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Le roman algérien en quête de scène

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le 21.04.17 | 12h00 Réagissez

 
	L'As d'après le roman de Tahar Ouettar, produite par le Théâtre régional et mise en scène par Yahia Benamar
L'As d'après le roman de Tahar Ouettar, produite par le...

La relation entre le roman et le théâtre a toujours suscité le débat, parfois la controverse, mais souvent la passion. La mécanique du passage d’un mot ou d’une phrase de l’écrit vers l’interprétation scénique est complexe. Elle fait appel à la création artistique, exige une vision dramaturgique et du talent.

«Le roman algérien sur scène» a été le thème d’un débat organisé, samedi 15 avril, par le Théâtre national algérien Mahieddine Bachtarzi (TNA) au niveau de l’espace M’hamed Benguettaf à Alger. Modéré par l’universitaire Saïd Benzerga, le débat a été animé par le metteur en scène Ziani Chérif Ayad, le romancier et dramaturge Mohamed Bourahla et le dramaturge Mourad Senouci. «Il faut rapprocher l’homme de théâtre algérien du romancier et mettre en relation le roman avec le texte théâtral.

Nous aurions tellement aimé avoir un café ou des cafés artistiques où se regroupent les romanciers, les dramaturges, les poètes et les metteurs en scène pour débattre», a relevé Saïd Benzerga, professeur au département de langue arabe à l’université d’Alger. Le texte algérien est, selon lui, absent des adaptations dramaturgiques en Algérie au profit de travaux dits universels. «Chaque mois ou deux, un roman est publié en Algérie. Nous avons de talentueux écrivains.

Les nouveaux romans souvent ne sont pas lus par les hommes de théâtre bien qu’ils traitent des problèmes de la société algérienne, évoquent ce que nous vivons actuellement», a-t-il noté. Il a regretté que les gens de culture vivent séparés les uns des autres. «Chacun dans son coin. Les hommes de lettres restent entre eux. Idem pour les hommes de théâtre, de cinéma ou de musique. Il faut dresser des ponts et supprimer ces séparations. Les chances de rencontre entre un romancier, un conteur et un dramaturge sont toujours faibles», a-t-il constaté. Selon lui, l’évolution des formes d’expression littéraire a fait que certaines frontières disparaissent.

Ziani Chérif Ayad, ancien directeur du TNA, a notamment travaillé sur le roman Les martyrs reviennent cette semaine de Tahar Ouettar. Il planche actuellement sur le récit de Leïla Aslaoui, Sans voile et sans remords, dans une démarche artistique de laboratoire. «Nous avons organisé une lecture au Palais de la culture, à Alger, et nous avons eu un débat incroyable avec le public. Après cela, j’ai remis le texte à Arezki Mellal, un auteur de théâtre pour une écriture scénique.

La première version a été “vérifiée“ sur le plateau par rapport aux comédiens, à la scénographie et au son. Parallèlement, le chorégraphe travaille sur le corps. Dans le théâtre algérien, il y a de la parole et le corps reste inerte. C’est un problème culturel, on n’aime pas notre corps ! Nous changeons des choses parfois avec Arezki Mellal. Il y a une complicité entre nous.

C’est un ensemble de choses. Il ne s’agit pas d’adapter un roman et un récit et s’arrêter à cela. Parfois, on prend un texte et lorsqu’il est mis sur le plateau, on constate qu’il y a trop de bavardages», a-t-il expliqué. Il a relevé que sur le plateau, des phrases sont supprimées et des situations sont ajoutées.

Feeling

Il a choisi le texte de l’ancien ministre et magistrat Leïla Aslaoui parce que le théâtre algérien n’a pas réellement abordé la thématique du terrorisme et de l’extrémisme religieux. «Le cinéma, la peinture et la littérature ont abordé les années 1990 en Algérie, mais pas le théâtre. Il n’y a eu que quelques expériences. C’est tout. Comment avec tout ce qui se passe dans le monde arabe, avec Daech en Syrie et en Irak, nous, en tant qu’artistes, nous ne trouvons pas de textes pour aborder cette situation ? J’ai fait l’adaptation de Sans voile et sans remords parce que le récit est tiré d’un vécu réel», a-t-il souligné.

