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Anisse Terai. Economiste et banquier

«Nous devons d’abord mobiliser les ressources en interne»

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le 18.06.17 | 12h00 Réagissez

Propos recueillis par
Ali Titouche
 

Lors du dernier Conseil des ministres tenu mercredi, le président Bouteflika a appelé le gouvernement à éviter l’option d’un endettement extérieur qui serait, selon lui, une menace à la souveraineté nationale. Techniquement, l’Algérie serait-elle en mesure de faire l’impasse à l’avenir sur l’endettement extérieur, à l’heure où les ressources financières se rétrécissent comme peau de chagrin ?

L’endettement extérieur, ou même intérieur, n’est qu’une source de financement parmi tant d’autres pour couvrir des dépenses de fonctionnement ou d’investissement données. La vraie problématique en Algérie se situe ailleurs. Elle se cristallise dans l’absence de vision pour le pays et les politiques publiques incohérentes qui en découlent.

Par conséquent, si jamais nous avons recours à un endettement extérieur important, il y a un risque élevé qu’il n’engendre pas la croissance économique attendue, car investi dans des projets à la faisabilité et à l’intérêt douteux. Le scénario catastrophe serait d’avoir recours à l’endettement extérieur pour couvrir le déficit commercial et/ou budgétaire dû aux dépenses de fonctionnement, ce qui est complètement contre-productif.

En l’absence d’une stratégie économique claire, éviter le recours à l’endettement extérieur est un choix prudentiel compréhensible. Mais c’est avant tout un aveu d’impuissance, car on essaye de soigner les symptômes au lieu des maux. L’enjeu n’aurait jamais dû être d’éviter aux générations futures d’être endettées.

Au contraire, on aurait dû leur créer de la richesse lorsque nous en avions l’occasion. Aujourd’hui, nous faisons face à une situation très difficile et on ne peut plus se permettre de faire dans la demi-mesure. Nous devons réformer profondément et rapidement le système des subventions qui pèsent lourdement sur le budget de l’Etat et empêchent le développement de certaines filières industrielles, notamment celles du lait et des produits laitiers. Mais pour ce faire, il est impératif de soutenir les ménages les plus vulnérables avec des aides financières directes.

On pourrait réfléchir à l’instauration d’un revenu universel en attendant de développer le système de ciblage nécessaire pour atteindre les ménages qui ont besoin d’être soutenus. D’une manière générale, nous devons d’abord mobiliser les ressources en interne. Par la suite, il est inévitable d’avoir recours au financement extérieur indépendamment de nos capacités internes à nous financer. Par contre, ce recours devrait être limité exclusivement aux investissements dans les infrastructures et dans les projets industriels dont la viabilité est dûment prouvée.

En même temps, il faudrait penser à instaurer un seuil maximum de la dette extérieure par rapport au Produit intérieur brut (PIB) et s’il le faut, en faire une règle d’or constitutionnelle. L’expérience des autres pays a prouvé qu’un seuil maximum d’endettement extérieur de 30% du PIB était soutenable à long terme.

Les réserves de change ont fondu comme neige au soleil depuis la mi-juin 2014. Elles ont chuté d’un plus haut de 194 milliards de dollars à fin 2013 à 114 milliards de dollars à fin 2016, soit une perte de 80 milliards de dollars en un laps de temps de trois années. Le gouvernement est-il en mesure de freiner cette chute ? Quels seraient les moyens idoines ?

Le problème ne se pose pas en ces termes. L’Algérie est actuellement très solvable, le pays possède un ratio d’adéquation des réserves très favorable par rapport au service de la dette. Nos réserves de change actuelles permettent d’importer durant près de 3 ans au rythme actuel des importations, ce qui est très élevé. Mais pour autant, ce n’est pas rassurant car le problème est plus profond ; c’est un problème de gouvernance au sens large.

