Chroniques Repères éco
 

Management des entreprises publiques : entre efficience et jeu de Monopoly

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte

le 27.02.17 | 12h00 Réagissez


Le management des entreprises publiques a fait l’objet de nombreuses investigations et controverses. Nous en connaissons beaucoup aujourd’hui sur le sujet. Pourtant, beaucoup d’analystes continuent à livrer leurs opinions personnelles en faisant fi des connaissances et des expériences de l’humanité. Dans beaucoup de pays, les pratiques continuent d’être malsaines alors que nous disposons d’une riche expérience dans ce domaine. Toute une branche de la science économique (Public Choice) est consacrée à la problématique des entreprises et autres institutions publiques. Les méthodes de management de ce secteur peuvent permettre de promouvoir des entreprises publiques de classe mondiale ou des entités qui vivent des subventions publiques, affaiblissant ainsi l’économie nationale et contribuant à la réduction du niveau de vie des citoyens.

La grosse différence entre l’entreprise publique et privée réside dans le contrôle et la sanction. Les patrons privés inefficaces sont sanctionnés par le marché et leurs bilans. Un mauvais management se traduit par une réduction du stock de richesse du propriétaire. Il y a une sanction réelle. Le patron a donc intérêt à tout mettre en œuvre pour réussir. Parfois, malheureusement, il ira jusqu’à faire des choses illégales, d’où la nécessité d’un suivi efficace par les pouvoirs publics. Mais dans une entreprise publique, le plus souvent, ceux qui décident sont très peu sanctionnés. La sanction est virtuelle. Les gens décident, font semblant d’être actionnaires, membres du conseil d’administration, décideurs, etc. Mais en fait, au fond d’eux-mêmes ils savent qu’ils sont surtout en train de jouer à un jeu politique, sorte de jeu de Monopoly. C’est ce qui se passe dans une économie qui ne maîtrise pas le secteur public. Il se transforme en un vaste jeu de Monopoly où tout le monde fait semblant de gérer, d’évaluer les managers, les changer, les promouvoir, tout en sachant que ce sont surtout d’autres mécanismes qui sont en jeu : alliances, intérêts personnels, considérations politiques. Un secteur public malsain devient un parasite économique.

Distinguer le bon grain de L’ivraie

Tous les secteurs publics dans le monde ne se valent pas. Il y en a de super efficaces, comme le cas chinois où les entreprises publiques développent des stratégies pour conquérir des marchés internationaux et améliorent considérablement les performances managériales et technologiques. Mais dans beaucoup de pays du tiers-monde, les entreprises publiques sont dans un délabrement total. Elles sont uniquement un outil politique de distribution de la rente et leur survie ne dépend que des marchés publics et des subventions du Trésor. Entre ces deux extrêmes, il y a tout un continuum. Mais dès lors qu’il y a une réelle volonté politique de disposer d’un secteur public de classe mondiale, quels mécanismes sont à mettre en œuvre pour améliorer ses performances ? Il ne faut point blâmer les ressources humaines qui constituent l’encadrement ou l’exécution de ces entreprises. Ils sont plus victimes que coupables de mécanismes qui ne peuvent qu’aboutir au niveau où en est ce secteur. Ils vivent une grande situation d’incertitude, de précarité, de flou et parfois même de mise en danger (incarcération). Il n’est pas surprenant qu’ils orientent toutes leurs actions vers la prudence, la conformité et le court terme au lieu d’une focalisation sur la stratégie et les performances.

Je prendrai uniquement quelques paramètres d’analyse vu la complexité du sujet. Dans le détail, il y a une multitude de paramètres à considérer. Le premier concerne le mode de choix des managers. Le premier dirigeant a toujours un rôle majeur dans les choix de l’entreprise, même si le gestionnaire efficace est celui qui sait s’entourer de gens plus compétents que lui, développe et utilise l’intelligence de toutes les ressources humaines disponibles. C’est en étant modeste, en écoutant toutes les ressources à différents niveaux, en plus de les développer qu’on arrive à bâtir une grande organisation. Il n’y pas une inflation de managers performants, surtout dans des pays qui cultivent l’arrogance et la culture intuitive. Cette dernière consiste à considérer toute idée qu’on a en tête comme une vérité céleste au lieu de chercher des pistes de solution dans les connaissances scientifiques et les expériences de l’humanité. Alors, le seul moyen de s’assurer qu’on choisit les bons gestionnaires serait de développer un marché des managers et les payer à leur juste valeur. On ne peut sous-payer les gestionnaires et prétendre qu’ils vont hisser leurs performances au niveau des entreprises mondiales. Il est nécessaire d’introduire le maximum de transparence : que les élus et les simples citoyens disposent d’informations sur les salaires, les primes et les résultats dégagés par chaque manager d’entreprise publique. Sans cette transparence, les gestionnaires seront choisis, promus, rémunérés ou remerciés en fonction de considérations autres que la performance.

La faillite, mécanisme de base de l’efficacité

Les pays qui disposent d’un secteur public efficace (la Chine) ont des politiques managériales très rationnelles dans ce domaine. Ils commencent par identifier quelques entreprises stratégiques qu’on ne peut s’offrir le luxe de laisser partir en faillite (pétrole, électricité, services publics, etc.). Pour tout le reste, dès qu’une entreprise atteint le seuil légal de la faillite, l’entreprise est immédiatement mise en liquidation. Ainsi, les entreprises publiques efficaces et les administrations nationales, régionales et locales ont la capacité de créer des entreprises publiques. Les meilleures deviennent des firmes internationales. Les mauvaises sont liquidées sans tergiversation. Bien sûr que les équipements et les ressources humaines sont récupérés pour créer d’autres entreprises, car lorsqu’une entreprise part en faillite, des dizaines d’autres naissent à partir de ses outils de production et de son personnel. Mais de nombreux pays gardent la plupart de leurs entreprises, quel que soit le résultat dégagé.

Il y a toujours une énième restructuration qui pourrait les sauver et on y consacre d’énormes ressources qui auraient pu être utilisées pour créer de nouvelles entreprises avec de nouvelles cultures plus performantes.
On a besoin également d’introduire un minimum de participation privée dans ces entreprises, tout en renforçant les prérogatives de ces actionnaires : ils ont le droit à une transparence totale, en plus d’ester en justice si des décisions contraires aux intérêts de l’entreprise sont prises. Il y a d’autres paramètres et mécanismes de management des entreprises publiques qui rehaussent leur niveau de performance. Je n’en ai abordé que deux : la faillite et les participations privées renforcées. Cependant, un marché performant de managers est également un facteur-clé de succès. Les choix politico-administratifs induisent toujours des contre-performances. Des managers professionnels et un niveau de décentralisation élevé qui développe des entreprises apprenantes demeurent une condition sine qua none de bonne performance.
 

Abdelhak Lamiri
 
le dessin du jour
LE HIC MAZ

Mes infographies

El Watan Magazine

impact journalism days

 

Indépendance Algérie

 

El Watan Etudiant

Vidéo

Constantine : Hommage à Amira Merabet

Constantine : Hommage à Amira Merabet
Chroniques
Point zéro Repères éco

Suivre El Watan

FacebookFacebook       TwitterTwitter
Télévision
Télérama       Télé Alger TV Algérie