La nouvelle pièce s’appellera Bahidja. La générale est prévue le 21 mai 2017 au TNA à Alger. Selon lui, il n’y a pas de difficulté à traduire sur scène un roman, une nouvelle ou un article de presse. «Je suis d’abord interpellé par le sujet et avec le regard du metteur en scène, je vois comment vont évoluer les personnages.

A partir de là, je construis la dramaturgie sans forcément travailler avec l’auteur originel. Le choix d’un texte, c’est une histoire de feeling personnel», a expliqué Ziani Chérif Ayad. Il a confié avoir voulu adapter aux planches Mille hourras pour une gueuse de Mohamed Dib (paru en 1980). Sa demande a été refusée, à l’époque, par la direction du TNA. «La raison en est simple.

Le personnage de Arfia, ancienne moudjahida, a déclaré publiquement que les idéaux de la Guerre de Libération nationale ont été mis de côté. J’ai repris ce personnage en lui donnant le nom de Khedidja dans la pièce Les martyrs reviennent cette semaine. Le personnage de Arfia nous a permis de créer le ressort dramatique de la pièce. L’adaptation n’est pas un travail théorique», a-t-il expliqué.

Élargir l’espace

Le romancier Mohamed Bourahla, qui a récemment adapté L’As de Tahar Ouettar (pièce montée par le théâtre régional de Souk Ahras), a reconnu que l’adaptation change d’un texte à autre. «L’adaptation du roman de Tahar Ouettar, Al waliou al tahar yaoudou ila makamihi al zaki, que j’ai fait pour le théâtre de Batna est différente de L’As, comme s’il ne s’agissait pas du même écrivain. Cela est lié à la nature même des deux romans. La construction narrative et le langage du premier roman sont complètement différents du second. Al waliou al tahar fait partie d’une trilogie composée aussi de Chama’a oua dahaliz et Al Waliou al tahar yarfou yadiyahi ila sama.

Cela ne facilite pas le travail de l’adaptateur. Je devais faire des choix. J’ai pris l’idée principale, celle de l’obsession passéiste, et j’ai construit le texte dramaturgique en élargissant l’espace et en interrogeant l’imaginaire politique», a souligné Mohamed Bourahla. L’adaptateur peut, selon lui, s’éloigner de l’idée ou des idées d’un texte romanesque. «Ce n’est pas une trahison. L’adaptation autorise certaines transformations qui doivent aller dans le sens des visions esthétiques et des postures philosophiques de celui qui adapte.

Au cinéma, Alfred Hitchcock en réalisant Les oiseaux, s’est éloigné de la nouvelle de Daphné du Maurier qui a servi de base pour l’écriture du scénario», a-t-il souligné, précisant que l’adaptation n’est pas une problématique techniciste ni une question de volontarisme. «L’adaptateur doit aimer le texte entre ses mains. Le mieux est de le choisir d’une manière spontanée. Il doit également être un lecteur et un critique, doit au moins savoir ce qu’il fait», a noté Mohamed Bourahla analysant la mécanique narration/action.

Selon lui, l’adaptation ne doit pas être une traduction, une copie ou un texte d’allégeance pour l’auteur original. Il a rappelé que l’adaptation est d’abord une question de création. Mourad Senouci a adapté aux planches huit textes dont cinq du répertoire théâtral européen et arabe et trois de romans. L’attentat de Yasmina Khadra, a été, par exemple, adapté aux planches sous le titre Le choc, produit par le Théâtre régional d’Oran et mis en scène par Ahmed Khoudi. «J’ai introduit de nouvelles idées dans la pièce tout en respectant le texte original.

