Edito
 

Discorde sur les migrants

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le 12.07.17 | 12h00 Réagissez


Depuis quelque temps, l’Algérie a cessé d’être juste un point de transit pour les migrants subsahariens. Elle est devenue par la force des choses une terre d’accueil. Des dizaines de milliers de migrants africains et autant de réfugiés syriens s’y sont établis clandestinement. Le phénomène semble imparable ces dernières années. Aucun pays n’y a échappé. Le déferlement d’êtres humains fuyant la famine, la misère, des conditions climatiques de plus en plus rudes, ainsi que les violences et les guerres dans leurs pays d’origine, était, sauf pour ceux qui ne voulaient pas regarder la réalité du monde d’aujourd’hui en face, prévisible.

Le moins que l’on puisse dire est que l’Algérie est loin d’être préparée à traiter un phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Ceux qui la gouvernent n’ont pas jugé bon de la doter de lois qui régulent et encadrent l’arrivée massive de migrants. Il y a quelques jours seulement, on croyait à l’existence d’une prise de conscience et de la nécessité de combler le déficit législatif pour régler la question des migrants clandestins.

C’est le Premier ministre lui-même, Abdelmadjid Tebboune, qui avait annoncé, fin juin dernier, que «la présence de nos frères africains dans notre pays sera réglementée et le ministère de l’Intérieur procède actuellement, à travers les services de police et de gendarmerie, au recensement de tous les déplacés». L’opération avait commencé, et on a même entendu dire que des permis de travail auraient été délivrés à ceux qui crapahutent sur les chantiers de construction dans la capitale et partout ailleurs en Algérie.

La mise en place d’un encadrement juridique pour réglementer l’arrivée dans notre pays de nos frères africains, qui ont traversé au péril de leur vie des centaines de kilomètres de désert, des risques qu’ils n’auraient jamais pris si les conditions de vie (famine, chômage, climat peu clément, misère...) étaient meilleures dans leurs pays, aurait été une simple banalité s’il n’y avait pas eu cette sortie incongrue du secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND) et néanmoins directeur de cabinet de la présidence de la République, Ahmed Ouyahia.

Une sortie dont il aurait pu d’ailleurs faire l’économie. Mais voilà qu’il donne naissance à une terrible polémique, lui qui a fait usage d’une terminologie qui ne sied guère au parcours diplomatique qui a été le sien. Ahmed Ouyahia connaît bien l’Afrique pour avoir intégré, en 1978, le département des affaires africaines au ministère des Affaires étrangères.

En 1981, il a été nommé conseiller aux affaires étrangères à l’ambassade d’Algérie en Côte d’Ivoire et, à partir de 1990, conseiller au ministère des Affaires étrangères à Alger, pour devenir par la suite directeur général du département africain du ministère qu’il a dirigé jusqu’en août 1992.

Le chef du RND a surpris tout le monde en s’exprimant en des termes aussi crus sur un sujet aussi délicat que celui des migrants subsahariens. On se demande s’il n’aurait pas dû nuancer ses propos pour ne pas tomber dans les travers de la xénophobie totalement en décalage avec les prédispositions du gouvernement Tebboune à trouver une solution, dans la sérénité, aux problèmes des migrants subsahariens.

Sauf que les propos tenus sur le même sujet avant-hier par le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, donneraient à comprendre que les «écarts» d’Ahmed Ouyahia ne sont pas des erreurs de communication politique, mais une autre manière de voir la question de l’immigration clandestine. Le chef de la diplomatie algérienne considère celle-ci comme étant «une menace pour la sécurité nationale». «Nos lois, a-t-il affirmé, interdisent l’immigration clandestine.» Alors, qui croire ?

Le Premier ministre qui s’est exprimé sur le traitement de la question des migrants par une réglementation qui tolérerait l’établissement de «nos frères africains» sur notre terre, ou le ministre des Affaires étrangères qui voudrait une tolérance zéro pour une question de «sécurité nationale» ?
 

Said Rabia
 
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