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Ifassen N’leksar : La volonté de transmettre la valeur patrimoniale des aïeux

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le 21.04.17 | 12h00 Réagissez

 
	Lalla Om El Kheir ou la dame aux doigts de fée, Les motifs ouarglis sont déclinés en divers ustensils et autres tapis
Lalla Om El Kheir ou la dame aux doigts de fée, Les motifs...

Réinstaurant les fêtes ancestrales ajustées au calendrier agricole et religieux et œuvrant pour la classification du cérémonial du mariage ouargli au patrimoine de l’humanité. C’est l’objectif d’Om El Kheir Khelil, présidente de l’association Ifassen n’leksar (les mains du ksar). Zoom sur une septuagénaire passionnée.

Elle issue d’une famille où bien faire ce que l’on fait est une règle, Lalla Om El Kheir, sœur de Abdeslam Khelil, le célèbre photographe de la rue Didouche Mourad, et d’Ahmed Khelil politicien et fondateur du premier journal du Sahara, concentre en sa personne les multiples facettes de la femme ouarglie battante, tenace et soucieuse du détail. Elle est tisseuse de tapis, experte en motifs et couleurs berbères, rompue à la conservation des dattes communes qu’elle décline en conserves, en vinaigre et en confiture.

Lalla Om El Kheir est également une inconditionnelle du «Houli», le costume traditionnel ouargli en laine tissée dont elle garde  jalousement les quatre versions authentiques qu’elle prête aux nouvelles mariées. Lalla Om El Kheir affirme que «la préservation du savoir-faire et la transmission des gestes précis des maîtres de l’artisanat sont des objectifs majeurs de l’association qui veut également perpétuer le souvenir des anciens afin de créer des liens transgénérationnels».

C’est dans ce sens qu’il y a neuf ans, Mme Khelil a interpellé les autorités locales sur la reprise du calendrier des festivités locales coïncidant avec les rythmes agricoles et religieux. Sa première action fut l’organisation du Mawssim Lalla Mansourah, une fête séculaire célébrant le souvenir de Mansourah, jeune mariée de la famille Feddane du arch des Imgharen, disparue il y a plusieurs siècles le matin d’Assenser, le grand jour des noces, celui où la mariée coiffée, habillée et fardée ne doit en aucun cas être vue par aucun mâle.

Selon la légende locale, Mansourah était fille unique, et son père voulait à tout prix l’embrasser une dernière fois avant son départ chez son mari. Elle en avait tellement honte que s’étant cachée dans une chambre voisine, «Mansourah Khfat» disparaissant à jamais. Les Ouarglis ont élevé Lalla Mansourah au rang de sainte incarnant «lehya», la pudeur.

C’est d’ailleurs pour cela qu’elle est aussi appelée «Lalla M’nawra» dans les chants. Elle est érigée en sainte patronne des enfants, selon la tradition, ils sont les invités d’honneur de la grande famille des Feddane. Le matin de la fête, généralement célébrée durant la première quinzaine du mois de mai, des dizaines de bambins et bambines portant des costumes traditionnels se regroupent près du mausolée de Lalla Mansourah, où ils assistent au chaulage et à l’embellissement de la placette. «Les habitants préparent alors un grand couscous et participent activement à la procession qui sillonne joyeusement le ksar.»

Patrimoine de l’humanité

Du cérémonial du thé, à celui de l’encens, en passant par l’habillage des mariés, l’Ikram vénérant les vieux, les multiples ziaras aux saints patrons sans oublier les jeux, la traditionnelle danse Takouka et la fameuse musique Rebboukhi et l’immuable kyrielle de plats traditionnels qui entrent en scène dès le premier des sept jours que durent les festivités du mariage ouargli, où un plat spécifique est présenté chaque jour.

Le cérémonial du mariage de Ouargla est «la plus belle expression du melting-pot culturel de cette cité saharienne resplendissante de brassages ethnique, religieux et linguistique representant un trésor de vivre en intelligence qui remonte à plusieurs siècles», explique Mme Khelil qui interpelle la direction de la culture locale et lui propose son aide pour constituer un dossier de classification bien ficelé. Slimane Hakkoum, historien, estime pour sa part qu’«il y a tant de choses à partager et à faire découvrir au monde dans cette ville cosmopolite où se croisent et cohabitent en plus des Algériens des 48 wilayas, plusieurs nationalités africaines, européennes, américaines et asiatiques du fait de la proximité des champs pétroliers, qui en font un réel exemple de cohabitation et de tolérance».

Ouargla peine pourtant à garder le cap et sauver son âme, vu l’état des lieux. Son ksar de plus de 10 siècles est en décrépitude, délaissé à tout-va, ou repris sans aucune feuille de route, y compris pour sa couleur originale que l’on dit blanc bleuté, selon les experts du patrimoine, et qui est sciemment supplantée par un affreux jaune dans la dernière campagne de chaulage. Sa culture ksarienne se perd dans les dédales d’un abandon collectif qui n’est pas sans susciter des réactions positives au sein de la société civile.

Passions croisées

A Dar Hadji, l’Association du tapis ouargli  œuvre depuis quelques années à sauver les motifs de la ville, tels que la quincuilla, le soudanais et la scène de chasse. A Rouissat, Wissam Design valorise les chutes de palmiers et à Tazegraret, Ifassen n’leksar, s’impose aujourd’hui comme gardienne des traditions du ksar de Ouargla. C’est même la passion de Mme Khelil qui témoigne : «Ouargla c’est aussi un lieu où il fait bon vivre, dans la convivialité et la tolérance, où juifs, musulmans et chrétiens ont longtemps cohabité, alors que sunnites et ibadites vivent ensemble depuis des temps immémoriaux.»

Si bien que la présidente d’Ifassen n’leksar ne s’imagine même pas que sa ville puisse perdre cette «vocation de ville refuge, de havre de paix où chacun peut trouver sa raison de vivre». Dans sa maison transformée successivement en lieu de stockage, de tri et de transformation de la datte durant la saison de la cueillette G’tie, en atelier de tissage et de confection du costume traditionnel local à l’année, les métiers manuels, l’expérience acquise avec patience et rigueur et surtout l’esprit des savoirs-faire locaux sont maîtres.

A 75 ans, en retraite active, Lalla Om El Kheir a tissé son réseau de tisserandes, de brodeuses, de confectionneuses de vannerie et de cuisinières traditionnelles pour lancer un beau projet associatif touristique au sein de la palmeraie ancestrale offrant des possibilités de découverte et de dégustation de toutes sortes de produits artisanaux et du terroir.

Houria Alioua
 
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