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Les expositions et le roman de Samir Toumi

Rupture dans la transmission, réponses croisées

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le 18.04.17 | 12h00 Réagissez

Existe-t-il une rupture générationnelle en Algérie ? Et cette rupture se traduit-elle par l’impossibilité de s’objectiver ? A cette question, les expositions et le roman de Samir Toumi répondent différemment.

Le roman de Samir Toumi est un récit à la première personne situé dans l’Algérie contemporaine, celle de la post-indépendance. Le narrateur est un homme jeune (il est âgé de 44 ans), fils d’un moudjahid glorieux et puissant, c’est-à-dire appartenant à la caste des privilégiés.
Son reflet disparaît par étapes successives jusqu’à l’effacement total, et ce, malgré les soins d’un psychanalyste bienveillant mais finalement impuissant à le guérir. Le lecteur partage la lutte du narrateur pour capter son reflet, ce moment du regard qu’on porte sur soi pour se construire et se fortifier dans son désir d’être aimé, fort ou vertueux…

Or, non seulement le narrateur qui enregistre les faits dans une sorte d’écriture clinique ne parvient pas à saisir son reflet, mais aucun élément extérieur ne lui renvoie son image : dans le monde desséché dans lequel il évolue, les rares réactions ne sont pas des réactions d’empathie ou d’émotion, mais elles sont dictées par des rôles : le père et le frère réagissent mécaniquement à l’insulte faite à la future épouse, celle-ci ne réagit guère, le camarade de bureau s’inquiète moins pour l’homme que pour le fils du moudjahid.

La narration évite soigneusement toute notation dans un registre qui serait celui de l’affectivité.
Seul l’épisode d’Oran suggère la possibilité d’un monde de plaisir à travers la figure du chauffeur de taxi et de désir à travers le personnage de la femme mûre, qui suscite passagèrement le désir du narrateur avant d’être rejetée. De palier en palier, le mal s’amplifie jusqu’au dénouement qui est la régression dans le giron du père.

Le parcours du narrateur n’est pas celui d’un progrès – le roman de Samir Toumi serait l’inverse du roman de formation ou d’éducation. Aucune mémoire dont le narrateur pourrait se nourrir ne s’est transmise : le roman par cette absence de perspective laisse un goût très sombre. Certes, les rôles sociaux existent : le moudjahid glorieux et omnipotent, l’épouse délaissée et neurasthénique, le fils écrasé par son père, jusqu’aux jeunes filles fantômes d’amour sans consistance, mais quels sont les personnages positifs ?

Samir Toumi répond : «Le chauffeur de taxi qui jouit simplement de la vie, la femme qui a construit son entreprise, l’homme à tout faire qui passe sa vie à se dévouer mais est doté d’empathie, le camarade de bureau qui s’intéresse à un autre être.» Dans cette société d’ectoplasmes au sens grec du terme -d’êtres sans consistance-, le narrateur ne reçoit ni mémoire -il est juste une machine à enregistrer, ce qu’il perçoit ou subit- ni retour : point de relations ni entre les êtres ni entre les sexes, si ce n’est fugitives. Roman du désenchantement ?

Des idéaux de la Révolution, il ne reste rien pour le fils et seulement des avantages matériels pour le père. Pire : roman désabusé  : sans mémoire, sans transmission, sans place pour la deuxième génération post-indépendance écrasée par un récit national auquel elle ne participe pas, un monde sans passé, où le futur n’existe pas davantage. Ce récit est-il une allégorie figurant l’absence d’engagement et le sentiment d’impuissance de cette génération ? Pour autant, si sombre qu’il soit, en objectivant ces questions, le roman reflète une image dont on peut parler.

N’est-ce pas là seulement une partie de l’expérience de l’Algérie contemporaine ? Quand il n’écrit pas, Samir Toumi expose les jeunes artistes de la scène algérienne dans ses bureaux. Or, parmi les expositions à la Baignoire qui montrent cette scène contemporaine vivante, il y a eu celle de jeunes photographes de rue (Chawari 3) qui ont donné, selon ses termes avec tendresse, leur point de vue sur l’Algérie.

En leur proposant ce thème d’exposition, c’est bien une expression venue de l’intérieur qu’il souhaitait voir exposée. La transmission passe par des voies inattendues, l’intérêt du jeune plasticien Massinissa Selmani pour les romans de Chawki Amari qu’il apprécie pour leur humour, ou ceux de Samir Toumi, dont il goûte la précision en est une forme inattendue. L’engagement est finalement aussi bien de la part du commissaire que des jeunes artistes. Le récit de l’expérience de la société algérienne a donc bel et bien repris.

 

Nadia Saou
 
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