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Les cycles politico-économiques : mécanismes et leçons

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le 23.10.17 | 12h00 Réagissez


Les chercheurs en sciences humaines essayent toujours d’expliquer des phénomènes réels qui se déroulent devant leurs yeux et pour les lesquels on n’a pas suffisamment de recul. Se déploie alors toute une méthodologie pour donner une signification à ce qui semble avoir peu de sens.

C’est à partir de l’observation que l’économiste américain, William Nordhauss, a été le premier à élucider un phénomène économico-politique qui se déroule à la veille de la plupart des élections en Europe et en Amérique du Nord. Auparavant, Nordhauss était surtout connu pour sa collaboration avec Paul Samuelson (prix Nobel d’économie) pour sa rédaction d’un Texbook d’économie des plus utilisés dans le monde (economics). Fervent partisan de la branche Public Choice Theory, Nordhauss faisait souvent irruption dans les champs politiques, comme en témoignent ses travaux sur le réchauffement climatique pour lequel il préconise une taxe carbone au sein de tous les pays développés.

Nordhauss avait remarqué dans les statistiques de la vaste majorité des pays que les dépenses publiques se gonflent à la veille des élections. Cette observation est quasi généralisée. On peut toujours trouver des exceptions, mais elles sont plutôt rares. Nixon, Bill Clinton, Jacques Chirac et autres ont essayé de manipuler l’instrument budgétaire pour se faire réélire. Les pays du Tiers-Monde ne se sont pas privés. Il n’est donc pas étonnant qu’ à une année avant les élections, les politiciens dépensent plus que nécessaire pour montrer à leurs citoyens que la situation économique s’améliore et qu’il faut continuer à croire en un avenir meilleur pour les prochaines années. De ce point de vue-là, il n’y a pas de différence entre les pays développés et ceux en voie de développement. La situation est pratiquement la même. Parfois, ces dépenses ne sont pas inutiles. Elles peuvent booster une économie en léthargie. Cependant, il faut un minimum de précautions pour ne pas perdre le contrôle de la situation.

Mécanismes du court et du moyen termes

Les politiciens ont parfois de bons conseillers en économie. Ils leur expliquent en termes simples les modes de fonctionnement d’une économie normale. Ce que les économistes ont mis beaucoup de temps à comprendre est aujourd’hui codé et simplifié pour les politiciens. Il a fallu beaucoup d’études sur le comportement des institutions pour comprendre comment se forment les anticipations et les prix au niveau de la réalité. Quand on la comprend, on peut alors en utiliser les mécanismes et les aboutissements des décisions. Les économistes ont compris les conséquences de ces choix et les délais des différentes actions, même si ces derniers sont très approximatifs.

Lorsque l’Etat dépense pour créer des infrastructures et en exagère le montant, en premier lieu et avant toute chose, ce sont les conséquences favorables qui interviennent. Au début, le chômage baisse, la production nationale s’améliore et on commence à constater qu’il y a un meilleur bien-être au niveau national. Le climat des affaires et la confiance des consommateurs et des investisseurs et au beau fixe. La trajectoire économique semble parfaitement maîtrisée. Les citoyens vont donc penser que l’Etat maîtrise la situation et mérite leur confiance. La plupart iront voter pour le candidat au pouvoir.
Si les avantages arrivent en premier, les inconvénients vont arriver en second lieu. Disons qu’en moyenne, ces premières conséquences (boom économique) surviennent entre six mois et une année et demie après que l’Etat eut injecté des ressources supplémentaires. La fête dure donc entre six et dix-huit mois.

Après cette période, par des séries de mécanismes (que nous ne pouvons détailler ici vu leur nombre et leur complexité), les prix vont s’ajuster à la hausse, créant une inflation incontrôlée. L’Etat ne pourra l’éradiquer que s’il diminue ses dépenses ou s’il laisse l’inflation ravager l’économie. La production nationale va chuter et le chômage se développer. Entre-temps, l’équipe gouvernementale a été élue. L’objectif est atteint. La récession (baisse de la production nationale) va aligner la production nationale à un niveau plus bas que celui avant la crise. La production supplémentaire gagnée va être perdue. C’est ce phénomène qu’on appelle les cycles économico-politiques : l’économie est déstabilisée pour des raisons politiques.
Les outils et le volume des dépenses

Augmenter les dépenses publiques à la veille d’élections n’est pas l’apanage des pays en voie de développement. Beaucoup de pays industrialisés le font. Lorsque le pouvoir exécutif dispose de la majorité parlementaire, c’est encore plus facile pour le réaliser. Seulement, il y a le dosage. Lorsqu’on gonfle les dépenses publiques de moins de 20% par exemple, pour de nombreux pays, on peut avoir des conséquences supportables et gérables par la suite. Mais lorsqu’on procède comme le Zimbabwe au début des années 2000 à des augmentations de plus de un million pour cent, on détruit carrément les fabriques de l’économie nationale et on grippe les instruments capables de corriger le dérapage en un laps de temps raisonnable. Il faut alors infliger à la population de terribles souffrances avant de pouvoir remettre l’économie sur rail. Les deux années de «bonheur» vont être payées par une dizaine d’années de supplices.
Mais il y a une autre erreur que font les dirigeants du Tiers-Monde. Ils copient les politiques macroéconomiques des pays développés sans s’interroger sur ce qui est transférable et ce qui ne l’est pas. Ils vont alors faire les mêmes ciblages que les nations industrialisées. Ces dernières vont surtout moderniser les infrastructures avec des dépenses supplémentaires.

Ce serait une grossière erreur de la part de nombreux décideurs du Tiers-Monde, qui pensent que les mêmes mécanismes sont en opération de la même manière dans les deux économies. Pourtant, beaucoup de recherches ont situé les différences et montré que les priorités ne doivent pas être les mêmes. D’accord ! On peut jouer nous aussi un peu sur les cycles politico-économiques, mais orientons nos dépenses autrement et ils auront de bien meilleurs effets. Premièrement, le dosage doit être raisonnable. En second lieu, il faut les orienter vers les champs qui feront la différence et permettre à l’économie nationale de fonctionner d’une manière plus efficace. Les diriger vers les industries du savoir, la recherche et le développement, l’amélioration des qualifications humaines en grande partie, et en second lieu vers le développement de l’entrepreneurship et la densification du tissu de PME/PMI et des grandes entreprises qui réussissent serait une bien meilleure option. Mais le danger est grand de faire des infrastructures et des entreprises déstructurées la priorité des dépenses publiques. Le boom serait minime et les conséquences désastreuses qui viennent par la suite seraient amplifiées.



 

Abdelhak Lamiri
 
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