Edito
 

La bataille de l’opinion publique

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le 03.04.18 | 12h00 Réagissez


Sait-on vraiment ce que pensent les Algériens de leur pouvoir en place, de l’opposition et des hommes politiques en général ? La question mérite d’être posée à une année d’une élection présidentielle qui ne ressemblera pas aux autres et qui promet d’être impitoyable. Il existe bien entendu une opinion publique algérienne, mais elle à la particularité de n’être accompagnée, comme dans les démocraties avancées, par aucun instrument de mesure, tels les instituts de sondage.

L’état d’arriération politique explique en partie ce déficit, mais les régimes qui se sont succédé à la tête du pays depuis l’indépendance n’ont jamais ressenti cette nécessité, persuadés qu’ils étaient de connaître parfaitement «leur peuple» et convaincus que celui-ci ne pouvait avoir d’autre opinion politique que la leur : les Algériens devaient obligatoirement s’aligner sur les responsables en place et épouser leurs idées, ce qui explique que ces pouvoirs-là n’ont jamais eu de scrupules à s’octroyer des scores électoraux pas loin des 100%. L’administration a fini par se substituer aux urnes et la fraude électorale a été érigée en pratique courante.

Ce que faisait Ben Bella a été reconduit par Boumediène puis Bouteflika, hommes d’un même système politique véhiculant un gène identique, celui de la dictature, qui les a conduits à adopter des attitudes répressives à l’encontre des opposants et à développer en direction de la population une culture de l’unanimisme et de la soumission. Le paradoxe est que même le passage au multipartisme et la fin du terrorisme n’ont pas changé les choses. Dans sa quête effrénée de mandats présidentiels, Bouteflika a opté pour «la carotte et le bâton» avec la population.

Tout en veillant à l’éloigner de l’opposition politique, restreinte dans ses activités, et tout en fermant le jeu, il a développé une politique de «paix sociale» basée sur un soutien des prix massif à différents biens et services essentiels. Avec, en prime, un chantage à la peur mené subtilement sur trois fronts, la réconciliation avec les repentis du terrorisme, le renforcement des moyens répressifs et l’éloge d'une «stabilité» politique qui «préserverait» le pays d'un saut dans l’inconnu.

En apparence, la population a joué le jeu et s’est accommodée avec le régime, mais en apparence seulement : elle n’a jamais eu réellement la possibilité de faire avancer ses idées et d’afficher ses intentions à travers un jeu démocratique. Lorsqu’elle a pu quelque peu s’exprimer, ce fut par de l’abstention aux votes, notamment aux législatives et aux communales. Le boycott a été une forme d’expression élevée comme l’ont été, et le sont, les révoltes récurrentes des citoyens revendiquant des droits sociaux ou des statuts particuliers.

Sur la question identitaire de l’amazighité, le Président a été contraint d’opérer un important recul après une quinzaine d’années de répression : il a fallu un bain de sang pour que le cri des Amazighs soit entendu. Lorsqu’elle ne peut dire son mot, comme elle l’entend, la population opte pour la rue ou pour la résistance passive. Octobre 1988 a été le moment historique le plus marquant du rejet du diktat des puissants.

C’est ainsi que «fonctionne» ce qu’on peut appeler l’opinion publique algérienne, toujours présente, mais sous des formes différentes. A coup sûr, elle pèsera sur les élections à venir, car elle a gagné en maturité après toutes les épreuves subies tout au long de l’histoire : elle ne servira de faire-valoir au pouvoir en place et ne sera pas ignorée par l’opposition. La présidentielle d’avril 2019 se gagnera sur le terrain de l’opinion publique.

Ali Bahmane
 
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