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Stand-up . Dis que t’a(s) tort

Les raisons de la colère de Chaker Boulemdaïs

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le 13.02.18 | 12h00 Réagissez

 
	«Chaker Boulemdaïs a toujours raison» 
	 
«Chaker Boulemdaïs a toujours raison»  

C’est une véritable performance que celle réalisée par le jeune comédien Chaker Boulemdaïs.

Et en prime, ayant fait résonner le frais émoulu Théâtre d’Alger - l’ex-Casino de la rue Larbi Ben M’hidi.

Et, doublement, en y étrennant son tout premier monologue. Sous les auspices d’Ahmed Rezzak, qui, durant tout le spectacle, était resté debout, veillant au grain… à moudre de son «protégé» qu’il a coaché pour éblouir le public.

Il n’a pas eu tort d’effectuer un tel choix. Car le comédien Chaker Boulemdaïs tord le cou au monologue linéaire, redondant, ronronnant dans le sens du poil. Là, c’est à rebrousse-poil. Un tantinet irrévérencieux, persifleur, railleur à souhait… Ici, la langue de bois, c’est du consommé, du consumé.

Du politiquement incorrect. Dis que t’a(s) tort se veut être un stand-up divertissant mais doublé, sans paternalisme ou autre démagogie simpliste sonnant creux, d’un humour scénique cynique et caustique. Un humour disant vrai interpellant le public.

D’où l’injonction à l’aveu : Dis que t’a(s) tort.  Le désaveu de l’euphémisme homonyme tyrannique (diktator-dictateur). Le pitch : Salah Bensayad est un jeune homme cherchant à construire sa personnalité entre le rêve et l’illusion, touché par le syndrome de la célébrité et la manie de mourir en héros. Le texte initial est de Ihssan Abdel Koudous, écrivain et journaliste égyptien.

Auteur d’une soixantaine d’ouvrages, dont Ana horra (Je suis libre), Dami wa domouei wa ibtessami (Mon sang, mes larmes et mon sourire), Fi baytina ragol (Un homme dans notre maison), ou encore Al Rossassa la tazal fi gaybi (La balle est encore dans ma poche). La musique est de Nadjib Soudrati.
 

Il ouvre la boîte de Pandore

Salah est en quête initiatique, voire existentielle. Il recherche désespérément une utopie. Il observe des haltes. Il se lance dans un jeu de rôles pour donner le change et puis gruger la plèbe. Car Salah aspire à devenir dictateur. Un métier, une profession de mauvaise foi, certes, mais qui grise. Le pouvoir, les femmes, l’argent, l’impunité, l’immunité, Après le bac, voulant s’émanciper, accéder à un haut rang, Salah exclut les métiers nobles des petites gens.

Sa vie, sa survie, c’est avoir le pouvoir absolu, juste une illusion. A vrai dire, c’est une caricature du dictateur qui se fossilise. Aussi, Chaker Boulemdaïs, alias Salah Bensaïd, pour accompagner le contexte, le règne du dictateur, campera plusieurs rôles aussi hilarants que burlesques. Il forcera le trait du général d’opérette, le francophile efféminé, démocrate désabusé, l’islamiste hypocrite, du terroriste repenti absout de crime contre l’humanité et argenté…

Et puis, du rebelle. Un citoyen aimant trop son pays. Une déclaration d’humour à l’endroit du président… du tribunal. Chaker Boulemdaïs a réussi à décoincer les zygomatiques du public à travers une autodérision parfois scatologique mais au gag traitant des sujets comme le conservatisme, le salafisme minant la société, les fetwas de la rue réduisant les libertés fondamentales… Salah chante, rappe, toaste, danse, sautille, se grime en «terroriste» velu et ébouriffant. Il brasse de l’air. Il occupe les tréteaux.

Et puis, son imitation géniale des présidents de la République Lamine Zeroual, Abdellaziz Bouteflika, ou encore de Kadhafi. Aussi, se lancera-t-il dans des ex-cathedra au ton doctoral. Des discours confus, où Salah mélange ses notes, entre programme politique et petits papiers d’amour pour sa promise Kheïra. Mais il avait soif. On ne lui donnera pas la fameuse bouteille d’eau «à son moulin à paroles». Le stand-up de Chaker Boulemdaïs est un sketch qui dilate la rate, mais aussi, il dit tout haut ce que l’on pense tout bas.
 

Coup de théâtre de l’édile d’Alger

«Ce monologue est une ancienne idée. C’est un spectacle que j’ai monté pendant les années 1990. A l’époque du terrorisme. Un spectacle que j’ai joué entre 500 et 600 fois. Mais à l’époque, ce n’était pas trop médiatisé. Je pouvais le reprendre, mais j’ai préféré le faire revisiter par un jeune, le comédien Chaker Boulemdaïs. Pour le refaire, le repenser, lui donner vie, le porter… On l’a retravaillé ensemble. On a refait le texte. Je fais de la mise en scène.

On a opéré sur l’intensité, la capacité et l’énergie du comédien Chaker Boulemdaïs. Par rapport au public actuel. On va le roder. On a encore quatre dates (mercredi, jeudi, vendredi et samedi prochains) à faire ici (Théâtre d’Alger- l’ex-Casino). C’est une nouvelle salle. C’est un événement. Un autre théâtre à Alger, c’est un espace de gagné pour la culture. Il faudrait que les autres maires d’Alger, les autres communes suivent cet exemple, cette initiative.

Il faudrait ouvrir d’autres salles pour les troupes de théâtre. Non seulement à Alger, mais dans toute l’Algérie. Le public ne se déplacera pas. Il y aura une proximité. Ce qu’a fait Abdelhakim Bettache, maire d’Alger-Centre, est une belle chose. Ouvrir un nouveau théâtre…», indiquera le comédien et dramaturge, Ahmed Rezzak. Une B.A. Une bonne action à saluer tout bas.

K. Smail
 
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