Yasmina Khadra n’était pas d’accord avec moi pour la fin de la pièce, mais il m’a dit que j’étais libre dans ce choix artistique», a-t-il dit. Mourad Senouci a travaillé en 2012 sur le roman de Waciny Laredj, Ountha al sarab (femelle de mirage) pour écrire la pièce Imraa min warak (femme en papier), mise en scène par Sonia Mekkiou. «J’ai adapté un roman de 600 pages, marqué par une structure très narrative et un contenu abstrait. Difficile donc de traduire tout cela au théâtre. Je voulais aborder cette difficulté et la proposer au public. Mon idée est de dépasser le traitement superficiel qui marque parfois certains travaux dramatiques.

Le personnage d’El Oustad dans la pièce devait raconter tout ce qu’il a vécu et vu durant les années 1990. Le défi était, pour moi, de garder en mémoire tout ce que nous avons enduré durant cette période», a souligné Mourad Senouci. Imraa min warak a été construite sur un conflit entre une épouse et l’amante, Meriem et Laila, d’un même homme. «C’était un prétexte dramatique pour moi. J’ai ajouté des éléments qui n’étaient pas dans le roman comme la rencontre de Abdelkader Alloula à Alger en 1993», a-t-il dit.

Selon lui, l’expérience de l’adaptation du roman de Waciny Laredj au théâtre a fait l’objet de neuf travaux de recherche à l’université. Il a également adapté Pierre de patience de l’Afghan Atiq Rahimi. «Je suis resté dans le texte, mais en l’algérianisant quelque peu. Nous avons vécu le terrorisme d’une manière différente que l’Afghanistan.

L’adaptateur doit avoir, à mon avis, un background culturel, intellectuel et artistique pour pouvoir intervenir sur un texte littéraire. Le metteur en scène avec qui je travaille ne doit pas aller à contresens de ce que je veux. Aussi faut-il à chaque fois négocier. Il est libre de mettre en scène ce qu’il veut, mais ne doit pas me contredire», a souligné Mourad Senouci. Selon lui, le metteur en scène est libre de faire ce qu’il veut sur le plan artistique et dramaturgique, mais ne doit pas trop s’éloigner du texte adapté.

Résidence d’écriture

Le romancier et journaliste Smaïl Yabrir a, de son côté, appelé, lors du débat, à s’intéresser aussi aux textes algériens écrits pour le théâtre. «Avant de parler de l’adaptation du roman, intéressons-nous à ce qui est déjà écrit pour les planches. Sommes-nous incapables de produire des textes dramaturgiques ? Si tel est le cas, cela veut dire que nous sommes une nation qui n’a aucun sens de l’existence. Pour moi, l’adaptateur doit parfaitement maîtriser les techniques et les formes du roman et du théâtre.

Ce n’est pas souvent le cas en Algérie», a-t-il regretté. Il a souhaité qu’on établisse un bilan de ce qui a été fait en matière théâtrale ces dix dernières années. «Beaucoup de metteurs en scène n’ont fait que répéter une seule vision sur scène. Une vision qui se rapproche du théâtre scolaire. De tels metteurs en scène ne peuvent pas comprendre la profondeur du roman algérien puisqu’ils n’ont pas produit du théâtre de qualité sur le plan créatif», a soutenu Smaïl Yabrir.

Ziani Chérif Ayad a, pour sa part, soutenu que «le problème» de l’écriture théâtrale ne sera pas réglé par l’adaptation des romans. «Il nous faut une politique culturelle pour savoir ce que nous voulons pour le théâtre national. Il y a eu un schisme. Une certaine génération savait pourquoi elle faisait du théâtre.

Ce n’est pas le cas de la génération d’aujourd’hui. Il ne faut pas imiter les autres mais ramener du nouveau, créer, .... C’est pour cette raison que nous avons lancé les ateliers d’écriture dramatique parce qu’un jour, il faut bien dépasser cette histoire du texte théâtral», a-t-il dit en plaidant pour les résidences d’écriture. Selon lui, un dramaturge de talent a besoin d’espace pour s’exprimer et écrire.

Fayçal Métaoui
 
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