On a beau parler du nouveau modèle économique, mais sans réformes profondes il n’y aura pas d’évolution positive. Le gouvernement seul ne peut pas freiner cette chute. La seule marge de manœuvre dont il dispose est d’œuvrer pour l’amélioration de la compétitivité et de la productivité de notre économie. Cela passe par la conduite de différentes réformes et la mise en œuvre de nouvelles politiques économiques. Le gouvernement devrait aussi revoir ses politiques économiques, notamment industrielle et fiscale, et réformer l’action publique. La réforme principale étant la refondation de la gouvernance pour transformer l’économie de rente en une économie diversifiée, productive, durable et solidaire.

En parallèle, une nouvelle politique monétaire est nécessaire. La Banque d’Algérie doit explorer l’option de la convertibilité du dinar. Cela permettrait notamment aux entreprises du secteur privé d’avoir recours à l’endettement extérieur. Toutefois, un tel recours doit être adapté aux capacités de remboursement des entreprises qui dépendent de la santé financière, de la taille et des secteurs d’activités de l’entreprise.

Dans ce contexte, la Banque d’Algérie devrait aussi agir activement et plus régulièrement sur le taux d’intérêt directeur pour assurer une position équilibrée entre la disponibilité des capitaux bon marché et le contrôle du niveau de l’inflation. Ceci s’accompagne également par une gestion active des réserves de change, avec notamment la création d’un Fonds souverain que la société civile et les économistes appellent de leurs vœux depuis plusieurs années.

Les avoirs du Fonds de régulation des recettes (FRR) ont été totalement épongés et la chute des réserves de change expose le pays à une baisse drastique de ses ressources, à l’heure où les disponibilités bancaires subissent de plein fouet la baisse des dépôts du secteur des hydrocarbures. N’est-ce pas une équation pour le moins complexe à résoudre ? De quelle marge de manœuvre le gouvernement dispose-t-il en interne, sachant que les précédentes initiatives de mobilisation de l’épargne interne (emprunt obligataire, mise en conformité fiscale volontaire) se sont soldées par un échec cuisant ?

On ne doit plus compter sur le secteur des hydrocarbures pour alimenter la liquidité du marché bancaire, que ce soit par le dépôt des entreprises ou par la fiscalité pétrolière via le Trésor public. Il faut trouver des nouvelles sources d’épargne, plus stables et plus durables dans le temps. Actuellement, la liquidité bancaire est en dessous des 1000 milliards de dinars, alors qu’elle avoisinait les 2800 milliards de dinars en 2012.

Pour ce faire, il est impératif de restructurer le secteur bancaire. Il faut le consolider en fusionnant les banques publiques pour réduire leur nombre en dessous de 5. La concentration du secteur bancaire permettra d’avoir des banques publiques plus fortes avec des capacités financières plus importantes et des réseaux d’agence plus denses.

Garantissant ainsi une plus grande accessibilité aux services financiers et facilitant la bancarisation des entreprises et des ménages qui sont en dehors du système bancaire. Dans cette optique, l’amélioration de la gestion et de la performance des banques publiques est primordiale. Et cela ne passe pas obligatoirement par leur privatisation. Aussi, l’élargissement de l’offre bancaire à de nouveaux produits est nécessaire pour attirer un maximum de particuliers et de PME. Cela passe par la généralisation de la finance islamique ou participative, ainsi que par des offres dédiées aux entrepreneurs et aux entreprises.

De même, l’adoption du paiement mobile et/ou du paiement électronique simplifieront et réduiront le coût des transactions. Un autre chantier important est l’intégration des activités informelles dans le circuit économique normal. Cela passe à la fois par l’amélioration du climat des affaires, en particulier la simplification des procédures administratives, et par la refonte de la fiscalité d’entreprise pour la rendre moins pesante. L’élargissement de l’assiette fiscale suffirait amplement à compenser la baisse des taux d’imposition et il permettrait même d’augmenter les recettes de la fiscalité ordinaire, loin de la fiscalité pétrolière.
 

Ali Titouche
 
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