Edito
 

La reconnaissance contre l’oubli

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le 27.03.18 | 12h00 Réagissez


Honorer la mémoire des martyrs de la Guerre de Libération est un devoir de la nation. Dévolue en premier aux pouvoirs publics, cette tâche a été décrédibilisée par l’exclusion – ou la minimisation du rôle – des figures qui, après l’indépendance, ont versé dans l’opposition aux pouvoirs en place. Les règlements de comptes ont pris le dessus et, n’eût été l’implication de la société civile, ces dernières années, les jeunes générations n’auraient jamais entendu parler, ou très peu, de Abane Ramdane, de Krim Belkacem, de Chaabani, d'Amirouche, d'Aït Ahmed, de Ferhat Abbas et de bien d’autres acteurs de premier plan de la Révolution.

Que dire alors des martyrs de la décennie 1990 ? Car ce sont bien des martyrs ceux qui sont tombés sous les balles des terroristes islamistes. Les pouvoirs publics ne leur ont jamais attribué cette qualité, les qualifiant du titre de «victimes de la tragédie nationale», aussi neutre que dévalorisant. Et pourtant, humbles citoyens, cadres de toutes les professions, militaires, policiers, ils ont versé le prix du sang pour que la République reste debout, comme leurs aînés l’ont fait en arrêtant la machine coloniale.

Pourquoi cette forfaiture ? Elle réside dans le choix éminemment politique du président Bouteflika de n’offrir de solution de sortie de crise, à partir du début des années 2000, qu’aux seuls terroristes activant encore dans les maquis, leur tissant un habit sur mesure, la loi sur la réconciliation nationale. Quand bien même celle-ci était nécessaire, bien qu’aucun bilan n’ait jamais été établi sur son impact sur le moral de la société, cette loi pouvait très bien être accompagnée d’un autre texte portant sur les victimes du terrorisme. Une loi leur aurait donné un statut, des droits et surtout la considération de la nation. Leurs familles auraient eu droit à des honneurs et à des compensations sociales, tout comme les martyrs de la Guerre de Libération.

Privés de ces avantages, les proches des victimes du terrorisme, notamment en zones rurales, sont contraints, à ce jour, de vivre dans la précarité, côtoyant souvent leurs bourreaux, enrichis et arrogants. Rares sont les lieux publics qui portent leurs noms et lorsqu'ils existent, c’est par le forcing de la société civile. Aucune instruction officielle n’a été donnée aux collectivités locales pour puiser dans les rangs des martyrs de la décennie rouge dans l’opération de débaptisation, en cours, des rues et des cités des villes d’Algérie.

L’autre agression contre la mémoire des victimes, se développant dans le sillage de la loi sur la réconciliation, a été le retour, doucement mais sûrement, du discours et des pratiques de l’islamisme politique, celui-là même qui a produit le terrorisme sanglant de la décennie 1990. Sur ce terreau se ressuscite tout naturellement le terrorisme. Un des remparts est sans conteste la glorification des martyrs de la décennie rouge et, par extension, la diabolisation des auteurs des assassinats et des destructions. De cela, les autorités politiques n’en ont pas pris conscience. Seule la société civile semble avoir saisi les enjeux, organisant çà et là des cérémonies de reconnaissance des victimes, mais par ses propres moyens.

Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui une des professions qui a payé un très lourd tribut, la presse et la culture, essaie de raviver la flamme du souvenir par le biais notamment des réseaux sociaux. Si les journalistes, les artistes et les hommes de lettres ont été ciblés en premiers, durant la décennie 1990, c’est bien en raison du potentiel de modernité qu’ils véhiculaient. Leur rendre hommage aujourd’hui et défendre leurs professions – des idées, de l’intelligence et des émotions – c’est reprendre le flambeau de la lutte pour le progrès et la liberté de penser et de créer. Ce n’est pas vain, au moment où des écrivains sont victimes de fatwas assassines et des œuvres artistiques vouées à la démolition ou condamnées à être cachées dans un musée…

Ali Bahmane
 
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