marché public.

La condamnation est d’autant plus surprenante que la justice ne dispose d’aucune preuve matérielle pour justifier sa décision, prise sur la base de ouïe-dire.

D’où l’immense colère des Brésiliens contre l’injustice faite à un homme que ses partisans appellent affectueusement le «guerrier du peuple».
Il y a de quoi. Lula, l'aîné d'une fratrie de huit enfants, a arrêté l’école à l’âge de 10 ans pour pouvoir nourrir sa famille. Devenu plus tard ouvrier métallurgiste, il s’engage dans le syndicalisme et fonde le Parti des travailleurs qui lui permet d’accéder à la magistrature suprême.

C’est là où il montre son talent de gestionnaire. Grâce à une politique rigoureuse et déterminée, il réussit à hisser le Brésil à la 7e place dans l’économie mondiale. Grâce à lui, 38 millions de Brésiliens sortent de la pauvreté. Le Brésil devient une puissance qui pèse sur l’échiquier international, ce qui n’est pas fait pour plaire aux multinationales qui voient d’un mauvais œil l’arrivée de ce nouveau concurrent qui, plus est, est issu du Tiers-Monde et fait une politique de gauche.

La popularité de Lula avait atteint les sommets. Pourtant, très sollicité pour changer la Constitution afin de refaire un autre mandat, il avait refusé de violer la Loi fondamentale. Dilma Rousseff, une ancienne résistante à la dictature militaire et qui a connu la torture et les prisons, lui succède, mais elle sera destituée pour «corruption».

La figure de proue de la gauche brésilienne décide de se présenter aux prochaines élections présidentielles prévues en octobre 2018. Les sondages le donnent nettement favori. C’est le moment que choisit la Cour suprême pour décider de l’enfermer. Personne ne sait si sa candidature sera maintenue. Bizarrement, l’armée, qui a fait un coup d’Etat en 1964, se remet à faire de la politique à travers son patron, le général Eduardo Villas Bôas, qui a publiquement demandé l’enfermement de l’ancien président. C’est qu’elle a son candidat. Le second favori des sondages est un militant d’extrême droite, Jair Bolsonaro, nostalgique de la dictature militaire.

Il faut dire que l’armée a déjà un pied dans le pouvoir puisque le président par intérim, Michel Temer (0,7% dans les sondages), pourtant «accusé de corruption et de participation à une organisation criminelle», selon l’AFP, mais qui n’a pas été du tout inquiété, l’a faite intervenir dans les favelas de Rio, sous prétexte de rétablir l’ordre. Le Brésil pourrait entrer dans une période très incertaine surtout que la gestion des affaires de l’Etat par l’armée a été catastrophique et que les partisans de l’icône de la gauche ne sont pas près d'abandonner leur leader.

Tayeb Belghiche
 
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