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La peur inconsidérée de l’inflation

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le 07.11.16 | 10h00 Réagissez

Une définition simple de l’inflation serait une hausse générale des prix. Si elle est mesurée correctement, une inflation de 10% signifie que l’on doit payer cette année 10% plus cher les produits et les services consommés par rapport à l’année passée.

C’est une moyenne, car certains prix grimpent et d’autres baissent, mais dans l’ensemble, la hausse l’emporte. Plusieurs raisons peuvent expliquer le phénomène mais sur les moyen et long termes l’inflation ne peut continuer que si la monnaie en circulation croit plus vite que la production de biens et services. Grosso modo, si le PIB s’améliore de 5% par an et la monnaie créée par le système financier (Banque centrale et banques commerciales) croit de 11%, nous aurons une inflation moyenne de 6% sur la période. Laissons de côté les multitudes de détails techniques sur le processus de création monétaire, les mécanismes de transmission, les délais et les anticipations que les économistes ne cessent d’analyser et mettre au goût du jour. Globalement l’inflation est donc une hausse moyenne des prix.
Mettons de côté un autre aspect lié au problème.

Nous ne parlons pas de ce qui est convenu d’appeler l’hyperinflation. Cette dernière serait une très forte inflation. Dans les années quatre-vingt-dix la Turquie connaissait des hausses de 120%. C’est-à-dire le prix du même produit va plus que doubler l’année prochaine. Mais cela n’est rien comparé à l’hyperinflation allemande des années vingt. Si un kilo de pomme de terre coûtait un deutschmark en 1913, son prix serait de 750 millions de marks en 1923. Mais cela demeure beaucoup moins que l’hyperinflation récente du Zimbabwe.

Selon les chiffres officiels le taux d’inflation serait de 231 millions pour cent par an. Mais selon des calculs indépendants, le taux réel serait proche de 80 milliards pour cent par mois. Le pays a émis un billet de banque de 100 000 milliards de dollars zimbabwéens. L’hyperinflation est dangereuse car elle met en danger les fondements socioéconomiques d’un pays. En 1923, beaucoup de paysans allemands refusaient d’être payés en marks. Lorsqu’on commande dans un restaurant, les clients payent à l’avance, car à la fin du repas les prix doublent. On ne peut pas planifier l’avenir d’une entreprise ou d’un secteur d’activité au sein d’un tel marasme.


Le spectre de l’inflation

L’hyperinflation allemande a terrorisé les politiciens et les décideurs économiques. L’Allemagne a dû prendre des mesures très drastiques qui avaient pavé le terrain aux nazis. Quand on lutte contre l’hyperinflation, on procède toujours de la même manière : raréfier la monnaie pour qu’elle prenne plus de valeur. Durant ce processus de lutte contre l’inflation, on crée une récession économique et beaucoup de chômage. C’est l’un des effets les plus néfastes de la lutte contre l’inflation. Pour l’éradiquer, on crée une baisse drastique de l’activité économique.

C’est la facette la plus sombre de l’existence de l’inflation à des niveaux élevés. On ne peut pas l’éradiquer sans créer du chômage et une baisse de la production nationale. C’est l’une des raisons essentielles qui a fait que les politiciens et les économistes abhorrent l’inflation. L’Allemagne n’a vaincu l’hyperinflation qu’au prix de terribles sacrifices. Les difficultés économiques avaient permis aux nazis de prendre le pouvoir. La suite on la connaît.

Ceci explique pourquoi les politiques économiques allemandes ont toujours privilégié la cible de la lutte contre l’inflation comme la priorité numéro une. Les relances de l’activité économique par des politiques d’expansion monétaire sont rares. Par la suite, il devenait plus difficile aux différents pays de lutter contre les récessions et le chômage. Considérez la grande dépression. La production américaine avait chuté de 45% en dix ans. Le pays allait s’effondrer. Il fallait créer beaucoup de monnaie et engager d’autres politiques volontaristes pour faire revenir l’économie à ses performances antérieures.

Or, les politiciens étaient terrorisés par la possibilité de l’hyperinflation. Le président américain de l’époque, Hoover, insistait sur l’équilibre budgétaire et la discipline monétaire, alors que le système s’effondrait. La peur de l’inflation était la préoccupation majeure du moment, alors que le problème de l’heure était ailleurs. La même chose se produisit durant la crise des subprimes à des degrés divers. Durant les premières années de la crise, alors que les USA menaient des politiques monétaires actives (mais pas au niveau nécessaire) l’Europe était beaucoup plus timide. Jean Trichet, alors gouverneur de la Banque européenne, insistait sur la discipline monétaire et les forces inflationnistes qu’il ne fallait pas lâcher. La crise des subprimes était née aux USA, mais les Européens ont payé un prix beaucoup plus fort pour s’en sortir. La peur de l’inflation en était le principal responsable.


Notre situation est spécifique

Nous avons vu qu’une peur exagérée de l’inflation conduit à des politiques économiques peu efficientes. L’histoire laisse des traces indélébiles dans les mémoires qui vont se répercuter inéluctablement sur les politiques économiques des pays. La conception des institutions et la définition de leurs missions s’en ressentent. La Banque centrale américaine est mandatée par ses statuts d’éviter l’inflation mais de lutter également contre le chômage. La Banque centrale européenne, inspirée des craintes allemandes, s’est vu fixer comme objectif surtout de lutter contre l’inflation. Ce n’est que récemment, après avoir payé un lourd tribut, que la BCE s’est mise à lâcher du lest. Elle commence à faire du «Quantitative Easing» et donc resserrer moins la contrainte monétaire et baisser plus les taux d’intérêt. Mais les Européens ont payé plus chèrement cette peur inconsidérée de l’inflation.

Mais la problématique d’une politique monétaire plus souple se pose différemment dans les pays en voie de développement. Il ne faut pas plaquer la situation des pays développés aux pays insuffisamment structurés.

En premier lieu, comme le stipulait Keynes, un peu d’inflation ne ferait que du bien dans un pays en récession et à chômage important. Cependant, si les politiques économiques du pays ne sont pas bonnes, même une croissance contrôlée de la monnaie ne fera que du mal. Dès lors qu’un pays consacre trop de ressources pour faire du social et du populisme, même peu de monnaie injectée ne va pas faire du bien à l’économie. Mais si la monnaie injectée va créer plus d’entreprises, améliorer les qualifications humaines, moderniser le management, on aura alors de meilleurs effets sur la croissance et l’emploi. Mais trop de monnaie injectée va être fatal pour une économie. Alors 2 ou 3% d’inflation pourrait être bénéfique à deux conditions. Premièrement, que l’économie fonctionne avec un haut degré d’efficacité : ressources humaines qualifiée, management des entreprises et des institutions publiques de classe mondiale, pas de populisme, etc.

Deuxièmement que ces nouvelles ressources aillent vers l’économie productive : créer des entreprises, booster l’innovation, la recherche et développement, etc. Mais lorsqu’une des deux conditions n’est pas satisfaite, alors même peu de  «Quantitative Easing» va causer plus de mal que de bien. Pour nous la leçon est simple : modernisons d’abord notre mode de fonctionnement économique et ce n’est qu’après qu’un coup de pouce de la Banque d’Algérie produira beaucoup plus de bien que de mal.


 

Abdelhak Lamiri
 
 
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