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La politique économique des années quatre-vingts

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le 05.06.17 | 12h00 Réagissez


Le but de cette courte étude est de contribuer à une analyse des idées des années quatre-vingt. A l’époque, il était tout à fait admissible qu’une nouvelle équipe politique veuille laisser son empreinte sur le paysage économique et politique du pays. Mais il est à espérer que les rectificatifs soient efficaces et concertés.

Or, les débats autour des réformes à mener étaient réservés à des élites trop restreintes. Les recommandations n’étaient pas forcément en concordance avec les diagnostics établis. En termes d’impact de l’environnement économique international sur notre économie, cette période connut des cycles opposés à la première. L’ère de l’industrialisation avait débuté par la disponibilité de peu de ressources pour le développement.

Ce n’est qu’en 1973-74 que les prix pétroliers se sont améliorés, donnant plus de latitude aux dirigeants de l’époque pour financer un développement industriel effréné. Les nouveaux dirigeants avaient bénéficié en 1982-83 d’un quadruplement des prix pétroliers couplés avec un dollar fort qui s’était amélioré de plus de 80% par rapport au franc français. Les dirigeants avaient donc les ressources qu’il fallait pour mener à bien leur politique. Par la suite, en 1986, on avait assisté à un effondrement des prix pétroliers sur les marchés internationaux, entraînant une grave crise de l’endettement externe à court terme.

Le diagnostic  

Les nouveaux dirigeants issus de l’ère post- Boumediène allaient remettre en cause les fondements même du système économique, dont ils gardent cependant certains aspects. Leur diagnostic s’articule sur les points suivants :

1. Le schéma de planification était trop rigide, hyper-centralisé et hyper-bureaucratisé
2. Le niveau d’investissement était exagérément élevé au détriment de la consommation
3. Il y a un surinvestissement dans l’industrie. Les équipements socio-collectifs et l’agriculture étaient faiblement dotés de ressources de développement
4. Les entreprises étaient sous-gérées et gaspillaient d’énormes ressources
5. Les tailles des entreprises étaient considérées comme anormalement gigantesques par rapport aux capacités managériales du pays
6. L’exclusion du secteur privé et de la PME/PMI des politiques publiques était décriée par les décideurs de l’époque
7. Le schéma trop autarcique choisi ne convenait pas aux dirigeants de l’époque qui réclamaient une plus grande ouverture sur l’économie mondiale

8. La remise en cause de l’effet d’endettement : trop de ressources tirées de l’endettement sont investies dans une industrialisation qui peine à produire les résultats escomptés.

Les éléments du diagnostic étaient confinés dans des rapports officiels. Les premiers éléments de diagnostic semblaient pertinents et allaient dans le même sens que ceux de nombreux économistes libéraux (sauf la question de la taille des entreprises). Cependant, les responsables de l’époque n’avaient jamais remis en cause officiellement l’option socialiste. Profitant des débuts de réformes des ex-pays de l’Est, notamment en Hongrie, les décideurs parlaient surtout de réorientation.

De nombreux projets de grande envergure furent abandonnés, dont le pôle sidérurgique qui devait être inauguré à Jijel. Selon les calculs des économistes de l’époque, si l’industrialisation n’avait pas été stoppée, la dette de l’Algérie durant les années quatre-vingt-dix aurait été de 75 milliards de dollars, plus du double de son niveau à ce moment-là. En fait, il est difficile d’en faire une estimation correcte, puisque le niveau d’endettement est tributaire de nombreux autres choix, notamment ceux faits par cette même équipe après l’effondrement des prix pétroliers en 1986.

Cependant, la spirale de l’endettement serait arrivée à des niveaux intolérables, vu les faibles performances des entreprises qui n’étaient pas en train de s’améliorer et ne pouvaient que rester à des niveaux de productivité insuffisants.
Les décisions phares

- Il fallait réduire l’investissement dans l’industrie pour orienter plus de ressources vers l’agriculture et les projets socio-économiques : logements, routes, équipements de transport

- Un autre arbitrage fut réalisé. Il fallait améliorer la consommation qui était considérée trop basse par rapport aux besoins, aux attentes et aux possibilités du pays à cette époque. On lança alors le fameux PAP (programme antipénurie). Le taux d’investissement chute de 45 à 35% du PIB dès les premières années

- La planification centralisée continuait d’être l’instrument essentiel de gestion économique. Mais on accorde de plus en plus d’importance au PME/PMI privées, dont le nombre officiels dépassait les 5000 durant cette période. De surcroît, des efforts d’ouverture et d’arrimage au reste du monde furent timidement entrepris

- Sur le plan macroéconomique, les grands monopoles publics furent éclatés en plusieurs entités publiques. Il s’agissait de rendre les entreprises «humainement gérables», CAD les subdiviser en entités plus petites. Cette «restructuration des entreprises» consistait à scinder les fonctions essentielles des firmes en entreprises plus petites spécialisées dans les études, l’approvisionnement, la production et la distribution. C’était le projet phare de cette ère qui voulait se différencier par rapport à l’industrie industrialisante en introduisant des mécanismes d’efficacité managériale. Ainsi, 90 grandes entreprises furent scindées en 450 plus petites qu’on espérait plus autonomes et plus efficaces

- Les plans annuels d’entreprises furent encouragés. Les prévisions des dépenses en dinars sont séparées des anticipations en devises. Le budget devise devait se substituer aux AGI (autorisations globales d’investissement) ;
- Assainissement financier des entreprises en difficulté. Les dettes vis-à-vis du Trésor furent transformées en fonds propres et les dettes bancaires rééchelonnées

- Les entreprises étaient autorisées à garder leurs amortissements et n’étaient pas contraintes de les verser au Trésor comme ce fut le cas auparavant

- Introduction de plus de souplesse dans le mode de fonctionnement économique : création d’un fonds de compensation pour subventionner les produits de première nécessité, autorisation d’une plus grande marge de manœuvre pour fixer les prix des produits non essentiels et plus d’encouragement du secteur privé
- Réduction de la taille des grandes coopératives et création des DAS (domaines agricoles socialistes), viabilisation de plus de terres agricoles cédées au privé et autorisation des domaines agricoles privés de grande taille en plus d’une mise à disposition de plus de crédits.

La restructuration organique a fait beaucoup de tort à notre appareil de production. Au moment où dans les pays occidentaux les entreprises internationales commençaient à fusionner pour devenir plus fortes et plus compétitives, nous avions commencé à déchiqueter nos entreprises. Pourtant quelques années auparavant, le fameux bureau d’études américain BCG (Boston Consulting Group) produisait son concept phare de courbe d’expérience et conseillait aux entreprises occidentales de fusionner pour être plus fortes. A ce même moment, des «théoriciens algériens» préconisaient tout à fait le contraire. Le temps et les résultats obtenus leur ont prouvé qu’ils avaient tort.

A. L.
PH. D en sciences de gestion

Abdelhak Lamiri
 
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