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Le défi de l’amélioration des performances

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le 16.01.17 | 10h00 Réagissez


Ces dernières semaines, de nombreux analystes focalisaient leur attention sur un phénomène qui inquiète : la faiblesse des performances de l’économie comparativement aux ressources mobilisées, puis injectées par les pouvoirs publics dans le circuit économique. Petit à petit, on commence à aller vers l’essentiel.

Depuis de nombreuses décennies, la préoccupation des décideurs et des citoyens a toujours été comment mobiliser les ressources pour financer l’économie. Tour à tour, on a engagé des moyens tirés des hydrocarbures ou de l’endettement international pour financer les dépenses de fonctionnement, de l’équipement et l’économie productive. On tente également d’y intégrer le secteur informel qui brasse des sommes colossales en mettant en place les dispositifs les plus appropriés.

On songe, à juste titre, d’introduire au sein de toutes les banques publiques des produits de la finance islamique, ce qui serait une excellente initiative. Il faut donner le choix aux citoyens de choisir les produits qui leur conviennent. En plus, cette initiative drainera certainement d’importantes ressources pour le développement.

Mais la plupart des analystes et des décideurs étaient focalisés sur une problématique erronée. La question posée n’est pas la bonne. Comment mobiliser les ressources pour financer le développement est une question marginale, secondaire. Elle devrait être loin de constituer l’essentiel des efforts de l’Etat. Autrement dit, elle n’est pas une priorité. La véritable question vitale est la suivante : comment rendre l’économie efficace ? Autrement dit, que doit-on faire pour que chaque dinar injecté dans l’économie produise deux à trois dinars de biens et de services ? Si on arrive à rendre l’économie efficacement productive, la question de la mobilisation des ressources deviendrait secondaire. Nous allons expliciter les mécanismes en relation avec cette situation. Un pays polarisé sur la mobilisation des ressources finirait, sur le long terme, en déliquescence économique. Celui qui saura prioriser l’efficacité finira par gagner la bataille de la mondialisation.


Les expériences internationales, en bref

Il faut savoir lire les expériences internationales pour éviter de reproduire les erreurs du passé. De surcroît, on pourrait également identifier les causes des réussites et reproduire ce qui est transférable. Les experts de la Corée du Sud, au début des années soixante, étaient confrontés à un tel dilemme. Mais ils ont commencé par résoudre l’équation de l’efficacité. Ils ont d’abord priorisé l’efficacité économique. Ils se sont posé la question suivante : comment rendre nos entreprises, nos administrations, nos universités, nos écoles, nos hôpitaux, etc. efficaces ? Quelle ligne de conduite choisir afin d’enraciner des pratiques managériales de classe mondiale ? C’était la priorité.

Leur choix les conduit à faire évoluer d’abord sensiblement leurs pratiques managériales au sein de tout programme retenu. Mais à la question secondaire : où allons-nous trouver les ressources ? La réponse fut claire : nous n’en n’avons pas. Il faut alors surtout financer leur vision grandiose par l’endettement international. L’aide américaine était insignifiante. Ainsi, chaque dollar emprunté produira quatre à cinq dollars de biens et de services dont plus de la moitié fut exportée pour payer la dette et continuer le processus de développement. Les ex-pays de l’Est ont fait le raisonnement tout à fait inverse. La priorité de la planification centralisée fut surtout de mobiliser le maximum de ressources. Ces pays sont dotés de ressources abondantes (terres fertiles, eaux, minerais, etc.) alors que la Corée du Sud est un des pays les plus démunis en ressources naturelles.

Ces pays mobilisaient chaque années de plus en plus de ressources : nouvelles terres, mines, incorporation de la presque totalité des femmes dans le circuit de l’emploi, etc. Au début, tant qu’il était possible de mobiliser plus de ressources, la croissance économique semblait impressionnante. C’était l’ère où Kroutchev promettait que le système socialiste enterrerait le capitalisme par sa croissance. Mais même tronquées, les statistiques prodiguées laissent entrevoir une énorme faille : quand on mobilise l’équivalent de deux dollars en ressources, l’économie n’en produit qu’un dollar de biens et services avec. Lorsque le volume de ressources injecté est important, on a une forte croissance, mais lorsqu’il chute, alors la croissance s’arrête et devient même négative. Ce fut l’une des causes les plus importantes de la chute du bloc de l’Est : son incapacité à créer de la richesse à partir de très peu de ressources. Le reliquat positif du système fut le développement humain créé, mais non utilisé sur lequel capitalisèrent les dirigeants pour accélérer la transition économique.

L’illusion d’optique économique

Nous étions dans la même situation durant l’ère de la planification centralisée en Algérie. Les études économétriques montraient toutes que l’Algérie subissait le même phénomène : des ressources importantes éjectées produisent peu de résultats. On injectait 45% du PIB pour avoir 7% de croissance. La Corée du Sud arrive à 7,5% de croissance avec 18% d’investissements seulement. Nous ne voulons pas alourdir le thème avec les statistiques sur la productivité marginale des facteurs qui pointait vers la même direction : continuer à injecter indéfiniment et massivement des ressources ou aller vers deux options : une stagnation ou un changement radical de politiques économiques qui permettrait de révolutionner les pratiques managériales. Mais les analystes dans notre pays comparent rarement les ressources injectées et les résultats obtenus.

On est uniquement polarisé sur l’output, la production au détriment des ressources mobilisées. Si les recettes pétrolières étaient restées à 140 dollars et les plans de relance avaient continué à déverser 24% du PIB hors hydrocarbures dans l’économie, beaucoup de nos économistes auraient continué à applaudir les 6% de croissance économique (obtenue par des pays émergents sans plan de relance). La prise de conscience du problème serait déjà un début du processus de solution. Jusqu’à présent, le problème était minimisé. On croyait que c’était un processus d’apprentissage normal. Les entreprises finiraient bien par apprendre à rationaliser l’utilisation de leurs ressources avec le temps. Après tout, beaucoup de gens croient au fameux adage «Learning by Doing» (apprendre par la pratique).

Sauf que pour celui qui maîtrise les mécanismes de la formation et des mutations des cultures d’entreprises, il saura que nous avons là un non-sens. Plus on habitue une entreprise à des situations de protection, de laxisme et de gaspillage, plus elle intègre ces dimensions dans son mode de fonctionnement qui ira enraciner une culture d’irresponsabilité. Nous avons moins de 1% d’entreprises de classe mondiale. Entre 5 à 10% d’entreprises sont à mettre à niveau avec une rigueur méthodologique appropriée. Le reste, ainsi que les institutions non économiques sont carrément à redresser vu l’état de leurs pratiques managériales. C’est là où il faut mettre beaucoup de ressources avant de songer à créer les conditions d’émergence. La priorité est donc comment rendre les entreprises et institutions efficaces et non comment mobiliser des ressources pour enclencher par miracle un développement salutaire. Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Et pourtant, c’est ce qu’on fait depuis des décennies !
 

Abdelhak Lamiri
 
 
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