Chroniques Repères éco
 

Intégration féminine et développement économique

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte

le 23.01.17 | 10h00 Réagissez

Il y a deux manières de booster la croissance et le bien-être économique.

La première consiste à utiliser rationnellement les ressources déjà mobilisées pour les rendre plus productives. C’est le cas lorsque les entreprises, et donc les ressources humaines opérationnelles sont de plus en plus efficaces parce qu’elles travaillent plus, mieux et avec de meilleures technologies et organisations. Cela produit la croissance intensive qui provient des investissements, lesquels ont pour origine les profits des entreprises. Le deuxième axe consiste à mobiliser toujours plus de ressources, surtout humaines, pour jouir d’une forte croissance pendant de longues périodes. Les chiffres montrent que nous avons un réservoir important de ressources humaines qualifiées que l’on peut injecter dans le circuit économique pour créer plus d’activités et booster la croissance et le bien-être. Deux axes d’utilisation de ces ressources sont disponibles : la création d’entreprises et l’emploi productif.

Les ex-pays de l’Est ont connu des taux de croissance impressionnants durant les années cinquante et soixante, tout simplement parce qu’ils incorporaient de plus en plus de ressources dans le processus de production, notamment les femmes. La mobilisation féminine avait atteint des taux supérieurs à ceux des pays libéraux. La croissance économique de l’époque (entre 5 et 11%), dépendant des pays, s’expliquait en grande partie par l’incorporation de toujours plus de femmes dans l’économie.

On arrivait à la fin des années soixante-dix au plein emploi féminin. On ne pouvait pas incorporer autant que par le passé, ce qui explique -en partie- le début de la chute de la croissance économique et le déclin des ex-pays socialistes. Ils ne savaient pas créer de la richesse avec des ressources limitées. La problématique en Algérie recèle quelques similarités. Nous sommes en train d’améliorer péniblement nos capacités managériales pour booster la croissance. Mais en attendant d’avoir un management de classe mondiale, nous avons un gisement de ressources humaines qui peut dans l’intérim booster la croissance et le développement.

Situer le Problème de la mobilisation

Lorsqu’on parle d’emploi et d’entrepreneurship féminin, beaucoup de voix s’élèvent pour dire réglons le problème pour la gent masculine d’abord. Nous avons un problème de chômage pour toutes les catégories. Une nation ne s’est jamais développée en marginalisant ses ressources humaines féminines et en faisant fi de l’emploi et de l’entrepreneurship féminin. Les statistiques des pays émergents le montrent également. Il faut réussir les deux aspects pour prétendre à l’émergence : l’efficacité dans l’utilisation des moyens et la mobilisation des ressources humaines féminines. Dans le premier axe, les efforts consentis ne permettent que de faibles progrès pour le moment. Nous pouvons accélérer le développement surtout par l’incorporation de plus de femmes dans le domaine de l’emploi productif et à un degré moindre du développement de l’entrepreneurship féminin. Nous expliquerons pourquoi.

Le taux d’emploi féminin par rapport au total a évolué très faiblement. En 1962, on était à 5,2%, alors qu’en 2015, nous n’étions qu’à 17%. Des pays comme l’Allemagne ou les pays scandinaves sont arrivés à une parité hommes/femmes, c’est-à-dire 50% de participation féminine dans le marché du travail.

Ce taux est faible, surtout en comparaison du fait que nous avons atteint la parité dans le domaine de la formation, particulièrement en milieu urbain. Avec un potentiel de formation égal, la force de travail féminine est six fois moins sollicitée que le potentiel masculin. Les explications sont multiples et nos sociologues sont interpellés pour nous en fournir les multitudes de causes. On ne manquera pas d’évoquer les coutumes, les traditions, l’organisation du travail dans les entreprises, les administrations et le reste. C’est ce qui explique par exemple que le secteur public emploie en proportion deux fois plus de femmes que le secteur privé, et qu’en milieu urbain, le taux d’utilisation des ressources humaines féminines est beaucoup plus élevé qu’en milieu rural. Un autre problème se pose en termes d’utilisation efficace de ces ressources. Alors qu’au niveau de la scolarisation, il y aurait peu de différence en termes de taux de réussite (tout au plus, nous avons un léger avantage pour les femmes), au niveau de l’emploi, on trouve plus de deux fois le genre masculin au niveau des hauts cadres. L’encadrement des entreprises et des administrations comporte 1,5% de femmes et 2,9% d’hommes. Le taux de chômage homme au niveau national serait de 10,6% et celui des femmes de 17,1%. Au niveau des jeunes, la différence est encore plus criante. Le taux de chômage serait de 22,1% pour les hommes et 41,6% pour les femmes.


L’Entrepreneurship : Une Interprétation problématique

Dans le domaine de la création d’entreprises, les données ne peuvent être que difficiles à interpréter. Il y a des entreprises créées par des femmes qui sont comptabilisées simplement. Mais lorsqu’on a des créations mixtes ou au nom de quelqu’un d’autre (conjoint, frère, etc.), la situation est plus problématique. Les statistiques ne sont donc que des approximations.

En 2015, on recensait quelque  200 000 entreprises féminines, ce qui représente 17% du total des entreprises du pays. Pour certains, ce taux serait faible. Il l’est dans l’absolu. Mais il est équivalent à celui de la France et du Japon, pays dont la culture de création d’entreprises remonte à fort longtemps. Le taux de progression de 14% en matière de création d’entreprises est aussi appréciable. On serait tentés de créditer les différents programmes de financement public pour ces projets (Ansej, CNAC, etc.). Mais l’analyse des processus de financement montre tout autre chose.

Uniquement 1% des entreprises féminines sont financées par des crédits bancaires (comparé à 17% en France). La problématique d’utiliser au mieux les ressources humaines féminines se pose avec beaucoup d’acuité. Nous avons un petit secteur productif comparé au potentiel humain que nous avons. Deux axes importants doivent être développés. En matière de création d’emplois, l’orientation des ressources vers une économie productive diversifiée devrait être une priorité nationale. Nous avons exagéré le financement des infrastructures, alors que nos capacités d’absorption sont limitées. Pour régler le problème de l’entrepreneurship et de l’emploi, nous devons renforcer nos capacités décentralisées de création d’entreprises.

Chaque commune devrait avoir une cellule économique dotée d’un plan de développement, d’incubateurs et de pépinières pour développer l’économie locale. Les experts formés en techniques de management des incubateurs et des pépinières peuvent concevoir les activités adaptées aux femmes, en fonction de la sociologie de la région et promouvoir la création d’entreprises dans ce domaine. Une démultiplication de création d’entreprises va automatiquement régler le problème de l’emploi ; autant pour les hommes que pour les femmes. Encore une fois de plus, le salut de notre pays ne peut provenir que des industries du savoir. 

A. L.
PH.D en sciences de gestion

 

Abdelhak Lamiri
 
 
le dessin du jour
LE HIC MAZ

Mes infographies

El Watan Magazine

impact journalism days

 

Indépendance Algérie

 

El Watan Etudiant

Chroniques
Point zéro Repères éco

Vidéo

Débats d'El Watan

Débats d'El Watan

Suivre El Watan

FacebookFacebook       TwitterTwitter
Télévision
Télérama       Télé Alger TV Algérie