Edito
 

Commentaire : Mort sur ordonnance

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le 14.12.16 | 10h00 Réagissez


Les réactions plutôt tièdes suscitées en Algérie par le décès en prison du journaliste Mohamed Tamalt sont inquiétantes pour la défense des libertés individuelles et collectives en Algérie. Si dans les Etats de droit, un tel événement, gravissime, aurait provoqué un violent séisme politico-médiatique avec à la clé des têtes qui tombent, chez nous tout se passe comme s’il s’agissait d’un fait divers.

Le traitement réservé à cet événement sans précédent dans les annales de la justice algérienne par la classe politique, le mouvement associatif, les médias confinent sinon à la banalisation, du moins à une certaine retenue, voire indifférence, chez certains, dans l’appréciation de l’événement.

Si les formations politiques proches du pouvoir sont dans leur rôle en enfonçant la tête dans le sable pour ne pas gêner ce dernier, il est tout de même troublant que les partis dits de l’opposition et toutes les forces qui se disent attachées aux droits humains et au respect de la dignité humaine ne manifestent aucune inquiétude par rapport au drame vécu. Les communiqués et les déclarations émanant des partis et de certaines personnalités politiques, tout en pointant la responsabilité de l’Etat dans cette dramatique affaire, ne laissent présager aucune action politique ou citoyenne forte de nature à influer sur la manifestation de la vérité.

Pour certaines formations politiques, réagir est une simple formalité. Preuve en est l’absence remarquée des représentants des partis politiques et des personnalités, lesquels se bousculent pour se montrer aux premières loges lors des cérémonies funéraires de personnalités, d’artistes placées sous le patronage de l’Etat. La société est-elle à ce point dévitalisée pour sombrer dans une résignation sans nom ? La présence d’une foule nombreuse à l’enterrement au cimetière du quartier populaire de Bourouba en est la meilleure illustration.

La décision de la famille du défunt d’inhumer leur proche dans la précipitation, la mort dans l’âme, sans exiger une autopsie du corps pour déterminer les causes exactes du décés en dit long sur l’absence de confiance totale des citoyens en la justice et les institutions. Le doute émis sur la viabilité de l’autopsie de la dépouille décidée unilatéralement par le procureur de Koléa et non par le parquet territorialement compétent comme le stipule la loi, ainsi que l’exigence par la famille et la défense de prendre connaissance du dossier médical illustrent le profond désarroi dans lequel est plongée cette famille qui n’a trouvé aucune écoute ni compassion de la part des pouvoirs publics, comme en témoigne l’état déplorable dans lequel le corps a été remis à la famille.

Au fait, où est passé le ministre de la Communication, Hamid Grine ? Avec le délitement des contre-pouvoirs qui avaient assuré une certaine vitalité dans la société dans les années 1990 en termes de luttes sociales et politiques à la suite de l’ouverture du champ politique et médiatique, les dérives autoritaires du pouvoir se sont érigées en mode de gouvernance.  Auparavant sans concessions avec le pouvoir pour dénoncer les atteintes aux libertés, même les capitales étrangères ont désormais mis beaucoup d’eau dans leur vin face au pouvoir, en s’accommodant de toutes ses tares antidémocratiques au nom de la realpolitik et des affaires.

Omar Berbiche
 
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