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Plusieurs secteurs économiques pâtissent durant le mois sacré

Le Ramadhan, une aubaine pour les bonnes affaires

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le 19.06.17 | 12h00 Réagissez

Mois de consommation frénétique et de fièvre acheteuse chez bon nombre d’Algériens, le Ramadhan est également le mois des bonnes affaires dans plusieurs secteurs. Les consommateurs qui achètent sans compter, quitte à s’endetter, font en effet le bonheur des commerçants qui se préparent des semaines avant l’arrivée du mois sacré en constituant des stocks de produits alimentaires et d’ustensiles de cuisine fortement demandés durant ce mois. Idem pour la grande distribution, dont les principaux acteurs multiplient offres et ventes promotionnelles à travers tous les rayons pris d’assaut par les consommateurs.

C’est le cas au niveau des grandes surfaces de la capitale, où les caddies ne désemplissent pas. «Les gens achètent à outrance. Les montants payés sont beaucoup plus importants que ceux d’avant Ramadhan», constatera une caissière interrogée à cet effet. «Nous avons enregistré une hausse dans les ventes dans tout ce qui est consommation alimentaire», nous dira un responsable de rayon chez

Carrefour, qui notera que globalement peu de changements ont été constatés par rapport à la même période de l’année dernière. «Le rythme des ventes a quelque peu baissé pour les viandes fraîches en raison de la hausse des prix de la viande locale, sinon pour le reste, en dépit de l’augmentation des prix, les ventes ont évolué dans le même sens», notera-t-il. Une manière de relever que la baisse du pouvoir d’achat des Algériens après les hausses appliquées dans le cadre de la loi de finances 2017 n’a pas impacté leur mode de consommation. Mais du côté de l’Union nationale des commerçants et artisans algériens (UNCA), l’on relève une baisse au niveau de la demande.

 L’offre en hausse

Ce qui a poussé, selon le président de cette association, Hadj Tahar Boulenouar, certains commerçants à réduire leurs prix. «Par rapport à 2016, la demande en produits alimentaires a baissé pour deux raisons, d’abord, une augmentation de l’offre, comme c’est le cas pour les fruits et légumes, et puis une légère baisse de la demande», expliquera-t-il.

Et de poursuivre : «Ce n’est plus comme avant, les gens réfléchissent bien avant d’acheter, surtout avec la succession des dépenses et avec les factures salées de l’énergie, électricité-gaz et carburants après révision de la tarification.» Ce qui a eu un impact sur l’activité des grossistes. «Certains se sont approvisionnés en si grande quantité qu’ils n’ont pas réussi à tout écouler sur le marché. D’où le report de certains opérations d’importations».

Ce que confirmera un commerçant rencontré dans l’un des 57 marchés solidaires (au niveau de la société algérienne des foires et expositions ouverts à Alger pour l’occasion) «Les gens achètent moins cette année. Cela est peut-être du à la crise», notera-t-il. Pour Mustapha Zebdi, président de l’Association de protection et d’orientation des consommateurs (Apoce), «il s’agit plutôt d’une prise de conscience des consommateurs quant à la nécessité de réduire l’ampleur du gaspillage, résultat, estime-t-il, des campagnes de sensibilisation lancées dans ce cadre».   
Importation, distribution…

Mais quelle que soit la baisse enregistrée, le Ramadhan reste le mois des affaires par excellence pour de nombreuses filières. C’est toute la chaîne qui saisit cette aubaine pour augmenter le chiffre d’affaires. De la production et l’importation à la distribution jusqu’à la commercialisation. Ce sont bien sûr les segments fruits et légumes, boissons, viandes, lait et dérivés, (agroalimentaire en général) ; les épiceries et boulangeries avant d’arriver à l’habillement-chaussures, qui tirent largement profit de ce mois. Cela pour dire que certains secteurs connaissent des pics d’activité durant le Ramadhan, à l’instar de l’agroalimentaire, où les usines tournent à plein régime avec un travail d’équipe. Dans cette filière, les opérateurs choisissent généralement le mois de Ramadhan pour dévoiler les nouveaux produits et élargir leur gamme.

Rien que pour les fruits et légumes, les Algériens achètent en moyenne 100 millions de quintaux, selon l’Union générale des commerçants et artisans algériens (Ugcaa). En moyenne, les chiffres d’affaires augmentent de 20 à 30% selon Hadj Tahar Boulenouar. Il y a aussi l’informel, qui s’en tire bien au cours de ce mois. Le déficit en marchés de proximité, dont certains projets sont gelés en raison de la crise, joue en faveur de la persistance de ce phénomène. Ce que nous avons encore constaté. Aux alentours des mosquées, dans les quartiers populaires,  sur les routes nationales, les marchands ambulants foisonnent en l’absence de tout contrôle.

