A la une Contributions
 

Tarik Djerroud. Romancier

Mouloud Mammeri : Le poids d’un homme…

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte

le 21.04.17 | 12h00 Réagissez

Par quel bout peut-on appréhender l’œuvre étoffée de Mouloud Mammeri, disparu tragiquement, en février 1989, après un accident de voiture ? Du chercheur linguiste au romancier, de l’anthropologue au conférencier, du savant au militant, le parcours de Mammeri pétillait de cette inlassable générosité intellectuelle mise au service de la culture.

Nourri par une longue expérience didactique et humaine, dont il tira profit par ses menées érudites en Algérie, au Maroc et en France notamment, Mammeri s’en épanchait allègrement dans ses ouvrages. Romanesque d’abord et par le biais d’essai par la suite. La richesse de cet homme s’était aussi forgée face au danger, lorsque des épreuves lui firent face. Il était au front lors de la Seconde Guerre mondiale, la mitrailleuse en bandoulière.

Comme il était indépendantiste lors de la guerre de Libération algérienne. Si de nos jours, ouvrir un de ses opus confère la sensation de mettre la main sur un trésor, le rythme de la rédaction en était dicté par la fusion de la patience et de la rigueur. Il y a indéniablement dans l’œuvre de Mammeri un amour silencieux pour sa terre natale, pour sa langue maternelle et pour le bien de l’humanité. Sans le crier mais en truffant ses efforts d’un lot de preuves criantes.

Et c’était ainsi qu’il devint l’émule de toute une génération d’étudiants et de lecteurs. Le maître n’étant plus mais son œuvre continue de rayonner, comme pour défier le temps et venger l’injustice et semer l’optimisme qui en étaient souvent sources d’inspiration. Marcher seul, marcher sans courber l’échine était une des leçons de Mammeri, lui qui attachait son œuvre à un but précis, transcendant, à une conscience pure, et non un numéro charmeur pour un régime politique puissant en vue d’arracher un privilège.

C’était dans une quasi solitude, loin des feux de la rampe, qu’il ouvrit les sentiers de la cause identitaire, ramant péniblement en face d’un courant impitoyable aux heures les plus sombres de l’Algérie, quand au sommet de l’Etat se trouvaient des adversaires teigneux qui s’entêtaient pour retarder le peuple dans son parcours âpre vers l’épanouissement.

L’homme mettait en pratique ses propres principes et ses pensées, parmi le petit peuple. Et dans son sillage, montaient des personnalités intègres et amplement portées vers le bien commun. En ce sens, Mammeri fut une synthèse d’une force tranquille et une âme joyeuse, un charme austère mais guère avare à l’heure de présenter des offrandes au bénéfice d’esprits prompts à tendre l’oreille et méditer les règles du savoir-vivre.

L’esprit ouvert et une main tendue résumaient, fort bien, le profil d’un homme tout en douceur, faisant face à un régime tout en veulerie, dans une compétition, quoique inégale, à qui pourrait bien servir la nation. En s’assumant tel qu’il était, il insista sur son choix d’être clivant et honnête au lieu de paraître conciliant et roublard !

Il y a des hommes qui libèrent comme il y a des Etats qui embastillent. Il y a ceux qui aiment leurs prochains, comme il y a ceux qui ferment les portes au nez des mendiants. Mammeri fit son choix dès son jeune âge et il en donna un aperçu dans une Lettre à un Français. Sous sa plume : «Les hommes ça ne se compte pas comme des têtes de moutons ou des pieds de vigne : un homme se pèse à son poids d’humanité.»

Cible de jets de pierres, l’homme en durcissait son épiderme et tirait de ses convictions consubstantiellement humanistes des raisons lucides pour demeurer droit dans ses bottes. Son parcours nous interpelle et nul ne peut contester son rôle décisif dans la flamboyance de la littérature algérienne à ses premiers balbutiements. A la suite de Mammeri, des écrivains se lancèrent derrière son sillon pour tresser, petit à petit, une pensée locale aux dimensions universelles.

Et cependant conscient qu’il était que tout œuvre étant forcément inachevée, et que le grand œuvre national une succession d’efforts, il répétait à l’envi : «Nous avons défraîchi le terrain, à présent, c’est aux autres de continuer.» Humanité comme vivre parmi les siens tout en cultivant des liens harmonieux avec la nature et l’histoire.

Humanité qui rend la chose vivante, utile et belle. L’humanisme, comme vraie richesse, lequel représentait la colonne vertébrale de son œuvre. Et c’est ainsi, et uniquement ainsi, à l’aune de cette valeur, que l’on pourra estimer que la vie ou l’œuvre d’un homme aura été utile et profitable. Dans cette optique, Mammeri aura été plus qu’un guide mais la conscience de plusieurs générations.

 
le dessin du jour
LE HIC MAZ

Mes infographies

El Watan Magazine

impact journalism days

 

Indépendance Algérie

 

El Watan Etudiant

Vidéo

Constantine : Hommage à Amira Merabet

Constantine : Hommage à Amira Merabet
Chroniques
Point zéro Repères éco

Suivre El Watan

FacebookFacebook       TwitterTwitter
Télévision
Télérama       Télé Alger TV Algérie