Edito
 

La presse en sursis

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le 02.05.18 | 12h00 Réagissez


Ce 3 mai, traditionnel jour consacré aux médias, évoquons ce que fut le grand rêve de ces centaines de journalistes algériens qui se sont engouffrés dans le sillon creusé par l’insurrection d’Octobre 1988 pour doter leur pays d’une grande presse libre et indépendante. Près de trente années après, en dépit de frappes permanentes des forces qui lui sont hostiles, le pari tient encore.

Dans la presse écrite, première apparue, les journalistes précurseurs n’ont pas lâché prise et de jeunes générations sont venues les accompagner et ont parfois pris la relève. Mais il s’agit davantage d'îlots qui tiennent encore dans un océan d’adversité que d’une réelle presse indépendante, forte et institutionnalisée. Sa force réside dans un lectorat toujours en demande d’une information objective et plurielle, à contre-courant des propagandes officielles.

Franchie douloureusement, la première épreuve, d’une dizaine d’années, a été la confrontation avec les islamistes de tous bords qui ne supportaient pas que la presse ne défende pas leur projet d’Etat islamique. Ce fut l’assassinat de plus d’une soixantaine de professionnels des médias.

La seconde phase, toujours en cours, est le bras de fer avec les dirigeants politiques, en déficit démocratique, ne s’accommodant pas de l’existence de vrais contre-pouvoirs, parmi eux la presse indépendante. Tous les régimes, depuis 1990, ont agi avec les mêmes méthodes : l’interdiction pure et simple de parution de journaux, les emprisonnements de journalistes et de leurs responsables ainsi que le harcèlement judiciaire, avec la complicité d’une justice totalement aux ordres. Le pouvoir incarné par Bouteflika a affiné ces méthodes, développant d’autres biens plus redoutables.

S’il a eu peu recours aux geôles et aux fermetures par la justice ou par l’administration de journaux, il agit par contre au plan économique. Le monopole étatique sur la publicité institutionnelle est devenu un redoutable instrument entre les mains des responsables : pour faire taire ou plier les journaux critiques, il les prive carrément de pages publicitaires, longtemps avec la complicité active d’un officier supérieur des services de renseignement. Cette pratique a été élargie au secteur privé, par la menace et le chantage, dont un ancien ministre en a fait la spécialité.

Cette stratégie de l’étouffement par la publicité n’a pas épargné les sites électroniques et les télévisions privées, nouveaux venus dans l’espace médiatique, longtemps apanage de l’écrit. Mais plusieurs années après leur apparition, les télés privées comme les journaux électroniques n’ont pas vu s'améliorer leur statut juridique, ce qui les maintient dans un état de fragilité extrême. Parce qu’il y trouve son compte, le pouvoir politique ne juge pas nécessaire d’aller vers la clarification et l’assainissement. Sans prérogatives claires, l’Agence de régulation de l’audiovisuel est mort-née.

De ce fait, le paysage audiovisuel se clochardise à vive allure, tandis que stagne la presse électronique, en dépit d’une forte demande de la population, de plus en plus connectée. Parallèlement disparaissent des journaux indépendants par dizaines avec leur lot de professionnels mis au chômage.

C’est grâce à leur lectorat que certains journaux tiennent encore, contraints continuellement, avec risques, d’ajuster leurs prix, de faire face aux aléas de distribution et de fabrication, les coûts du papier journal importé subissant hausse sur hausse, aux augmentations des taxes (TVA) imposées par les lois de finances et enfin aux demandes des travailleurs d’améliorations salariales. Tout cela est supporté par les seuls médias, les pouvoirs publics s’en désintéressant totalement, ne jugeant pas utile l’élaboration de politiques d’aide à la presse indépendante ainsi que cela existe dans tous les pays développés. Le pouvoir politique trouve là aussi son compte en laissant les médias englués et dépassés par leurs difficultés propres, propices également à des déstabilisations internes.

Le climat politique général du pays, les règlements de comptes en vue de la présidentielle 2019 aggravent sensiblement cet état de clochardisation des médias. Il faut une sacrée dose de courage et d’amour du métier aux journalistes pour défendre leur profession et leur vocation. Elle existe heureusement et c’est là l’essentiel. L’aventure intellectuelle lancée par les pionniers n’est pas finie, elle continue toujours, sous d’autres formes avec d’autres hommes et femmes.
 

Ali Bahmane
 
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