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Vu à la télé : L’illusion d’une Assemblée démocratique

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le 20.04.17 | 12h00 Réagissez


La seule question qui mérite d’être posée, c’est celle de savoir si la prochaine Assemblée populaire aura suffisamment de liberté pour contrôler l’Exécutif ou pas. Aucun des partis en course dans ces législatives, parmi lesquels les représentants du pouvoir, n’aborde ce type d’évolution, qui apparaît pourtant comme essentielle dans la perspective de démocratisation de l’institution parlementaire.

Certains diront même qu’il s’agirait d’une véritable révolution institutionnelle si elle venait à être mise à jour, mais qui, pour l’heure, n’autorise pas la moindre projection dans ce sens. On préfère diluer les promesses du changement dans la recherche de l’amélioration qualitative intellectuelle, morale ou politique des postulants à la députation, sans trop risquer d’exiger de l’auguste enceinte une indépendance dans sa fonction de légiférer, qui pourrait remettre en cause bien des équilibres dans les rouages décisionnels du sérail.

En d’autres termes, si l’APN ne ferait plus allégeance au pouvoir politique, c’est tout un édifice patiemment construit depuis l’indépendance pour asseoir un régime autoritariste qui s’écroulerait. Pense-t-on un instant que ce système, qui tire sa force de son essence antidémocratique, puisse se faire hara-kiri, en laissant un organe aussi déterminant que l’Assemblée populaire nationale récupérer ses droits à l’expression, voire sa vocation originelle ? Ce serait aller trop vite en besogne, car l’autonomie de cette institution n’a jamais été à l’ordre du jour, et ce n’est pas durant cette prochaine consultation électorale qu’elle le sera.

Evidemment, pour les partis du pouvoir et leurs affidés, qui sont encore appelés à confisquer la «majorité parlementaire» pour perpétuer un système de législature inique et partial, qui traîne la triste réputation de caisse de résonance, il faut aujourd’hui faire preuve de plus d’ingéniosité dans le langage populiste et les idées surréalistes pour essayer de faire passer la pilule d’une «nouvelle assemblée représentative», promue à être, cette fois, à la hauteur de ses responsabilités. La trouvaille est de faire prévaloir dans les esprits que c’est parmi la jeunesse que seront recrutés les prochains élus du peuple, et que, surtout, le personnel parlementaire à venir comptera un taux important d’intellectuels pour garantir l’élévation du niveau de l’Assemblée.

Implicitement, si on reconnaît que les précédentes législatures n’ont jamais été ouvertes à cette frange de la population, et que l’élite a toujours été écartée de ses mandats, rien ne dit que les promesses de campagne seront tenues. D’une part, parce que les jeunes sont en majorité totalement détachés de la politique, et, d’autre part, en raison du fait que les intellectuels dignes de ce nom, et pas ceux de pacotille, n’ont jamais été les bienvenus dans l’enceinte parlementaire pour les problèmes de réflexion et les exigences de la contradiction qu’ils apportent obligatoirement aux débats.

A quel type d’intellectuel fait-on donc allusion si tant est que le régime éprouve subitement le besoin de se régénérer ? Dans l’esprit des leaders des partis du gouvernement, il ne pourrait s’agir que de cette élite carriériste dans l’âme qui fraye dans les travées du système en quête d’un certain confort idéologique et qui servirait pour la circonstance non pas à valoriser une argumentation juste pour la confection des lois qui régissent la société dans sa projection démocratique et moderniste, mais à faire dans la phraséologie savante pour mieux faire accréditer les décisions qu’on veut imposer aux députés.

Le FLN et le RND, ainsi qu’un certain nombre de partis pilotes, qui se débattent désespérément pour jouer dans la cour des grands, comptent dans leurs rangs un échantillon de cette espèce de politiciens sans conviction, mais qui savent s’adapter aux circonstances et aux conjonctures et qui fonctionnent au quart de note, tant que leurs intérêts sont préservés. C’est au demeurant l’une des fumisteries de cette élection que de vouloir nous faire croire que les intellectuels engagés pour leurs idées sont désormais prêts à s’impliquer dans le combat des législatives en ayant conscience que l’institution reste totalement fermée aux idées réformistes et novatrices.

Ce serait méconnaître le côté dérangeant voire subversif du potentiel de l’élite algérienne qui demeure, quoi qu’on dise, attachée aux idéaux de l’indépendance d’esprit, aux vertus de la liberté d’expression et aux principes de justice. Si ces trois critères n’ont jamais dominé les débats de l’APN par l’expression caricaturale de sa majorité parlementaire qui fait tout pour défendre les intérêts des puissants et non ceux du peuple qui lui a donné ce statut, ils ont tout de même valu presque symboliquement par la ténacité des quelques représentants de l’opposition qui ne peuvent faire plus devant un rapport de force toujours défavorable.

Ces derniers seront quittes avec leur conscience pour ne pas voter toutes les lois scélérates rejetées par les citoyens, mais est-ce suffisant pour dire que cet espace de contradiction conquis de haute lutte a des chances d’être élargi à la faveur du prochain scrutin ? A voir l’indigence de la campagne électorale, particulièrement la nullité de son contenu social, économique, culturel et la grande part accordée au discours populiste, tout indique que nous allons tout droit vers un Parlement encore plus verrouillé, encore plus porté sur l’allégeance au système qui le protège, encore plus orienté vers la pensée unique.

Quand un haut dirigeant du FLN affirme en plein meeting électoral regretter le parti unique tout en stigmatisant violemment le multipartisme, il n’y a plus rien à dire. Toutes les bonnes prophéties d’Ould Abbès tombent à l’eau. En fait, c’est la vision réelle des tenants du régime qui doit passer par une APN soumise et en même temps dominant le reste des fractions de la société et qui continuera à lever massivement et mécaniquement la main pour ne pas heurter les thèses officielles. Le message semble changer simplement de forme, tout le reste n’est que littérature.

Abderezak Merad
 
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