Edito
 

La bourse du patriotisme

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le 10.09.17 | 12h00 Réagissez


Noureddine Boukrouh, ancien ministre du Commerce, a bien résumé, dans sa réponse parue hier dans la presse, à l’éditorial au vitriol de l’organe central de l’Anp El Djeich taillant en pièces l’ancien ministre pour sa dernière contribution foncièrement critique sur la situation générale du pays. Les critiques à l’encontre des gouvernants et du système ont toujours été assimilées, dans le discours officiel, à un acte de trahison et leurs auteurs considérés comme des mercenaires au service d’intérêts étrangers, rappelle l’ancien ministre, connu pour ne pas avoir sa langue dans sa poche. Le fait n’est pas nouveau : de hauts responsables politiques, des chefs de parti proches du pouvoir, des représentants d’institutions de l’Etat se sont toujours arrogés le droit de s’ériger en juges des libertés et du patriotisme. Où s’arrêtent les libertés de pensée, d’expression et de la presse garanties officiellement par la Constitution et où commence le délit de diffamation et, plus grave, l’accusation de trahison , de mercenariat et de collusion avec les intérêts étrangers, décrétée avec une légèreté inquiétante au détour d’un article de presse inspiré des déclarations d’hommes politiques du sérail qui n’ont pas vocation à rendre justice à la place des juges ? La loi astreignant les militaires retraités à l’obligation de réserve à vie et à l’interdiction de s’impliquer dans le débat politique et public mise en vigueur à la suite des sorties médiatiques du général-major à la retraite Benhadid qui a payé de sa liberté ses déclarations corsetées sur le système et la gouvernance du pays a permis, d’une certaine manière, de déminer le terrain militaire en imposant le silence aux électrons libérés et libres de l’armée. Depuis cet épisode, les déclarations et contributions d’anciens cadres de l’armée qui avaient coutume d’intervenir dans la vie nationale se font rares, pour ne pas dire totalement absentes.

Le front militaire étant «pacifié», il reste à neutraliser et à vider les dernières  poches de résistance dans la société politique et civile. Les donneurs de leçon de patriotisme qui continuent aujourd’hui encore à se voiler la face et à agiter le spectre de la main de l’étranger même devant l’ouragan dévastateur qui menace le pays, se trompent (délibérément) de cible. Les vrais patriotes ne sont sûrement pas ceux qui,  hier, clamaient à qui ne voulaient pas les entendre, que l’Algérie se portait bien et que le cap du programme d’action budgétivore du gouvernement sera maintenu en dépit des voyants rouges alertant sur les difficultés majeures qui pointaient à l’horizon ! Ne se trompe-t-on pas de procès et de justiciables ? Le Premier ministre Ouyahia — certainement pour d’autres objectifs stratégiques et tactiques que Boukrouh, pour préparer l’opinion à des jours difficiles — vient de prédire dans le programme d’action de son gouvernement l’apocalypse pour l’Algérie si, prévient-il,  les réformes qu’il préconise ne sont pas menées. Après avoir été à l’opposé de l’opposition, voilà qu’il vient curieusement pâturer dans le pré de cette même opposition qu’ il a toujours violemment prise à partie, lui reprochant sa propension à noircir le tableau de l’Algérie. Comment l’institution militaire et les décideurs apprécieront-ils ces prophéties de malheurs du Premier ministre qui tranchent singulièrement avec les discours officiels habituels rassurants et optimistes ?
 

Omar Berbiche
 
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