Boom du Marché de la publicité

Et il y a de l’autre côté, le marché publicitaire qui connaît un boom à travers tous les canaux : télévision, presse écrite, radio et panneaux publicitaires. C’est la période propice aux grandes campagnes publicitaires sur les nouveaux produits alimentaires, détergents  mais aussi sur les offres des différents services (téléphonie mobile, internet). Mais pour cette  année, les agences du secteur ont relevé une certaine baisse de la publicité comme nous le fera remarquer une responsable dans une boîte de communication  à Alger. «Quand il s’agit d’organiser un événement d’un annonceur sur un produit ou autre, les grandes entreprises ont diminué le budget de la communication, ils lancent des fois l’information par un communiqué de presse et les réseaux sociaux sans faire un événement, pour diminuer le nombre d’événements par an», nous dira notre interlocutrice. Et de poursuivre : «Même les établissements étatiques n’ont pas mis le paquet.» Interrogée sur l’impact de la crise justement pendant cette période  sur le marché publicité, notre spécialiste en événementiel notera : «Cette année, les télécoms sont en recul en termes d’investissements publicitaires. Il y a aussi le retrait de l’automobile pour les raisons qu’on connaît.» «Le boom concerne l’alimentaire, les produits d’hygiène avec  une légère croissance chez les constructeurs de téléphones», précisera t-il.
 

Divertissements

Donc crise ou pas crise, tout ce qui est destiné à la consommation marche, mais  avec une moindre ampleur pour tout ce qui est art. Car, Ramadhan, c’est également l’occasion de multiplier les divertissements organisés par les entreprises spécialisées dans l’événementiel. Soirées artistiques, galas, concours de récitation du Coran, qaâdates à l’ancienne, expositions sur les traditions culinaires algériennes font partie du lot des événements qui caractérisent ce mois, sans pour autant drainer la foule. Quand c’est gratuit, la ruée est bien là, mais quand il faut payer, les consommateurs s’abstiennent, ils font des calculs. «Je ne peux pas me permettre de sortir le soir et de payer mon thé et mon kalbelouz à 1000 DA, j’ai d’autres dépenses plus importantes», nous confie une mère de famille, se contentant de veiller devant la télé. Et ce, d’autant que cette période est riche en production télévisuelle, même si la qualité n’est pas toujours au rendez-vous, avec toutes les polémiques déclenchées en cette période sur les caméras cachées produites au prix fort et à grand renfort de publicité.

En somme, ils sont nombreux à sortir gagnants de toutes ces affaires. Il n’y a qu’à voir les marées humaines qui sortent le soir juste après la rupture du jeûne en quête de moments de loisirs. Ce qui fait le bonheur de certains commerçants. Si durant les matinées, ce sont les grandes surfaces, les petits commerçants et les marchés qui sont pris d’assaut, le soir, le rush est observé dans les salles de spectacles à travers les grandes artères ou les espaces dédiés à la consommation. Glaces, sandwichs et grillades sont fortement prisés. «Je dépense au moins 1000 DA quand je sors le soir, de quoi satisfaire les caprices de mes enfants, sans compter les achats effectuées durant la journée», fera remarquer une maman. Autant de dépenses qui sont loin d’être en équilibre avec les  efforts fournis dans le travail.

Ralentissement

Et pour cause, côté administration et  bâtiment, l’heure n’est pas au travail. Ces secteurs pâtissent lourdement de cette période avec la baisse de l’activité, de la productivité et les forts taux d’absentéisme. Certes, aucune étude sérieuse n’existe sur le sujet, en Algérie, mais d’une manière globale, la productivité  tend à baisser durant le mois de Ramadhan, en raison notamment du rythme des soirées et de la fatigue accumulée au cours des longues journées de carême. Mais aussi en raison du laisser-aller affiché par les managers. «Quand un directeur d’entreprise réserve un chauffeur pour ses courses journalières, comment pourrait-on éviter que les salariés ne suivent ce laxisme ?», s’interroge un employé dans une entreprise publique. «C’est calme pendant le Ramadhan, nous travaillons très peu. Personnellement, on ne commence qu’à 10h pour quitter à 13h30», témoigne une mère de famille.

Et de poursuivre : «Nous suivons la tendance et nous dépendons aussi de nos clients.  Nous avons très peu de tâches à assurer, tout est reporté pour après Ramadhan». Mais, ça sera l’été justement, une saison synonyme de repos mais aussi d’oisiveté. Les dossiers les plus importants peuvent donc attendre jusqu’à septembre, comme c’est le cas chaque année, même si la situation économique du pays ne permet pas de tels ajournements et un tel laisser-aller.  
 

Samira Imadalou
 
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