Edito
 

Flagrant délit d’échec

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le 17.07.17 | 12h00 Réagissez


Faut-il lutter contre la régression ou le système qui la reproduit ? Faut-il livrer la guerre à la triche ou aux sources qui la régénèrent ? C’est toute la problématique qui se pose à l’école algérienne. La tournure que vient de prendre l’examen du baccalauréat est grave. Ne le croyait-on pas prémuni de la fraude et de la triche ? C’est le défi que le ministère de l’Education nationale s’est fixé depuis la catastrophe de la fuite des sujets l’année dernière, quand il a été amené à organiser une deuxième session des épreuves les plus touchées.

L’on pensait naïvement qu’on allait avoir un bac propre cette année. Mais voilà que cet unique diplôme qui donne accès à l’enseignement supérieur subit un autre revers. 80% des candidats inscrits à la session spéciale des retardataires ne se sont pas présentés à l’épreuve décidée par la présidence de la République, au grand dam du ministère de l’Education qui avait refusé d’accorder une «prime» aux non-sérieux. Comment expliquer ce choix qui est incontestablement aux antipodes de la pédagogie et même du bon sens ?

La Présidence a sûrement fait ses calculs. Mis dans la balance, la rigueur, le sérieux et la crédibilité n’ont certainement pas pu peser contre les dividendes que pourrait générer une mesure populiste. Des milliers d’enseignants, de superviseurs, de fonctionnaires et de policiers ont été mobilisés pour la bonne cause d’El Mouradia qui a dû aussi consentir des efforts financiers pour la réussite de l’opération.

Quand bien même elle avait été alertée par les professionnels du secteur de l’éducation sur les incidences pédagogiques de sa décision, la présidence de la République a préféré faire la sourde oreille. Elle a privilégié le populisme à la pédagogie. Ceux qui sont en charge des affaires du pays pouvaient-ils faire autrement que de ne pas déroger à la règle en vigueur depuis plusieurs années, celle qui fait prédominer le populisme dans la gestion du système éducatif et l’idéologisation de ses contenus ? Le résultat est là.

Le bac qui avait perdu de sa crédibilité vient encore d’être déprécié. Sont-ils conscients des répercussions que pourrait avoir une telle décision sur tout le système scolaire ? Il est à croire qu’ils s’en balancent royalement. L’école, qui est déjà un champ de ruines, en pâtira encore plus. Les espoirs suscités par sa réforme, qui s’avère de plus en plus compliquée, sont en train de laisser la place à la résignation et au renoncement.

Car il faut bien se rendre à l’évidence : les efforts fournis par quelques volontés de redresser la barre et remédier un tant soit peu à un système éducatif deviennent de plus en plus vains. Le coup de discrédit que vient de recevoir l’examen du baccalauréat sonne comme une volonté de remise en cause des quelques réformettes arrachées à la médiocrité ambiante.

Lancer la réforme de l’école il y a 16 ans, tambour battant, parce qu’on avait la certitude que le système éducatif algérien avait besoin d’une thérapie radicale, pour aboutir à un échec aussi cuisant, démontre l’étendue de la banqueroute de la politique mise en place par les pouvoirs publics.

En plus, des archaïsmes défendus par les porteurs de la régression pullulant dans les rouages de l’administration et du pouvoir et freinent l’avènement d’un enseignement soustrait aux mortelles pesanteurs de l’irrationnel pour le propulser vers la modernité et les immenses progrès réalisés par la pédagogie et la science, les tenants du pouvoir en Algérie nous donnent encore une fois la preuve que ce ne seront pas eux qui sortiront le système éducatif de ses travers. Eux, ils ont déjà placé leurs enfants dans les bonnes écoles avec au bout un bac français. Le rabais pour les enfants du peuple.

Said Rabia
 
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