Edito
 

La spirale infernale

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le 26.04.18 | 12h00 Réagissez


La télé publique est entrée, la première, en campagne électorale, faisant, dans chaque journal, étalage des «grandes réalisations» du pays, les faisant débuter en 1999, année de début du règne de Bouteflika. Cette propagande est appelée à monter en cadence, au fur et à mesure que l’on se rapproche de la date de l’élection présidentielle, en principe début avril 2019.

Elle sera appuyée par les autres instruments du régime que sont l’administration, les partis alliés, principalement le FLN et le RND, la myriade de petites formations politiques et d’associations dites à caractère non politique gravitant autour de la galaxie présidentielle. Tout ce beau monde est appelé à s’aligner autour des mêmes slogans et à chanter le même hymne à la gloire de Bouteflika qui a «changé de statut», passant de chef de l’Etat à celui d'«homme providentiel sauveur» de la nation.

De cela, il n’y a rien de nouveau, le système fonctionne ainsi depuis 18 années, à la différence de taille que cette fois-ci, l’aiguillon principal de toute cette machine électorale est absent, le chef de l’Etat lui-même, cloué dans son fauteuil, sans voix ni énergie. Ce sera donc à toute sa famille politique et à ses alliés de faire «tout le boulot», Bouteflika n’apparaissant plus que dans les affiches et les images, mais avec le physique et la voix d’antan, afin que soit gommé au maximum son état d’invalidité physique.

Mais en même temps, autre exercice – périlleux – de ses alliés, il faudrait banaliser l’image du fauteuil roulant, la «normaliser», la rendre non incompatible avec l’exercice de la fonction présidentielle, cela dans la perspective d’un 5e mandat. Le message est le suivant : s’il gouverne «normalement» le pays depuis cinq années en fauteuil roulant, il peut le faire encore pour cinq autres années.

Ce n’est pas un hasard si sa récente visite au quartier historique d’Alger a été bien mise en évidence. Pour appuyer ce message, devra parallèlement être glorifié le système politique à travers les «bilans des réalisations», le tout est de préparer les Algériens à un autre choix, celui d’un candidat sponsorisé par Bouteflika dans l’hypothèse où celui-ci viendrait à disparaître ou à se retirer de la compétition pour aggravation de son état de santé. Le pouvoir restera entre leurs mains, avec Bouteflika ou sans.

Ils le disent ouvertement et ils font tout pour cela, quitte à recourir à la répression des autres alternatives. A force de recevoir des coups, l’opposition est émiettée et considérablement affaiblie. Son poids est devenu dérisoire au fil des scrutins présidentiels. Bouteflika s’est succédé à lui-même sans problème majeur, porté à bout de bras par son système.

Déjà à ses débuts, en 1999, ce sont l’armée et l’administration qui avaient pris en charge son choix et son élection, bien qu’il fut seul candidat au scrutin, boycotté par les autres adversaires en protestation précisément à l’implication des généraux et de l’Etat. Depuis cette date, les élections présidentielles sont devenues des non-événements, perdant leur véritable sens de moments décisifs de la nation confiant sa destinée pour cinq années à un homme et à un programme politique, économique et social après une saine compétition entre adversaires politiques mis sur un pied d’égalité.

Ce fut une avalanche de plébiscites, de scores dignes des temps révolus de l’ère soviétique et la montée en cadence d’un régime politique musclé conduit par un homme qui, de simple exilé politique, est devenu en quelques années un leader autocratique, régnant de manière absolue, cumulant l’ensemble des pouvoirs de décision, ne tolérant aucune contestation. Il y a peu de chances que l’élection présidentielle d’avril 2019 mette fin à cette spirale infernale et soit un moment historique de rupture.

Sauf si la société algérienne en sente la nécessité, comme en Octobre 88 : gonflée à bloc par l’accumulation des problèmes sociaux et les restrictions des libertés, elle se retourna contre le pouvoir qui a eu tous les moyens de sortir le pays du sous-développement et qui a échoué lamentablement, ne faisant qu’enrichir une poignée d’individus.

Ali Bahmane
 
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