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Management : que pouvons-nous tirer de la coopétition ?

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le 17.04.17 | 12h00 Réagissez


Il y a parfois des concepts qui semblent ésotériques, sont avancés par des spécialistes pour impressionner une audience, et paraître fins connaisseurs d’une discipline. Parlez de Lean management, de Kanban, de MBO et autres concepts et vous finirez par paraître un expert de haut niveau en management. Mais lorsqu’on donne un contenu pratique à ces concepts, qu’on identifie leurs hypothèses de travail, il y a des choses à en tirer pour nos entreprises. Pour certains, il faut toujours mettre en place les conditions de transfert et d’exécution de ces pratiques managériales.

Parfois, un diagnostic profond de l’entreprise en question permet d’arriver à la conclusion qu’en l’état actuel l’entreprise n’est pas préparée à utiliser de telles techniques. Il faut alors hisser ses performances managériales, mettre à niveau ses pratiques pour tirer profit des meilleures expériences internationales.

Mais le concept de coopétition recèle des contenus pratiques, dont la plupart des entreprises algériennes peuvent tirer avantage. Le mot est un condensé de deux concepts. Le premier est le diminutif de coopération. Le second fait allusion à la compétition.
Ce qui signifie en clair la coopération entre des entreprises compétitives. Intuitivement, on considérerait qu’il n’y a pas lieu de coopérer avec une entreprise compétitive. Après tout, elle cherche à nous prendre nos clients, notre marché et donc nous mettre dans une situation périlleuse. Nous sommes dans un champ de bataille et il faut donc coûte que coûte se défaire de l’adversaire. Mais les meilleures entreprises mondiales ne réfléchissent pas ainsi. Nous constatons que la collaboration des entreprises s’approfondit chaque jour. Même les petites et moyennes entreprises cherchent les voies et les moyens de travailler ensemble, même si elles convoitent les mêmes marchés.

La Coopétition, un concept avec un lourd contenu

Certaines de nos entreprises peuvent tirer beaucoup de bénéfices de la coopération/compétition concept. Beaucoup de managers ont entendu parler et connaissent le concept. Il n’y a que l’inertie et notre culture managériale qui freinent leurs ardeurs à en faire usage. L’idée est tout simplement de coopérer au maximum entre entreprises compétitives tant que les projets avancés ensemble font gagner les deux parties. C’est-à-dire que les deux entreprises sont en compétition pour prendre des parts de marché, mais peuvent développer ensemble des projets pour réduire les coûts ou innover ou autre.

Prenons un exemple. Fiat et General Motors sont deux entreprises géantes de l’automobile. Elles sont concurrentes partout dans le monde. Mais avant l’ouverture des négociations pour approfondir leur partenariat, les deux entreprises ont développé une collaboration soutenue. En vertu d’un accord, chacune pouvait utiliser les circuits de distribution de l’autre. Ainsi, Fiat peut distribuer ses véhicules aux USA à travers les concessionnaires de General Motors. A L’inverse, GM peut développer sa marque en Europe en utilisant les installations de Fiat. Cet accord a permis à ces deux géants d’économiser des investissements de milliards de dollars en circuits de distribution.

Par la suite, les deux entreprises ont pris des participations croisées dans le capital l’une de l’autre. Il y a un nombre incalculable de pratiques de coopétition qui s’établissent dans le monde. L’exemple le plus connu en Europe fut la collaboration entre Renault, Peugeot et Volvo pour le développement d’une filiale d’amélioration des moteurs. Mais les gens diraient : mais nous avons affaire à des grandes entreprises ici.

La plupart des entreprises algériennes n’ont pas atteint la taille critique pour aller en ce sens. Ce sont surtout des PME/PMI en pleine mutation. Mais la coopération entre PME/PMI compétitives dans le monde se développe fortement depuis des décennies. Ces entreprises montent ensemble des centrales d’achat, des coopératives de distribution, des projets d’innovation, des opérations d’exportation, des créations d’entité indispensables (intelligence économique, qualité, gestion des risques, etc.). La liste des possibilités de collaboration est longue et peut difficilement être décrite dans les détails.

Conséquences sur les performances

La culture managériale de nos entités économiques et même administratives est en grand décalage avec les pratiques modernes. Ce n’est pas parce que ces méthodes sont d’ailleurs qu’elles doivent être reproduites au plus vite. Le problème pour nous est qu’elles sont efficaces et donnent un avantage compétitif à ces entreprises, grandes et petites.
Pour les managers internationaux, une entreprise compétitive est un adversaire à battre (tout comme au niveau des compétitions sportives). Dans les pays du Tiers-Monde, on les considère comme des ennemis à abattre. Par conséquent, on ne coopère pas avec l’ennemi, ce serait une haute trahison.

La collaboration concerne également le transfert des meilleures pratiques. Des centaines de milliers de PME/PMI dans le monde se sont regroupées en associations de Benchmarking.
En vertu des statuts de ces associations, les entreprises ont le droit de visiter et de transférer les meilleures pratiques managériales. Une entreprise peut aller chez une autre qui gère mieux le recouvrement des créances pour s’inspirer de ses pratiques et cette dernière peut s’inspirer du modèle de gestion des ressources humaines de la première qui est meilleure. Toutes les deux s’améliorent.
   On ne peut pas être plus compétitif qu’un tissu d’entreprises qui s’améliorent en collaborant. Demeurer à l’écart n’est pas la solution. Les représentants des entreprises sont interpellés. Les associations patronales, les Chambres de commerce et les diverses instances communes doivent initier des actions en ce sens.

C’est leur rôle que de montrer la voie aux membres pour s’améliorer. On peut commencer par des entreprises volontaires et élargir le cercle à d’autres au fur et à mesure que l’opération mûrit. Nous sommes en train de perdre du terrain en termes de pratiques managériales. Beaucoup de problèmes trouveraient leur solution par le biais d’une meilleure collaboration entre entités productives.
Les paysans gagneraient à créer des centrales d’achat, des coopératives de distribution qui récupéreraient les marges que les spéculateurs d’aujourd’hui accaparent.
La coopétition ne va pas régler tous les problèmes managériaux dont nous souffrons, mais elle nous permettra de faire un gigantesque pas en avant aussi bien pour les entreprises privées que publi-
ques.                                  A. L.
Ph-D en sciences de gestion

Abdelhak Lamiri
 
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