Edito
 

La politique du fait accompli

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le 11.01.17 | 10h00 Réagissez


Jamais loi de finances n’a soulevé autant de polémique, de contestation, de colère populaire émaillée par des émeutes violemment réprimées et rapidement étouffées, comme celle de cette année. Tous les appels à la raison lancés par les acteurs politiques et sociaux aux décideurs pour revoir la copie de la loi de finances 2017 auront été vains. Les Algériens ont entamé la nouvelle année avec des augmentations généralisées et inconsidérées qui n’ont épargné quasiment aucun secteur d’activité, aucun produit.

Avant et après le vote de la loi de finances, le discours officiel s’est attelé avec énergie — mais sans toutefois convaincre les citoyens et les agents économiques — à affirmer que les conséquences des nouvelles augmentations décidées dans le cadre de la nouvelle loi de finances sont quasiment nulles et de nul effet. Le directeur général des impôts l’a encore répété hier sur les ondes de la Chaîne 3 de la Radio nationale, précisant que le taux de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui est passée de 17% à 19% est en deça du seuil d’imposition pratiqué par les pays voisins, voire sur le vieux continent. Les produits de base — pâtes alimentaires, légumes secs, farine, semoule… — ne sont pas touchés par les nouvelles augmentations, a tenté de rassurer le patron des impôts. Mais la réalité est malheureusement là pour le contredire. Avant même l’entrée en vigueur de la nouvelle loi de finances, les commerçants ont saisi cette aubaine, encouragés par la faiblesse pour ne pas dire l’inexistence du dispositif de contrôle des prix, pour se sucrer sur le dos du consommateur sans que personne n'y trouve à redire.

Ni les pouvoirs publics qui se contentent de mots et de discours faussement rassurants, plaçant ainsi le citoyen devant le fait accompli : celui de devoir débourser plus pour assurer son ordinaire éligible à une insupportable diète qui s’annonce ; ni les partenaires sociaux et les organisations professionnelles, dont le silence complice a permis de faire passer sans encombre au Parlement la pilule amère de la loi de finances.

Même s’il y a une réelle volonté politique de sévir contre les augmentations anarchiques et illégales que la nouvelle loi de finances a charriées dans son sillage, il faudrait une armée de contrôleurs, qui n’existe pas, pour protéger le consommateur contre tous ces couteaux qui s’affûtent pour lui faire la peau. Il est facile et incongru d’appeler au patriotisme des Algériens en les exhortant à ne pas consommer de yaourts, de bananes et autres fruits exotiques. Mais que faire lorsque même les consultations médicales chez le privé, qui sont un «mal nécessaire» devant les défaillances du système de santé public ont augmenté dans certains cas de 500 DA ? Si nos responsables faisaient le marché, payaient leurs soins, vacances, loisirs, carburant, leur facture d’électricité, le loyer, les taxes d’habitation et foncière, nul doute qu’ils seraient les premiers à dénoncer les effets pervers de cette loi de finances. L’Algérie est le seul pays au monde qui «rase gratis» sa clientèle politique en prenant en charge dans les résidences d’Etat, aux frais du Trésor public, depuis des années et jusqu’à aujourd’hui ses dirigeants, leurs familles et les privilégiés du système.

Maintenant que notre pays est devenu «exportateur de stabilité» selon la rhétorique officielle, rien ne justifie plus ce squat des biens de l’Etat, décidé à l’origine pour des raisons sécuritaires.
 

Omar Berbiche
 
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