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Sommes-nous à l’abri d’un nouveau krach boursier ?

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le 26.12.16 | 10h00 Réagissez


Les places boursières mondiales sont euphoriques. Les indices boursiers ont atteint des summums inimaginables il y a seulement quelques mois. Normalement cela devrait être une bonne nouvelle.

Des indices boursiers qui s’envolent sont un signe de confiance des investisseurs qui placent leurs ressources dans les entreprises. Ces dernières peuvent alors les utiliser pour accroître leurs capacités de production, créer plus d’emplois et de richesses. C’est aussi un signe de meilleure vitalité des entreprises. Car ce sont les décisions des dirigeants d’entreprises qui se voient confortées dans leurs stratégies et management opérationnel par des placements de plus en plus massifs. La Bourse «note les entreprises». Les bonnes voient leurs actions augmenter ; celles qui sont sous-gérées vont connaître des dégradations qui mettent en péril leurs équipes managériales. Les patrons d’entreprises réagissent vite aux dégradations des cours (prix) des actions. Ils y voient une sanction négative de la part des places financières de leurs décisions managériales. Souvent, les propriétaires mettent fin aux fonctions des hauts dirigeants de leurs entreprises avant que la situation ne se dégrade davantage. La dernière chose qu’un PDG lit avant de dormir serait la cotation quotidienne des actions en Bourse de l’entreprise qu’il dirige.

Ceci est un des mécanismes qui met le plus de pression sur les patrons d’entreprises pour être plus performants. Mais poussé à l’extrême, il peut aboutir à faire plus de mal que de bien. En plus des risques environnementaux, de l’extrême focalisation sur le court terme au détriment de la stratégie, on peut même pousser le bouchon plus loin et faire croire que la situation financière est meilleure ; par des artifices comptables. Beaucoup de banques et d’entreprises ont eu recours à ce genre de procédés juste avant la crise des Subprimes de 2006.

Pourquoi le risque d’un krach boursier est important ?

Personne ne sait prévoir les krachs financiers. Même les modèles économétriques qui brassent des milliers d’équations (MCM, Interlink, Compac, etc.) n’ont pas vu venir la crise des Subprimes. Ceci ne signifie nullement qu’ils sont inutiles. Ils ont pu éviter des dizaines d’autres erreurs. Mais on ne gagne pas à tous les coups. Cependant, une première indication analytique de l’approche d’un krach serait la différence de comportement entre l’économie réelle et la sphère financière. Il y a toujours des différences en termes de performances et de comportements ; mais lorsque le décalage devient grand, on risque un éclatement d’une grande bulle sous une condition : lorsque les indices financiers sont beaucoup plus optimistes que les résultats de l’économie réelle. C’est absolument ce qu’on est en train de constater aujourd’hui. L’économie réelle, c’est la production de biens et de servies.

Ce sont les agents économiques qui transforment l’acier, le pétrole, les produits agricoles et autres pour nous proposer des réfrigérateurs, du pain, des véhicules, etc. Les services constituent la part du lion de l’économie réelle dans le monde contemporain : les voyages, l’hôtellerie, la santé, l’éducation, les divertissements, etc. L’économie financière est constituée de banques, de sociétés d’assurances, mais surtout de nos jours de structures d’investissements, de spéculation, etc. Aujourd’hui, les places boursières sont euphoriques. Les effets financiers sont en train de se vendre de plus en plus chers. L’optimisme bat son plein. Le CAC 40 (indice de la Bourse de Paris) a atteint les 4828 points, le Dow Jones frôle les 2000 points, le Nasdaq 5471, etc. Ces niveaux semblaient peu probables il y a quelques semaines seulement. La finance est en train de s’emballer.

Les investisseurs financiers deviennent de plus en plus optimistes et essayent de convaincre d’autres d’être plus imprévoyants qu’eux. Normalement, dans une saine économie, ces effets financiers doivent avoir leurs contreparties dans l’économie réelle. Quand on achète une action, cette somme serait utilisée par une entreprise pour acheter avec de l’acier, du bois, du gaz ou autres pour les transformer en biens ou services. Or, de nos jours, cette même action va servir à créer d’autres effets financiers sans lien avec l’économie réelle. On combine également les produits financiers pour vous vendre également des effets financiers qui défient l’intelligence humaine. Lors des enquêtes durant la crise des Subprimes, beaucoup de spécialistes en investissement ne savaient pas ce qu’ils avaient acheté. Que signifie acquérir un effet financier dont 1% serait l’indice boursier de Hong Kong, 2% serait lié à la valeur de l’action Général Electric, 3% indexé sur le cours du Cobalt, etc ?

L’économie réelle ne suit pas

Mais alors, quel est le problème ? Les spécialistes en finance sont optimistes, et puis après ? L’économie financière est en train de devenir plus importante et plus puissante que l’économie réelle. Les bénéfices tirés par les investisseurs de la sphère financière sont pratiquement égaux à ceux tirés de la sphère réelle aux USA. Les deux mondes deviennent de plus en plus autonomes. La croissance de la sphère financière est telle que l’économie réelle devient de plus en plus relativement réduite. L’économie réelle ne s’est pas encore totalement remise de la crise des Subprimes. Les acteurs ne sont pas aussi optimistes que ceux de l’économie financière. Les prévisions économiques sont trop timides. La croissance mondiale serait de 3,1 en 2016 et 3,4 en 2017.

Celle des pays développés, où se forment les bulles financières, de 1,6% en 2016 alors qu’en 2015 elle était de 2,1%. Même la Chine connaît un sérieux ralentissement : 6,9% en 2016 contre 6,1% en 2017. On est loin des chiffres d’avant crise lorsque la croissance mondiale était de 5,1% et celle de la Chine à 11,3%. L’écart entre les deux économies devient de plus en plus divergent. La réforme du système financier est trop timide et trop lente à se matérialiser, de l’avis de la vaste majorité des experts financiers. En fait, la finance danse plus rapidement que la musique. Les prix des effets financiers ne peuvent croître indéfiniment si les profits de l’économie réelle ne suivent pas. La croissance mondiale actuelle et future ne peut pas se permettre de rémunérer adéquatement de tels accroissements. Alors on aura un des trois scénarios possibles. Le premier et le moins probable est celui d’un emballement de la croissance économique réelle suite à l’optimisme démesuré de la sphère financière. Tous les indicateurs montrent que nous ne sommes plus dans cette perspective. Alors, il nous reste les deux autres : un dégonflement progressif ou un krach à moyen terme.

Le dégonflement progressif consiste en un recul graduel des indices, puis une croissance beaucoup plus lente, plus compatible avec l’économie réelle. Il y a déjà un début d’amorce en ce sens. Mais on ne sait pas si le processus va continuer. Il est fort probable que l’on aille vers ce scénario. Sinon, nous entrerons dans un autre krach boursier alors que l’économie est encore convalescente. On n’a pas encore arrêté de la soutenir avec des politiques monétaires accommodantes et des multiples mesures structurelles. Le choc aura donc un effet plus dévastateur que celui de 2006. Souhaitons qu’on ira vers le second scénario car nous n’avons pas besoin d’un autre malheur.

Abdelhak Lamiri
 
 
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