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Incertitudes brutales sur la globalisation

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le 27.03.17 | 12h00 Réagissez


Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, la mondialisation n’est pas un phénomène récent. L’intégration mondiale a toujours eu lieu historiquement, mais à un rythme beaucoup plus lent qu’aujourd’hui. C’est surtout par le biais du commerce mondial que les économies se liaient entre elles. Au 19e siècle, l’essor du commerce fut tel que de nombreuses analyses parlaient alors de mondialisation. Ce n’est qu’entre les deux guerres mondiales qu’on a eu un ralentissement dû aux mesures protectionnistes des différents Etats européens, qui voulaient sortir des crises économiques récurrentes au détriment d’autrui (Beggar thy Neighboor Policies). Après la Deuxième Guerre mondiale, la densification des relations économiques internationales avait repris de plus belle. Mais ce n’est qu’après les années soixante-dix que le mouvement s’emballe. Durant cette période, c’est surtout la finance par le biais des pétrodollars qui s’internationalise (crédits, investissements,) mais également les échanges commerciaux.

Les économistes considèrent que la mondialisation s’accélère lorsque la croissance du volume des échanges entre les pays est supérieure à la croissance économique. Le taux d’augmentation des produits et services échangés est supérieur à celui du PIB mondial. Pour les économistes libéraux les bienfaits des échanges internationaux sont énormes. Ils participent à l’amélioration qualitative et quantitative des économies nationales. Nous avons assisté depuis le début des années quatre-vingt-dix et jusqu’à la crise des Subprimes une croissance des échanges supérieure à la croissance de la production mondiale. Après la crise de 2007, nous avons eu beaucoup d’années où les échanges connurent une décélération graduelle. Mais même après la crise, la vaste majorité des analystes continuaient à prôner l’approfondissement des échanges comme solution à la crise.

Les échanges : réalité ou idéologie

Il y a peu de thèmes qui réunissent autant de consensus que celui relatif à la liberté des échanges. La vaste majorité des économistes libéraux considèrent qu’un commerce international libéré des entraves bureaucratiques produiraient du bien-être partout. Cette idée est une constante immuable de la pensée libérale. La culture économique l’a parfaitement adoptée comme un acquis immuable des connaissances de l’humanité. Les USA semblaient joindre la parole à l’acte et demandaient aux autres pays de s’ouvrir avec peu de conditions à leurs produits et services. Milton Friedman, chef de file de l’école libérale, explique à ses citoyens qu’il faut s’ouvrir sans conditions aux autres économies, même si ces dernières pratiquaient du dumping (vente à perte). Il développe son idée en stipulant que ces pays là offriraient aux USA gratuitement une partie de leur production.

Quant aux dollars reçus par ces pays, ils seront soit mis en réserve, soit investis aux USA et ailleurs, soit reviendraient sous forme de demande des produits et services américains. Même après un détour (investissements au Brésil, etc.) ils finiront par retourner à domicile après un long circuit.  Le G8, le FMI, la Banque mondiale, l’OMC et l’ensemble es organisations internationales poussaient l’ensemble des pays à pratiquer le libre-échange et donc ouvrir leurs économies aux échanges internationaux. Toutes les institutions qui avaient par le passé poussé haut et fort le «consensus de Washington» continuent de prôner le développement du commerce mondial comme l’outil fondamental de l’intégration à l’économie mondiale et la seule voie de développement possible pour les pays en retard.

Certes, les économistes de gauche émettent toujours des réserves vis-à-vis d’un libre-échange sans orientations stratégiques par les Etats. Mais jusqu’à présent, ils constituent une minorité, même si certains noms -comme Joseph Stigliz- abondent dans le sens de la remise en cause. Jusqu’à la mi-mai 2016, l’étendard du libre-échange fut porté si haut et fort que personne n’imaginait que moins d’une année plus tard il allait être revisité et mis à mal par ceux qui sont les plus susceptibles d’en bénéficier.

Le pourquoi des mises en cause

Les premières remises en cause viennent de la réalité palpable d’un certain nombre de pays. En premier lieu, l’ouverture mal gérée ne contribue pas forcément à l’amélioration de la situation économique. Seuls les pays qui ont amélioré volontairement un climat des affaires et réussi à ériger des fondamentaux solides (éducation, management, climat des affaires) ont tiré leur épingle du jeu. Le Botswana en est l’illustration la plus brillante, avec une économie ouverte et une croissance à deux chiffres. Mais ces cas sont rares. Une ouverture mal orientée induit toujours plus de problèmes que d’apports.

Ce qui implique que ce n’est pas l’ouverture en elle-même qui améliore la prospérité d’un pays. En second lieu, la crise asiatique a prouvé que même les économies dotées de fondamentaux solides (Corée du Sud, Malaisie, Indonésie, etc.) peuvent déraper si une ouverture n’est pas correctement régulée. Ces pays, pressés par les organismes internationaux avaient accepté de lever le contrôle sur les flux de capitaux. Quelques courtes années après, la spéculation sur les monnaies, les bourses et l’immobilier avaient failli détruire leurs économies solidement construites par des décennies  d’élaboration de fondamentaux pourtant solides.

La dernière fissure provient des USA, qui se proclamaient champions du libéralisme et de l’ouverture tous azimuts. Si les propositions du président Trump venaient à voir le jour (inclure dans l’assiette fiscale des entreprises le montant des intrants importés dans les produits même fabriqués aux USA), nous entrerons alors dans une escalade sans fin de mesures de rétorsion. Mais l’OMC, qui, d’habitude, est prompte à donner des leçons aux pays du Tiers-monde, affiche un silence radio.

Pourquoi ces fondements philosophiques sont-ils remis en cause par les promoteurs de sa cause ? On peut discuter de la sous-évaluation du yen chinois et ses conséquences sur le déséquilibre de la balance des paiements US, mais les économistes libéraux considéreraient cela comme un apport (gratuité) à l’économie américaine. Elle proviendrait sûrement de la pratique des affaires (business), dont les mécanismes sont fort différents de la gestion macro-économique. Quoi qu’il en soit, la remise en cause de la doctrine de l’ouverture économique intervient à un moment opportun pour l’Algérie. Nous avons intérêt à remettre en cause le contrat avec l’Union européenne, car il a été très mal négocié. Les Européens protègent toujours leur agriculture et subventionnent l’énergie renouvelable qui met en péril notre industrie pétrolière. Nous avons beaucoup d’atouts pour adopter une nouvelle stratégie en matière de commerce international et remettre en cause un accord qui pénalise plus qu’il n’aide l’économie nationale.

Abdelhak Lamiri
 
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