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Valse de managers dans le secteur public

Les carrières des cadres dirigeants sujettes à des relations subjectives

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le 19.06.17 | 12h00 Réagissez

Tous les changements qu’on avait souhaité introduire dans le mode de désignation des cadres dirigeants du secteur public pour lui donner un peu plus de rationalité et de transparence n’ont à l’évidence jamais abouti, puisque nous assistons aujourd’hui encore à une valse de révocations et de nominations hasardeuses basées uniquement sur des critères subjectifs, parmi lesquels, le clientélisme et la soumission priment sur toute autre exigence.

Tout comme par le passé, les performances managériales comptent en effet beaucoup moins que l’intimité des relations personnelles que les PDG avaient pour habitude d’entretenir avec les ministres ou hautes personnalités qui les ont désignés à leurs postes, si bien qu’il est aujourd’hui encore très rare que ces derniers soient relevés de leur fonction au motif de mauvais résultats de gestion. Ce phénomène de nomination et de révocation au gré du clientélisme que l’autonomie des entreprises avait quelque peu atténué dans les années 1990 est revenu en force depuis qu’en septembre 2014, les entreprises publiques économiques ont à nouveau été replacées sous tutelle des ministères.

Comme au temps de l’Algérie socialiste, les dirigeants principaux des entreprises publiques sont aujourd’hui encore parachutés à la tête de sociétés nationales, non pas, parce que leurs curriculum vitae ou leurs aptitudes intellectuelles les prédestinaient mais, tout simplement, par qu’ils bénéficient des faveurs toutes subjectives des décideurs du moment. Il y a bien eu quelques tentatives de rationalisation du mode de nomination de PDG aux premières années de la réforme économique de 1988, mais elles ont vite tourné court du fait des fortes pressions qu’avaient subies leurs initiateurs. Ni les Fonds de participation ni les holdings publics qui leur avaient succédé n’avaient, à titre d’exemple, réussi à constituer ce fichier national des cadres, duquel devait être puisés en toute objectivité et transparence, les candidats ayant les compétences requises.

Il n’y avait en réalité aucune chance pour qu’un tel mode de désignation fasse consensus au sommet de l’Etat, les détenteurs du pouvoir politique souhaitant, tous sans exception, avoir à travers les dirigeants qu’ils ont cooptés des personnes qui leur sont totalement dévouées. De ce fait, les PDG d’entreprises publiques ne se conçoivent pas comme d’authentiques gestionnaires soumis aux seules exigences de résultats managériaux, mais comme des responsables dont la carrière pourrait du jour au lendemain chavirer du seul fait de la dégradation de leurs relations personnelles avec les hiérarques qui les ont désignés à leurs postes. De ce fait, les dirigeants des entreprises publiques en sont arrivés à redouter beaucoup plus les remaniements ministériels qui risquent de leur faire perdre leur soutien, que les mauvais résultats de leur gestion.
 

Instabilité managériale

Les PDG qui cumulent des années durant des déficits sans jamais être inquiétés sont de ce fait légion, tandis que les quelques rares dirigeants, qui n’ont pas la chance d’avoir de solides protections, se font éjecter de leur poste avec une facilité déconcertante, même si leurs résultats de gestion plaident en leur faveur. L’obligation de résultats qu’évoquent bien souvent les hommes politiques relèvent, par conséquence, beaucoup plus du mythe que de la réalité, le secteur public algérien regorgeant, comme on le sait, de dirigeants écartés, non pas, en raison de leurs échecs managériaux, mais essentiellement, à cause des recompositions gouvernementales qui leur ont fait perdre leur soutien ou, de disgrâces résultant d’un retrait de confiance par ceux qui les avaient précédemment choisis.
Le plus grave est que ces patrons subjectivement cooptés à la tête d’entreprises publiques ont souvent tendance à y reproduire ce mode de désignation clientéliste dont ils avaient bénéficié en évinçant, notamment les cadres qui ne leur conviennent pas, éjectés sans état d’âme pour être remplacés par des «hommes sur qui ils peuvent compter», selon la formule consacrée. Le secteur public économique est de ce fait en perpétuelle instabilité managériale.

Et c’est en grande partie ce qui explique la faiblesse de ses performances productives, son manque de compétitivité et son incapacité chronique à moderniser son management. De nombreuses voix se sont, à juste raison, élevées contre ce mode de désignation hasardeux et clientéliste qui est en grande partie responsable du déclin du secteur public économique, en déplorant notamment l’exclusion de cadres de valeur qui n’ont jamais eu droit au chapitre, du fait qu’il ne soient pas intégrés à des réseaux de clientèles. Alors que les dirigeants protégés se permettent de «surfer» d’une entreprise publique à l’autre sans jamais rendre compte de leurs échecs passés, ceux qui disposent des bagages intellectuels requis n’arrivent effectivement même pas à se faire recruter comme simples administrateurs d’entreprises publiques. Bon nombre de ces cadres marginalisés sont aujourd’hui à la tête d’opulentes société privées qu’ils ont pour la plupart créées eux-mêmes. Un syndicat patronal (l’Union nationale des entrepreneurs publics UNEP) a même été créé au tout début des années 1990 à l’effet de défendre les intérêts matériels et moraux de ces dirigeants assis sur des sièges éjectables, mais l’expérience a vite tourné court du fait que cette organisation soit devenue la cible de tous ceux qui ne voulaient pas que les choses changent. Ce syndicat continue certes à exister, mais en tant que coquille vide, dénuée de pouvoirs de revendications et acculée à faire seulement de la figuration.

Nordine Grim
 
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